Leçon n°5 – Les Gardiens du langage courant

Pour nous permettre de nous représenter ce qui se passe de façon la plus correcte possible, nos façons de parler ordinaire doivent essayer de ‘coller’ le plus possible à l’expérience de ‘la réalité’. La voie la plus simple consiste d’abord à empêcher les erreurs, imprécisions et confusions de se produire. Dans la mesure où elles ne se produisent pas, le résultat obtenu est forcément plus fidèle, plus fiable et plus efficace. Pour ce faire, nous avons à tenir compte de trois paramètres distincts :

1°) le langage courant est truffé de sources d’erreurs, d’imprécisions et de confusions,

2°) par la formation scolaire, nous avons été conditionnés à croire que cela est parfaitement normal.

3°) sans formation appropriée, nous sommes presque toujours inconscients de cette réalité piégée là.

Le dépistage des pièges du langage courant

passe par un apprentissage qui consiste à :

a°) repérer dans notre langage courant toutes les formulations toxiques et génératrices d’erreurs, d’imprécisions et de confusions de façon à pouvoir observer comment elles se produisent,

b°) observer et prendre conscience de leurs conséquences sur notre organisation mentale,

c°) comprendre comment ne pas les valider et ne pas les laisser prospérer aux niveaux inconscients.

Lorsque je dis : « je ne sais pas », cette configuration mentale est simplement appelée « l’ignorance ».

Lorsque je dis : « je sais que je ne sais pas », cette configuration mentale est appelée « conscience de l’ignorance ».

Chaque fois que je peux dire que « je ne sais même pas que je ne sais pas. » surviennent les confusions, les erreurs, les échecs et les ennuis.

Cette « Ignorance de l’ignorance » porte le nom technique de Aveuglement Spécifique.

Il s’agit d’une sorte de parfaite inconscience que nous ne pouvons absolument pas voir.

La Sémantique Générale peut être considérée à juste titre comme une trousse à outil permettant le dépistage et la prévention des sources d’erreurs, d’imprécisions et de confusions. Au nombre de ces outils figurent Les Gardiens. Lors des séances de groupe, les participants jouent le rôle de Gardiens comme suit :

Le Gardien Kèçkecè est chargé de sonner un grelot à chaque fois qu'il entend un verbe 'être' employé sous l'une de ses deux formes pathologiques, y compris silencieusement.

Le Gardien Faujet’on doit claquer des castagnettes chaque fois qu'il entend 'on' ou "tu" employé d'une façon pouvant prêter à confusion, notamment à la place de ‘je’.

Le Gardien Toutourien est chargé d'actionner une boîte à vache lorsqu’il entend les mots [tout]-[rien]-[toujours]-[jamais], ainsi que la structure ou bien ou bien.

Le Gardien MoiJeMême fait sonner une clochette chaque fois qu’il entend une formulation indiquant une skhyzo-réflexivité aveugle et inconsciente. (Je me demande, je me rend compte, je me sens, moi-je, etc.,) ETC.

À chaque interruption de castagnettes, de grelot, de boite-à-vache, de trompette ou de clochette, celui/celle qui parle doit modifier ses formulations jusqu’à ce qu’elles soient considérées comme n’étant plus contraires aux faits et suffisamment précises et explicites. Lorsqu’il y a seulement deux personnes, cet exercice peut également être réalisé sans les accessoires sonores et ce jusqu’à ce que l’observation soit devenue efficace et automatique. La méthode est celle qui porte le nom de « retournement de l’attention » et elle est enseignée dans le cadre de la formation Diamant avec l’Entraînement au Calme Mental et à la Conscience Corporelle.


Le Gardien

dépiste

l’articulation mentale

qui s’exprime

par exemple ainsi

FAUJET’ON

À la place de Je, emploi abusif

inconscient de Tu et de On

Tu sais bien ce que c’est, On n’est pas sûr de soi. On ne se refait pas ! Quand tu vois ça, tu te dis que... Quand tu as tes règles, tu es patraque. On sait bien que, etc.,!

TOUTOURIEN

Structure ou bien-ou bien

+ tous les opposés absolus tels que

De deux choses, l’une : c’est tout l’un ou tout l’autre, Un point c’est tout. Beau/laid, toujours/jamais, bien/ mal,

SUPPOZIDONC

Suppositions, hypothèses et

Inférences suivies (ou non) de « donc »

C’est sûrement ça. Je suis sûr et certain que... Machin a dit... donc c’est vrai. Je crois savoir… Sans aucun doute !

CAMÉLÉON

Termes multi-ordinaux et indéfinis

désignant des concepts, des relations

Le bien, la liberté, le savoir, la pensée, le progrès, le lien,

le sens, la couleur, le goût, la saveur, la peur, l’émotion

LOICOSMIC

Identification implicite sans contexte et généralisations abusives illimitées

Les hommes politiques ? Tous pourris ! Pas un pour racheter l’autre, Que du pareil au même, En général, les anglais mangent mal, D’habitude, on sait bien que

KOZPOURTOI

Auto-réflexivité en projection quand la carte parle surtout du cartographe

Tout le monde sait bien que... Nous sommes tous convaincus que... C’est valable pour tout le monde. Ça nous concerne tous.

CHOSETRAP

Objectification :utilisation inconsciente d’un concept, d’un sentiment ou d’une émotion comme une chose matérielle

La liberté, c’est quelque chose qui a de la valeur. Je vais vous dire quelque chose. Toutes choses étant égales par ailleurs, Je t’aime un peu, beaucoup. J’en ai assez.

DEJATOUVU

Sclérose/Impossibilité de perception ‘nouvelle’ de ici-maintenant.

Je sais déjà ce que c’est. J’y suis déjà allé. Je connais ça. J’en ai déjà mangé. J’ai déjà fait cet exercice. J’ai déjà vu ce film.

MOIJEMÊME

Structure du « je-me » + moi-même, soi même, etc., produisant automatiquement une skhyzo-réflexivité

Je me rends compte, je ne me sens pas bien, je me demande, je me trouve, je me dépasse, etc.,

OUIMAINON

Contradiction automatique

Et systématique

Oui, mais alors… Oui, mais si…, Bien sur, cependant
c’est évident, mais…. Je suis d’accord, mais

ZIGZAGUEUR

Changement complet de discours, d’orientation logique et/ou de Niveau d’abstraction (association inconsciente)

Et d’ailleurs,... C’est comme..., Ca me rappelle… , Tiens, à propos, est-ce que je t’ai dit que … Par ailleurs,

TUCROIÇA

Soumission aveugle et inconditionnelle, sclérose des catégories

Il faut, On a toujours fait comme ça. Ça ne se fait pas. C’est pas bien. On n‘y peut rien, c’est comme ça.

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