Leçon n°51 : Contempler (A2) et Observer (A1)

Contempler vient du latin cum-templare, qui signifie, « faire un temple avec ».

Avec tout ce qui se passe ? Non, bien sûr. Nous ne pouvons ni percevoir ni accepter en conscience tout ce qui se passe. Notre organisation mentale [1] ne peut évidemment pas tout percevoir, ni tout désigner, ni tout décrire, ni tout intégrer etc. Et non seulement elle ne perçoit pas tout mais encore la plupart du temps, elle ne peut intégrer qu’une faible partie seulement de ce qu’elle peut percevoir.

Pour faire plus raisonnable, il s’agit donc de faire un temple avec ‘tout’ ce que nous sommes en état de percevoir, d’une part, et en état d’intégrer en conscience d’autre part.

Mais il y a une condition essentielle à la contemplation qui est l’usage conscient de l’Attention Seconde. Au cas où le sens de ce terme vous échapperait, je rappelle sa définition telle que je l’ai écrite dans la leçon N° 2 du Blog :

Conscience-attention : association technique issue du yoga tibétain désignant plusieurs niveaux de conscience. La Formation Diamant permet l’apprentissage des cinq premières attentions, à savoir :

Attention Première                 dite                  photo-tropique

Attention Seconde               dite                 panoramique

Attention Troisième                dite                  bibliothèque

Attention Quatrième              dite                  corporelle

Attention Cinquième              dite                  organique globale.

 

Cela dit, l’Attention Première n’est pas mise en premier par hasard. Elle n’a rien à faire, dans un premier temps, avec la contemplation. En revanche, son fonctionnement doit être étudié d’abord soigneusement pour comprendre comment fonctionne l’attention seconde. En effet, elle gouverne non seulement les mécanismes des processus d’observation, mais elle gouverne aussi ceux de l’esprit ordinaire et donc, la façon dont l’utilise l’EgoSystèmePeur, puisqu’il en est le principal pilote et utilisateur.

Observer vient du latin ob-servare, qui signifie, « au ‘service’ de ce qui est devant [soi] », et peut-être aussi « être ‘esclave’ de ce qui est devant [soi] ». Voilà une étymologie un peu mystérieuse. Il est sans doute question de faire attention (première) à ce qui est devant ‘soi’. Mais comment ça marche ?

Comment fonctionne l’Attention Première ? Sans entraînement de conscience corporelle, c’est celle que nous utilisons le plus. Imaginalisez une sorte de rayon laser qui sort de votre « troisième œil » au milieu du front un peu au-dessus des sourcils. Ce rayon imaginalisé symbolise l’énergie de l’attention première. Il prend sa source au … « point source », au milieu arrière de la tête, au croisement entre l’axe central et l’axe frontal.

Quant au terme Attention, il vient du latin ad-tendere, qui signifie ‘tendre vers’. Cette étymologie fonde également les termes attendre, attente, attentionner. Du point de vue de l’énergie subtile, il est question de percevoir une sorte de déplacement d’énergie en tension entre le Point Source (lieu de fonctionnement de la conscience blanche/attention première) et l’objet (étym : jeté devant) de l’attention. Il s’agit d’un processus de pro-jection (jeté-pour/devant)de l’énergie, l’attention produite par le Point Source situé au milieu de la boite crânienne se trouvant projetée sur un ‘objet’ qui se trouve devant « moi » qui le perçoit.

Traduit en Sémantique Générale, le résultat technique de cette compréhension de conscience s’énonce ainsi : Ce que je vois sur la table posé devant moi n’est pas un verre. C’est ainsi que je le nomme mais j’ai conscience que la façon dont je le perçois dépend non seulement du fonctionnement de mon organisation mentale (≈ mon esprit) mais aussi des différents environnements qui nous sont communs, au verre et à moi, à commencer par ceux conscients et inconscients, verbaux et non verbaux chez moi.

Par ailleurs, j’ai aussi conscience que mon esprit sélectionne certains éléments de cette réalité que je perçois, que je ne peux pas tout percevoir et que je ne perçois pas tout. En Sémantique Générale, cette conscience-là est nommée Conscience d’abstraire.

Ce que notre organisation mentale perçoit à ce moment-là n’est pas ce qui se trouve en face de nous, c.à.d. qu’il n’y a pas d’identité entre ce que nous percevons et ce qui se trouve devant nous. Ce que notre esprit perçoit fonctionne comme le résultat des relations et interactions existant entre notre organisation mentale (dedans) et ce qui se passe (dehors +dedans).

Après voir développé l’idée de « devant moi » et il nous reste à développer l’idée de « Au service de ». Sachant que l’étymologie du terme « service » vient du latin servus, qui signifie le serviteur, l’esclave etc., il est question d’une sorte de dépendance, de restriction, d’action obligée, de contrainte etc., qui est en l’espèce d’ordre aussi technique qu’organique. Notre langage courant dispose d’ailleurs d’une expression puissante qui se rapporte à ce dont je parle : « Mon attention était captivée, j’étais captivé(e),» etc. Les termes captivé… capturé, sont de même sens que le terme as-servi, qui signifie attaché au bon vouloir, soumis à la direction, à la volonté de.

 Il est question de réaliser que notre attention première fonctionne à la façon d’un phare, comme un faisceau laser qui n’éclaire que la partie de ‘la réalité’ sur laquelle ledit faisceau est focalisé. De plus, lorsque mon attention première observe de la sorte, ma conscience semble fascinée, capturée, autrement dit, sans liberté… d’aller voir ailleurs en même temps, par exemple. L’expérience est simple à réaliser dans la mesure où il s’agit de notre comportement le plus fréquent !

Si je vous demande de porter votre attention (sans préciser laquelle) sur cet arbre là-bas, au milieu du champ et que vous le faites, vous perdez immédiatement toute conscience de ce qui se passe autour de vous, à commencer par celle de vos pieds, par exemple. C’est ennuyeux parce que vous êtes debout grâce à eux ! Ce n’est pas l’univers qui vous entoure qui disparaît (ceci étant la façon poétique-romantique-analogique-ordinaire) mais la perception que vous en avez. Cela signifie que tout ce qui n’est pas directement éclairé par le faisceau laser disparaît de votre petite conscience du présent, que les jungiens nomment le ‘moi-conscient’.

À ce moment précis où vous n’êtes conscient(e) que de ce-que-vous-observez, tout le reste cesse de pouvoir être perçu par votre conscience corporelle : « Tout le reste » veut dire « l’ensemble des contextes intérieurs et extérieurs dans lesquels vous êtes en train d’exister ». Cela veut dire que la proportion d’événements inconscients est à son maximum pour ce qui concerne … votre survie, par exemple, mais plus généralement, tout ce qui est en train de se passer ailleurs et avec lequel vous perdez tout contact de conscience corporelle. Toutes les émotions perturbatrices et toutes les peurs déclenchent ce processus de façon automatique.

L’attention première est dite photo-tropique(lumière-attirance) pour rappeler qu’elle est attirée par ce qui est éclairé. Plus simplement, nous (notre ‘moi-conscient’) sommes inconscients de tout ce que nous ne pouvons pas perce-voir directement. Notre esprit ordinaire en fait évidemment autant et c’est pourquoi les traditions indoues et bouddhistes le comparent à un jeune signe fou qui court partout sans discernement : c’est en effet la découverte que font les personnes qui commencent à pratiquer la méditation : dès que le ‘corps’ (les fonctions organiques) s’immobilise, l’esprit court vers tout ce qui bouge… à l’intérieur comme à l’extérieur !

À la suite et lorsqu’il fonctionne dans cette configuration mentale monophasée sur la seule attention première, notre ‘moi-conscient’ se trouve en état fonctionnel d’aveuglement spécifique, à savoir la posture la moins performante de toutes celles possibles du point de vue de notre adaptation aux affaire humaines ‘normales’. Par analogie, cela équivaut à essayer de prendre connaissance du monde dans lequel nous vivons en le regardant seulement avec un microscope électronique, ou avec une lampe à faisceau laser qui éclaire beaucoup, mais seulement un tout petit endroit.

Au début de cet article, j’ai exposé qu’il a une condition essentielle à la contemplation qui est l’usage conscient de :

L’Attention Seconde.

D’un point de vue conceptuel et intellectuel, une fois que je vous ai expliqué, dans le 5ème paragraphe de cette leçon, qu’il existe une attention seconde, dite panoramique, radar, flottante, en expansion, etc., vous voilà intellectuellement renseigné. En avez-vous l’expérience ? Non. Savez-vous l’utiliser ? Pas plus. Pourriez-vous en parler ? Probablement, à condition de faire une recherche soignée dans les différents textes du blog et de réunir tout ce que j’ai pu écrire à ce propos. Mais de quoi parleriez-vous ? Seulement d’un mot-concept dont la réalité vivante vous échappe complètement. Vous aurez ainsi constitué une conscience dite intellectuelle (et/ou verbale) à propos du concept d’Attention Seconde qui vous permet d’en parler de façon plus ou moins logique. Mais rien de plus. Rien de vivant. Avant d’en avoir une expérience vivante, vous pouvez en parler mais vous ne pouvez rien faire, ni rien incarner.

Nous ‘touchons’ là une limite des fonctionnements intellectuels et verbaux de notre esprit. Pour ne pas rester bloqués sur ces points de vue limités, nous devons admettre qu’il s’agit d’un registre de connaissance qui se trouve étranger à notre vision standard du monde occidental. De fait, cette connaissance ne peut advenir que par la transmission-initiation réalisée à notre profit par un maître-enseignant et la pratique-entraînement de certains yogas indo-tibétains appelés les yogas de Naropa, lesquels utilisent une technique qui a été appelée par les yogis du Chan chinois « Le Retournement de la Lumière ».

Cependant, pour en rester sur le mode verbal et intellectuel, que peut signifier « dite panoramique » ? Cela signifie qu’il existe une configuration mentale particulière qui permet à une personne correctement entraînée de percevoir non plus seulement un point d’attention focale porté quelque part, mais l’ensemble des événements qui peuvent se produire autour d’elle et à l’intérieur d’elle. Je parle ici des événements verbaux et non verbaux, matériels et immatériels, visibles et invisibles, conscients et inconscients, collectifs et individuels, personnels et sociaux etc.,

Le terme « ensemble » signifie que tous les événements qu’une personne est capable de percevoir de façon séparée (càd l’un après l’autre) lorsqu’elle se trouve en état ordinaire de conscience), elle peut les percevoir en même temps à différents niveaux de conscience (càd tous ensemble mais) sans aucune confusion lorsqu’elle se trouve dans l’état modifié de conscience qui sert précisément à réaliser cette perception spéciale. 

Sachant que je m’adresse ici à votre intellect, peut-être a t-il déjà un peu oublié que la technique qui sert à créer cet état modifié de conscience s’appelle « Le Retournement de la Lumière ». Ce terme est employé dans la tradition bouddhiste chinoise (le Chan) et se trouve mentionné pour la première fois dans un livre du 14ème siècle ap JC nommé « Le Secret de la Fleur d’Or »(attribué à Lü Dong Bin) qui a eu le don de passionner Papa Jung alors même que la traduction dont il s’est servi (celle de Richard Wilhem) lui faisait faire un contresens radical. Voici une présentation (librement accessible sur Internet) qu’en fait Thomas Cleary, traducteur compétent du texte :

On appelle « renversement » ou « retournement de la lumière » l'opération qui consiste à passer de l'esprit limité, qui est celui de la conscience conditionnée, à l'esprit ‘libéré’, qui est celui de l'esprit primordial. Dans Le Secret de la Fleur d'or, ces termes correspondent au rétablissement d'un contact direct avec l'essence et la source de l'esprit. Ce contact direct permet d'accéder à la connaissance spontanée et de se libérer du joug des pensées et des sentiments conditionnés, alors même qu'ils surgissent. Pour citer le Tao Té Ching : on peut être « créatif sans possessivité ».

 

Dans le taoïsme comme dans le bouddhisme, le « retournement de la lumière » signifie détourner l'attention de la fascination que lui inspirent les objets pour la diriger sur l'essence ou source de l'esprit. Cet exercice sert à clarifier la conscience et à libérer l'attention. De nombreux taoïstes qui avaient de fortes affinités avec le bouddhisme chan firent un grand usage de cet exercice du retournement de la lumière qui, bien que commun à toutes les écoles bouddhistes, est particulièrement important dans le chan. Le Secret de la Fleur d'or représente l'une des méthodes les plus radicales pour atteindre l'éveil par des moyens spirituels et le texte est pratiquement entièrement consacré à la présentation des subtils détails de cette simple pratique du retournement de la lumière.

Il se trouve aussi qu’un rituel tibétain (nommé po’wa) décrit de façon précise et imagée ce Retournement de l’Attention. Il s’agit d’abord d’opérer l’activation de différents points d’énergie appelés ‘tiglés’ en tibétain (ou ‘bindu’ en sanscrit) suivant la méthode transmise par le Maître Yogi[2]. Simultanément, il faut réaliser l’activation des ‘Vents’ ascendants et descendants, le tout ayant comme résultat la mise en place du Calme Mental en conscience corporelle.

À partir de là, il vous reste à imaginaliser que vous déviez l’énergie de la conscience-attention première pour qu’elle aille alimenter directement et seulement la Conscience Rouge du ventre, (quatre doigts en dessous du nombril, sur la face ventrale de l’axe central) qui se trouve justement être le centre énergétique de l’Attention seconde.

Le Calme Mental est une condition sine qua non de cette « perception à 360° dans les 6 directions de l’Œuf Corporel » (devant derrière, au dessus en dessous, à gauche à droite) ; c’est ainsi que s’exprime le texte qui décrit l’exercice. Il faut y ajouter bien sûr ce que j’évoquais plus haut, à savoir tous les événements verbaux et non verbaux, matériels et immatériels, visibles et invisibles, conscients et inconscients, etc., que mon ‘esprit’ (c'est-à-dire ≈ mon organisation mentale, ≈ mon-organisme-fonctionnant-comme-un-tout-dans-ses-environnements) est capable de percevoir.

Rigoureusement à l’inverse de cette ‘vision large’, notre éducation nationale, française, normale et ordinaire emploie le terme « Attention » exclusivement au singulier. Par ailleurs, nous sommes conditionnés à nous comporter comme si ce qui n’a pas de nom n’existe pas[3].

Pour cette raison, l’EgoSystèmePeur (en abrégé ESP) fonctionne avec une frénésie de nommer, et de catégoriser jusqu’à la sclérose, persuadé qu’il est que, dès qu’il aura trouvé un nom, il dominera la question. Nous savons que cette domination ne sera que verbale et intellectuelle, mais comme c’est la seule façon de fonctionner qu’il connaisse, autant le laisser faire et en tenir compte !

A l’inverse mais de façon simultanée, l’ESP exclut automatiquement de notre champ de conscience et de connaissance tout ce dont il n’a pas encore été contraint de prendre connaissance, d’admettre la réalité et de ranger dans l’une de ses catégories existantes. Pour l’ESP, sauf en cas d’ébriété conviviale et de bon aloi, l’idée même d’ouvrir un nouveau tiroir de connaissance dans sa Sclérose des Catégories ordinaire n’est tout simplement pas envisageable. Ce ne serait au mieux qu’une perte de temps et il considère que son temps est bien plus précieux que ces exotismes à la tibétaine.

Apprendre à diriger le carburant

Par analogie, imaginalisez que l’attention première fonctionne de façon analogue au tuyau flexible d’une pompe à essence.

Si vous mettez l’embout dans l’entrée du réservoir de votre voiture, le réservoir se remplit et, une fois que vous aurez soigneusement refermé ledit réservoir, vous allez pouvoir repartir dans le vaste monde pour aller « là où il vous plaira d’aller » (vision égotique) ou, plus raisonnablement, « là où il vous sera possible d’aller » (vision de conscience fonctionnelle).

Si vous ne mettez pas l’embout dans ledit réservoir, quelle que soit votre voiture, l’essence se dispersera avant de pouvoir servir et vous aurez perdu à la fois votre argent et la capacité de vous déplacer. Le gâchis multiplié par l’inefficacité produit l’immobilisation.

L’expression « Retourner la lumière » doit être classée dans la catégorie des formulations ‘poétiques’. Traduit en langage technique, il s’agit de ne pas laisser se produire l’incessant ‘vagabondage’ de l’esprit dont l’attention première saute sans arrêt d’un ‘objet’ matériel extérieur à un autre. 

En méditation, lorsque les yeux sont fermés, l’attention première ne change pas de fonctionnement. Elle continue de vagabonder, sauter d’un ‘sujet’ immatériel à l’autre. Lorsque le ‘corps’ s’immobilise, la perception du vagabondage mental, du P’titvélo dans la tête etc., devient alors perceptible, autant que dans les périodes d’insomnie dont le caractère  qui oscille entre désagréable et insupportable est une célébrité. Dans cette configuration mentale, « l’embout du flexible » n’a toujours pas trouvé « l’entrée du réservoir ».

L’entraînement de méditation sert notamment à contempler-observer cette agitation sautillante lorsque l’esprit fonctionne en attention première jusqu’à ce que cette contemplation produise organiquement et sans effort autre que l’entraînement :

- la connaissance organique du processus ainsi qu’

- une perception claire du déplacement d’énergie-conscience qui accompagne ces sautillements, ou

- l’immobilisation lorsque le ‘moi-conscient’ se trouve fasciné par une sensation, un sentiment, une idée, ou n’importe quelle émotion perturbatrice.

Lorsque la perception claire du déplacement d’énergie-conscience est devenue une sorte d’évidence, l’entraînement du Réglage de Départ[4] devient alors possible et prend tout son sens. La visualisation du tiglé de conscience rouge du ventre peut alors se faire alors sans difficulté particulière.

A la suite, il devient possible de diriger l’énergie-conscience de l’attention première uniquement sur la conscience rouge du ventre. Les textes parlent alors de ‘concentration’ de la conscience-attention dans la mesure où son éparpillement ordinaire cesse de produire et que cette action délibérée et réalisée en conscience est le produit d’un entraînement ad hoc.

C’est alors que le « tuyau flexible » commence à « alimenter le réservoir » et que les pertes d’énergie précitées cessent de se produire.

C’est seulement à partir de cette expérience que nous pouvons parler de « contemplation ». En effet, un état modifié de conscience se produit ce moment-là, « l’ouverture de l’attention seconde » qui permet effectivement à ‘moi-conscient’ de ressentir de façon globale, mais néanmoins précise, tous les processus organiques qui sont entrain de se produire. L’entraînement du Massage de Conscience Corporelle® est précisément conçu pour que cette expérience puisse se produire de façon naturelle et sans aucun effort, pour les deux partenaires.

En terme d’expérience organique, la configuration mentale de l’Esprit d’Éveil qui commence chaque entraînement (méditation, massage de conscience corporelle, réglage de départ etc.,) permet de découvrir que l’attention ‘corporelle’ subtile fonctionne et s'alimente sur la même énergie psychique que le bavardage intérieur.

Cela signifie qu’il suffit d’entrer en (= configurer l’) état modifié de conscience (EMC) pour que le bavard intérieur et l’esprit ordinaire se taisent, puisqu’ils n’ont plus assez d’énergie pour fonctionner. Ce constat peut être ressenti de façon légitime comme réjouissant car le travail d’entraînement s’en trouve allégé et simplifié.

L’expansion des champs perceptifs en Attention Seconde (AT2):

Le principe d’économie d’énergie que je viens de décrire repose sur un rapport direct entre les concepts opératoires d’Attention, de Conscience et de Calme Mental. Plus vous travaillez les différentes sortes d’attention, plus les champs d’exercice de votre Présence, (càd votre conscience-ici-maintenant) se développent. Moins les articulations mentales automatiques et les conditionnements "s'agitent" et plus le Calme Mental augmente. Le bavardage intérieur ne fonctionne déjà plus lorsque les Attentions 2 et 1 fonctionnent ensemble dans cet ordre.

Dès lors qu’il n’y a plus de « pertes de carburant », le « véhicule » spirituel, à savoir la conscience-attention, peut se promener facilement dans différents niveaux de perception, que voici :

L’Attention Troisième (AT3) dite ‘bibliothèque’, fonctionne comme une banque de données accessible à l’aide de plusieurs moteurs de recherche cellulaires qui procèdent par rapprochements, comparaisons et associations entre les informations issues de mes différents niveaux de mémoire organique et ce que je peux percevoir des événements du présent qui se produisent.

L’Attention Quatrième (AT4) dite ‘corporelle’, s’intéresse à toutes les sensations ordinaires, que nous appelons en Occident la vision, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat. Elle coordonne les informations issues des cinq consciences dites ‘grossières’ précédentes de sorte que la ‘couleur’, la ‘forme’, le ‘goût’ et l’odeur’ d’un citron puissent être attribués à un même événement aux niveaux silencieux et objectifs.

Elle ‘gère’ aussi toutes autres sensations dites subtiles (de type magnétiques, intuitives, vibratoires, invisibles, immatérielles, inconscientes, etc.,) qui constituent des perceptions purement internes sans qu’il soit possible d’identifier une ‘source’ extérieure ordinaire précise qui serait de l’ordre des 5 sens ordinaires précités.

La Conscience Corporelle ® fonctionne avec l’Attention Quatrième : elle vérifie la cohérence du ‘schéma corporel’ avec les autres représentations et perceptions du ‘corps’. Elle met en rapport tout ce qui s’y passe de façon globale en comparant les contextes intérieurs et extérieurs. Tout cela reste aux niveaux organiques et silencieux. Ici, il n’existe aucun bavardage mental ni aucune élaboration à des niveaux d’abstraction supérieurs capables de troubler cette expérience. Elle constitue la source de la « Confiance en soi ».

Ce que j’appelle Conscience-Attention 5ème fonctionne comme une capacité de conscience plus large que la conscience corporelle. Elle réunit et intègre les données issues des quatre autres, le tout tendant ensuite vers une perception-évaluation générale de ‘la situation’ et de son ‘énergie’. Ce cinquième niveau de conscience/attention correspond parfaitement à l’idée de « la conscience de soi » en général, telle qu’elle semble ressortir de notre vocabulaire occidental courant. Ce niveau correspond bien aussi à la formulation spécifique que Korzybski employait en Sémantique Générale, (l’organisme-fonctionnant-comme-un-tout-dans-ses-environnements), sans oublier que ces derniers peuvent être de natures ‘internes’ et ‘externes’.

En conclusion :

L’entraînement de Contempler et Observer consiste à apprendre à orienter/concentrer dans la Conscience Rouge (ventrale) l’énergie de l’attention première qui se produit naturellement à partir du Point Source (cérébral). De façon imagée, ce processus est appelé « retournement » parce qu’il ‘retourne vers l’intérieur’ l’activité inconsciente et ‘naturelle’ de l’esprit à disperser son attention n’importe où, au gré de ce qui se produit à l’extérieur.

Ainsi alimentée, la Conscience Rouge produit une Attention seconde, qui fonctionne de façon plutôt spatiale, panoramique, radar, globale, etc., autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du ‘corps’, à propos des perceptions internes et externes des phénomènes matériels et immatériels. Même panoramique, il s’agit d’une attention limitée, mais elle présente l’avantage considérable de pacifier l’Agitation Mentale instinctive et inconsciente, et de produire naturellement du Calme Mental qui est le résultat de cette pacification.

À ce stade, l’Attention première devient réellement utilisable et performante pour entrer dans des détails du processus de contemplation sans que celui-ci s’en trouve restreint. Il s’agit de percevoir de façon simultanée les détails d’un processus vivant en même temps que les contextes dans lesquels il se produit.

 

Il faut savoir que l’absence de Calme Mental (par exemple, le bavardage mental, les émotions perturbatrices, les préoccupations et agitations senti/mentales, le pilotage égotique ordinaire ainsi que tout ce qui peut perturber notre petite conscience du présent) interdit tout net le simple accès à ces états modifiés de conscience. Ce constat a été exprimé par les praticiens du bouddhisme Chan par une formule mnémotechnique un peu simpliste mais efficace : « Là où se trouve l’attention, là se trouve la conscience. » Autrement dit, si elle est dehors, elle n’est pas dedans !

La contemplation mystique chrétienne fonctionne sur les mêmes principes, que j’exprime ainsi à la façon des soufis : «L’idée qu’on puisse s’en aller chercher Dieu ou le Soi ou qui que ce soit d’immatériel ‘quelque part’ dans le monde ‘matériel’ relève de l’absurdité ou du non-sens. Dans la ‘réalité’, il n’existe pas de « chemin spirituel » à suivre, il n’existe aucun but ou niveau de performance à atteindre. L’expérience humaine est singulière, personnelle et intérieure.

Si quelqu’un désire que « Dieu » puisse entrer dans sa maison (spirituelle organique-comme-un-tout-dans-ses-environnements), il faut qu’elle soit vide (sans perturbation senti-mentale) et purifiée (sans pollution organique ni ‘ego-moralisatrice’). Quand les vitres sont propres, les merveilles du monde deviennent visibles. La réalité spirituelle n’est pas du tout romantique : il y a surtout du ménage à faire et la maison à ranger. ! »

 

Une histoire soufi résume à sa façon l’ensemble de ce que je viens de dire : Tout juste avant le début du jour, dans le petit village de Nasruddin, un ouvrier agricole sort de sa maison pour aller travailler et, passant par la place du village, avise ce dernier, assis par terre les yeux grands ouverts, qui scrute l’espace vide de la place devant lui.

- Nasruddin ! Il est encore si tôt ! Qu’est-ce que tu fais là au lieu de dormir ?

- Tu vois bien ; j’attends qu’il se passe quelque chose.

- Mais enfin, tu sais bien qu’ici, il ne se passe jamais rien !

- Bien sûr, je le sais. Mais, au cas où il se passerait quelque chose,

je veux être le premier à le savoir.

(d’après Idries Shah)



[1] Synonyme de « Organisme qui fonctionne comme un tout dans ses environnements » en Sémantique Générale,

[2] Cette activation organique ne se produit qu’après plusieurs mois d’entraînement assidu

[3] à l’instar des juristes pour lesquels tout ce qui n’est pas écrit n’existe pas, et de l’Ordre des Médecins pour lesquels tout traitement non homologué par lui est forcément toxique ou mauvais et donc, à proscrire.

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