Leçon n°32 – Sans but

Difficile de trouver une énonciation qui symbolise de façon plus précise l'essence de l’Esprit du Zen. Difficile d'en trouver une qui soit plus éloignée de la compréhension standardisée de notre Esprit Ordinaire1 occidental. C’est pourquoi nous pouvons à juste titre la considérer comme un Koan2. Difficile enfin de nous représenter le nombre et la puissance des conditionnements qui incapacitent  nos existences de la façon la plus courante, inconsciente et invisible qui soit. Notre inconscience ordinaire à ce propos est inconcevable et c’est ce que nous allons voir.

 
Bref Inventaire verbal

Pour bien comprendre de quoi il est question, partons une fois de plus de notre langage courant en faisant un bref inventaire de quelques ‘buts’ les plus classiques :
-     Avoir [beaucoup d’argent, beaucoup d’amis, une société prospère, pas d’ennuis, du temps disponible, des enfants, un (des) amoureux etc.]
-     Faire [des voyages, des rencontres, des progrès, 15% de chiffre d’affaire en plus, etc.]
-     Devenir [une grande actrice, un écrivain renommé, un médecin célèbre, le découvreur d’un nouveau concept, d’un nouveau continent, d’un nouveau vaccin, etc.] mais aussi…
-     Passer à la télévision, gagner au loto, écrire un livre, créer une pièce de théâtre, etc., mais aussi…
-     Arrêter [de s’inquiéter pour rien, de mal manger, de consacrer du temps à des choses’ inutiles, etc.] et aussi … les insomnies, les angoisses, la drogue, l’alcool, etc.,
-     Ne plus être [dépendant, accro, addict, hésitant, colérique, mesquin, craintif, peureux, an-orgasmique, etc.]
-     Trouver [l’homme ou la femme de sa vie, le Grand Amour, le Prince ou la Princesse charmante, sa Voie, le Sens de sa Vie, etc.]

C’est bien, tout ça, mais comment le faire ? C’est sur ce point que les avis divergent. C’est l’un des domaines de l’existence dans lequel nous sommes capables de bavarder un maximum avec un minimum de résultat ! La question de savoir comment le faire semble relever plutôt des suppositions, de la croyance, de la foi, de la grâce de Dieu, de la prière, du hasard, de la chance, de l’opportunité, etc. Nous avançons le plus souvent sans comprendre de quoi est faite cette dynamique d’existence, ni comment nous parvenons à échouer avec la meilleure bonne volonté du monde.

  

L’étymologie de « but » :

Il en existe au moins deux qui se complètent 1°) l’anglais butt, le billot, un rond de bois qui peut servir de cible pour le tir à l’arc, et 2°) l’allemand butte, l’endroit le plus élevé d’un paysage vers lequel ‘on’ se dirige naturellement.

En termes d’analyse de n’importe quel concept ou situation, l’une des règles fondamentales du Travail Intérieur consiste à distinguer ce qui se passe ‘dehors’ et ce qui se passe ‘dedans’. Cela nous permet de repérer deux niveaux d’interprétation différents, à savoir le terme cible et le terme orientation.

Pourquoi des niveaux d’interprétation différents ? Parce qu’il s’agit de différencier les niveaux matériels et immatériels. Si le mot cible peut désigner des choses matérielles (en tir, par exemple) mais aussi des concepts (en stratégie publicitaire et commerciale par exemple) le mot orientation constitue un concept à usage théorique qui désigne un processus mental, vivant et immatériel sans correspondance dans le monde visible.

  

En philosophie classique, le piège binaire

Le premier piège consiste à ne pas voir (aveuglement spécifique) que la structure mentale implicite et inconsciente qui réagit automatiquement à l’idée de but est de l’ordre d’un jugement : s’il y a un but, il y aura forcément une réussite pour ceux qui l’atteindront, et un échec pour ceux qui ne l’atteindront pas3.

Un second piège existe aussi dans la question de savoir si [oui ou non2] la fin justifie les moyens. Dans ce domaine, la distinction se fait entre la position éthique qui donne la prééminence aux moyens employés pour arriver au but ou la position téléologique qui donne la prééminence au but quels que soient les moyens pour parvenir.

En résumé, la structure bivalente ou bipolaire aristotélicienne de la question (en ou bien ou bien4+2) ne permet pas de trancher quoi que ce soit d’intéressant, maintient l’analyse intellectuelle dans une impasse et oblige même les logiciens qui l’ignorent à rester bloqués dans ce que les bouddhistes appellent le piège de la Dualité.

 

En spiritualité, le piège de l’Ego

Une pratique erronée de la méditation consiste à utiliser les techniques de concentration focale de l’attention sur un point particulier, avec comme objectif de mieux contrôler l’activité de l’esprit. Déjà, aux niveaux verbaux, 2 mots indiquent que l’ego constitue le vrai directeur technique de l’opération : « objectif » et « contrôler ». Cela revient à essayer de développer par la force un certain type de calme mental. Cette attitude relève de la gymnastique et de l’aveuglement spécifique, mais pas de l’intelligence ni d’une juste perception de la situation.

Parce qu’il y a un objectif technique apparemment souhaitable, parce qu’il s’agit officiellement de méditation, et parce que l’Ego devient d’une habileté très subtile pour trouver des prétextes et des justifications, ce genre de pratiques de concentration concourent surtout à renforcer son pouvoir.

Surtout si les personnes sont douées d’une volonté intense,  avec une forte envie de réussir (voir rubrique échec ci-dessus 3, la pratique associée à l’idée de discipline imposée peut devenir systématique, rigide, voire même lourde et dogmatique. Les méditant(e)s qui sont atteints par cette récupération égotique développent ce genre d’attitude sérieuse, solennelle, ennuyeuse et sectaire et tout ce qui n’est pas utile pour devenir le/la meilleur(e) est dévalorisé et écarté comme inutile.

C’est l’attitude ‘compétition’ caractéristique de l’Ego toujours centrée sur l’avenir et la réalisation d’un but idéal, qui ne se préoccupe pas de savoir si ‘moi’ sera ou non capable d’atteindre le but fixé : dénuée d’ouverture, d’énergie, d’intelligence et d’humour, cette approche tend à créer des œillères, réduire l’intelligence adaptative, incapaciter la conscience corporelle et rendre insensible à toute la richesse du moment présent. En résumé il s’agit d’une situation/attitude mentale bornée, hors contexte et stressée, inefficace, contre-productive qui a toutes chances de générer l’échec qu’il s’agit soi-disant d’éviter.

  

En Sémantique Générale, la conscience d’abstraire

En logique Non-A5, une façon plus efficace de réfléchir à ces questions consiste à sortir de la structure mentale ‘oubien-oubien’ trop limitée et à étudier comment la synergie d’un certain nombre de phénomènes-source (que l’observateur de la situation va sélectionner lui-même en fonction de ses capacités et de ses limitations) concourent à la réalisation d’un phénomène Résultat qui peut être appelé but, objectif, terme, etc.

À propos de cette histoire de « but », la Conscience d’Abstraire joue ici sur les 3 prémisses de la SG à savoir :

1°) la conscience1 de la non-identité : ce que nous pouvons dire-écrire-penser n’est pas ce qui se passe,

2°) la conscience2 de la non-toutité : nous ne pouvons pas tout connaître, pas tout savoir, pas tout dire, pas tout penser, et

3°) la conscience3 de l’autoréflexivité, à savoir que :

a°) toutes les représentations que nous pouvons construire sont aussi le reflet de nos limitations, aveuglements, conditionnements etc.,

b°) nous construisons et utilisons des cartes affligées d’un défaut de structure majeur : elles sont statiques alors que le territoire que nous représentons est en perpétuel changement, évolution et transformation.

 

En arts martiaux, la posture et la cible

L’art de la méditation appliqué aux Arts Martiaux (et l’exemple que je développerai ici sera le Tir à l’Arc) donne une grande importance à l’entraînement de la posture ‘physique’ externe visible et à l’entraînement de la posture ‘mentale’ interne invisible, ces phénomènes-source conditionnant dans une très grande mesure l’efficacité du résultat qui consiste quand même à atteindre le centre de la cible.

La cible a sa raison d'être. Elle reflète notre tir d'une manière indéniable. Si la flèche ne va pas à la cible, alors il y a quelque chose qui manque. Bien sûr, il peut y avoir un effort manifeste et une sincérité dans le tir (ces qualités sont en elles-mêmes appréciées) mais pour s'en tenir à la discipline de seisha seishu (touche correcte=tir correct), la flèche doit aller à la cible.

La cible nous fournit aussi l'occasion de nous confronter au désir. Tout le monde a le désir de toucher la cible, mais, avec la pensée du résultat, nous sommes automatiquement séparés du moment et des conditions de l'ouverture totale qui produit son lâcher propre. Le désir est toujours une idée, un espoir ou une attente qui ne peut que nous écarter de la situation réelle. Il nous faut travailler sur le désir et la sensation de frustration que nous produisons à partir de notre attente. C'est une condition normale dans le processus d'apprentissage. Ceux qui veulent faire de la spiritualité et qui prétendent ne pas être concernés par le résultat s'abusent eux-mêmes.6

  

Observer l’activité mentale

Le thème central de l’enseignement de Maître Kenzo Awa, (début 20ème siècle) consistait à faire travailler aux élèves l’observation de l’activité mentale consciente de façon à « n’être pris par rien » (tora warenai), de façon à ce qu’ils s'abandonnent complètement au tir et à la situation. Pour que cela soit possible, il s’agit de reconnaître que notre corps, notre esprit et nos pensées ne nous appartiennent pas et qu'ils ont leur vie propre comme partie intégrante de La Vie.

Dans le Kyudo, la tenue de l'arc demande une compréhension qui permet d'exprimer complètement son énergie et sa vie. C'est une relation et un dialogue qui ne se limite pas à l'idée de l'arc pris comme un simple outil qu'on manipule pour un résultat. La posture corporelle est réglée de sorte que la disposition des articulations et l'utilisation de la force musculaire soient naturelles et correctes.

La respiration et la posture doivent aussi obéir à la loi naturelle d’effort minimum et de confort maximum que le Maître Awa exprimait en disant que « pour tirer, on n'a besoin de rien » (nani mo iranu), rien d'extraordinaire. Quand on apprend à utiliser le corps dans le bon sens et à reconnaître le fonctionnement naturel de l'arc, les conditions sont réunies pour comprendre qu'il n'y a rien à rajouter pour réussir. Il y a juste à respecter et à utiliser le déroulement naturel de la situation.

Le paradoxe que nous expérimentons est que nous nous sentons séparés et en manque de quelque chose et cependant il n'y a rien à se procurer. Chercher à « acquérir du naturel » dans la situation relève du non sens, le naturel étant 1°) un résultat, 2°) un concept immatériel.

Nous avons plutôt besoin de moins que de plus ; nous devons nous débarrasser de tout le bavardage mental, les malentendus et nos propres idées sur comment on devrait faire les choses. Tout cela se trouve en trop et empêche le ‘naturel’ de se produire. L’entraînement à développer la technique se fait en réalité en rejetant tout ce qui empêche d’exister ce qui se passe dans sa plus grande simplicité. C'est pourquoi nous avons besoin d'attitudes relationnelles telles que l'acceptation, la confiance, le lien qu'on établit avec notre ressenti d'expérience plutôt que notre compréhension intellectuelle.

L’Esprit Ordinaire qui fonctionne en oubien/oubien considère cette situation comme un paradoxe. Dans la pratique en Esprit d’Eveil, la position juste consiste à fusionner ensemble la compréhension intellectuelle et la conscience corporelle. La recherche du but idéal peut être poursuivie, mais en acceptant la matière de fait (matter of fact) de la situation, de même que la compréhension technique ne doit pas se faire aux dépens d'une « prise de conscience » vécue.

L'entraînement est au fondement de tout cela. Bien que l'instructeur nous pousse quand nous sommes paresseux ou que nous nous fuyons nous mêmes, et bien que nous ayons l'expérience de tous ceux qui sont venus avant pour nous aider, la pratique est l'instructeur véritable, c'est là où la vérité de seisha seishu (touche correcte = tir correct), se réalise. Sans la répétition quotidienne de s'adonner à la pratique et de s'y confronter, rien ne se réalise. Car personne ne peut faire ça pour nous. Seul notre propre effort et notre propre persévérance peuvent rendre cela possible.7

  

En Conscience corporelle, placer l’attention seconde

N'oublions pas de rappeler que même si nous recherchons le profond, c'est toujours l'ordinaire. Dans la salle de pratique, il n'y a pas de philosophie, juste l'entrainement du corps et de l'esprit pour trouver sa vraie nature. Mais, dans la culture qui est la nôtre, le corps est tellement confisqué par nous-mêmes. Notre «personnalité» s'exprime par le visage et les mains. Envoyer l'énergie par les mains, le visage et le haut du corps exige beaucoup ; et avec la focalisation de la force dans le haut du corps et la respiration coincée dans la gorge et le haut de la poitrine, le corps dans son entier ne peut pas fonctionner naturellement. La conscience du corps devrait se centrer dans l’abdomen, juste sous le nombril, connu dans les pratiques de méditation et dans les arts traditionnels japonais sous le nom de tanden ou, plus communément, de hara. C'est dans ce centre que nous commençons par rassembler, tant notre concentration que notre respiration. Avec cette focalisation, le pratiquant exprime l'état naturel de non-dichotomie du corps et de l'esprit. L’acte juste au moment juste, sans personne (ego) pour le revendiquer comme sien. Sans la dualité ou l'attachement à nos expériences, nos sentiments et nos pensées, nous pouvons être ce que nous sommes.4

  

L’acte juste

Dans l’idée de « poursuivre un but », ce n’est pas le « but » qui est toxique, mais l’acte de « vouloir » poursuivre. Cela dit, il importe de comprendre que cet acte de poursuivre n’est pas un phénomène source mais un résultat. Pour que cette énergie de désir-action m’anime, il a fallu qu’elle prenne naissance dans le processus primordial de Souffrance, cette Soif majuscule, et inconsciente d’avidité, de volonté de réussir, de gagner, etc., qui repose sur le Manque-Désir, qui trouve naissance dans l’ensemble de nos conditionnements mentaux8, ce qui intègre la totalité des processus organiques et spirituels, psycho-biologiques, matériels et immatériels.

Dès que la volonté inconsciente de gagner ou de réussir est présente, cela signifie que le Désir9 a déjà contaminé depuis longtemps l’ensemble de l’activité mentale. Dès que ce fonctionnement inconscient est en place, la logique infernale du Désir peut se mettre en place. Tous les actes de mon existence vont être en parfait aveuglement asservis au but que le Désir me présente comme l’idéal pour faire cesser la souffrance. À ce détail près que même si je l’atteins, la Soif toujours inconsciente ne me lâchera pas et m’assignera tôt ou tard un autre but à réaliser. Ce but se présentera de façon différente, bien sûr. Mais la logique sera la même.10 C’est pourquoi la logique bouddhiste parle de la Roue de la Souffrance, qui tourne dans le sens du ‘karma’, pour désigner l’ensemble des événements  qui conditionnent ma vie et leurs conséquences répétitives. Dans le sens inverse, le Bouddha fait tourner la Roue du Dharma, l’énergie de l’Enseignement qui interrompt par la pratique les processus de souffrance et leurs conséquences.7

C’est dans ce contexte que les bouddhistes ont défini un concept qu’ils appellent l'acte juste, (aussi appelé l’acte pur, l’acte de Bouddha, le non-acte) qui correspond à l’idée de Non-Agir, Non-Vouloir et aussi à la définition négative du zen : « Sans but ni esprit de profit ».

Vu de l’extérieur, il ressemble à l’acte dit "mécanique" ou "ordinaire", à cette différence près qu’il s’agit d’un acte qui est issu d’un niveau de conscience qualifié de vision juste ou clairvoyance parce qu’il n’est conditionné par aucune réaction, émotion, intention ni volition. C’est pourquoi cette catégorie d’actes est appelé « acte pur », autrement dit, non pollué par les émotions perturbatrices, jugements et interprétations divers qui constituent les terrains d’expression du processus-ego.

« Sans but ni esprit de profit » peut aussi se traduire par :

1°) Seulement ce qu’il y a à faire.

Cette formulation met de façon implicite l’accent sur beaucoup d’observation, nécessaire pour ne rajouter aucune difficulté à celles qui sont déjà là, aucune contrainte à celles déjà existantes, aucune interprétation risquant de vicier la simplicité des « choses comme elles sont ». Si invention il y a, elle consiste à travailler à partir des configurations existantes pour exploiter leur potentiel en prenant soin de ne pas gêner, ne pas en rajouter, ne pas violenter, ne pas s’opposer par un « je veux » importun à l’expression existante et naturelle de l’énergie de la situation.

Et aussi par :

2°) Réaliser seulement le Possible au Présent.

Autant la précédente formulation est de type ‘gestionnaire’, autant celle-ci ajoute à ce qui précède 1°) l’idée que l’énergie de la situation contient un potentiel énergétique qui va pouvoir s’exprimer à travers l’intelligence créative de celui/celle qui va s’en faire une représentation correcte, et 2°) l’idée que l’action juste va consister à se limiter à exprimer/exploiter/développer ledit potentiel sans chercher à dépasser les limites et les contraintes techniques qui sont celles des différents contextes en interrelation dans l’énergie de la situation.

  

Les obstacles

Le processus de transformation qui conduit à vivre ‘sans but’, sans ‘volonté de vouloir’, implique une confrontation avec la puissance nos propres structures égotiques. Ce projet rencontre en effet une opposition féroce de la paranoïa de l’Ego-Tyran qui semble se sentir attaqué dans ce qui constitue la racine de son pouvoir ordinaire sur nos existences : la volonté de puissance, le jeu de pouvoir, le désir de domination, le désir impérieux de diriger, et divers corollaires du type volontarisme, activisme, frénésie de construction, stakhanovisme, etc., ce à quoi il faut ajouter toutes les stratégies tordues que Machiavel a si bien décrites et qui sont destinées à faire en sorte que l’Autre, quel qu’il soit, finisse par faire ce que Je Veux.

Le contre-discours égotique qui se présente ressemble à : « C’est n’importe quoi ! Si tu crois que c’est en laissant faire les gens et en ne s’occupant de rien que les choses avancent ! Tu sais bien que quand personne ne dirige, c’est le bordel ! » Etc. Et lorsque l’Ego-Tyran sent qu’il a peut-être perdu la partie… « Alors tu abandonnes… Incapable de diriger ta vie, incapable de savoir ce que tu veux ! Tu as toujours été comme ça, faible, lamentable. Reprends-toi ! Secoue-toi ! Fais quelque chose ! »

L’Ego-Tyran joue sur son trio infernal préféré, à savoir les sentiments d’impuissance-indignité-culpabilité dans le but évident de ‘me’ renvoyer dans l’activisme aveugle : « Fais quelque chose ! Même si ça rate, ce sera mieux que rien ! Au moins, tu te seras remué(e) ! » Le but caché est plus subtil. N’importe quel moyen de retrouver son pouvoir de direction occulte mérite d’être employé pour que je revienne à ma stupeur et à mon esclavage ordinaire, avec un esprit ordinaire au maximum d’intensité possible et mes compteurs de conscience au minimum. C’est ainsi que règne l’Ego.

  

User l’Ego

Les Processus Egotiques ne se délitent pas par le conflit ouvert et par l’emploi de la violence. Comme dans la planète du mal du 5ème élément, l’Ego utilise à son profit toutes les configurations mentales qui sont les siennes et dont l’inventaire constitue la liste complète des poisons, passions et émotions perturbatrices11. C’est pourquoi le succès de l’opération dépend de la régularité de notre entraînement anti-égotique et de notre habileté à cesser d’employer ses moyens.

Dans la perspective de l’acte juste, assez loin de la logique des fonctionnements égotiques que je viens de décrire, l’entraînement aux savoir-faire du Non-Agir passe par des attitudes-principes d’absence de violence parce qu’elle implique l’absence de dégât, l’absence de préjudice et l’absence de réparation.

En nous incitant à quitter les attitudes stéréotypées, crispées, névrosées et un peu stupides de l’Ego, les Stratégies du Non-Agir nous obligent à devenir intelligent(e)s :

Au lieu de forcer, trouver une adaptation en douceur,

Au lieu de s’agiter, rester tranquille,

Au lieu de s’inquiéter, attendre et voir venir,

Au lieu de fatiguer, économiser ses forces pour la suite,

Au lieu de stresser, revenir en détente pour mieux percevoir,

Au lieu d’accélérer, ralentir pour mieux observer,

Au lieu de ‘payer pour voir’, observer l’évolution naturelle,

Au lieu de dépenser, traiter les hémorragies financières,

Au lieu d’affronter, chercher les voies de passage libre, etc.

 

Discerner entre Désir et Attirance

Pour y parvenir, le retournement de l’attention et la configuration12 de conscience corporelle sont nécessaires. Il s’agit de convertir systématiquement l’énergie contenue dans chacune des tentatives d’extériorisation forcenée de l’Ego en processus d’intériorisation13.

Pourquoi ‘rentrer à l’intérieur’ ? Parce que s’il s’agit de (re)trouver la Voie Droite, ‘trouver notre sens’, etc.,  nous allons devoir sentir ce qui nous fait plaisir. Ceci implique de faire une claire différence de perception organique entre l’énergie du Désir9 qui renvoie à la Faim/Soif/Manque, (et aux solutions qui sont de l’ordre de prix et du coût)  et l’énergie d’Attirance14  (connectée aux questions de Valeur et de Sens), qui porte aussi d’autres noms comme l’Aspiration (au changement), l’Inspiration (artistique), accompagnés de l’attention, de la motivation, de la volonté, de la mobilisation énergétique, etc., qui sont nécessaires à la réalisation du plaisir de vivre dont le ressenti-processus d’Attirance constitue l’indicateur.


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1 Voir leçon 27 : Esprit Ordinaire, Esprit d’Eveil.

2 Koan : Dans la tradition du bouddhisme zen, énonciation incompréhensible par le seul intellect, ayant valeur de description, voire d’explication, et dont le sens ne peut être perçu que lorsqu’il est possible de la renvoyer à une expérience vécue. Les Soufis disposent, dans le même axe pédagogique, des « Histoires-Enseignement ».

3 Voir Leçon 35 : Structure OubienOubien.

4 Voir leçon 5 : Les Gardiens du Langage Courant.

5 Non-Aristotélicienne : Voir Mode d’emploi N°2 : Logiques de la Sémantique Générale.

6 Liam O'Brien dans le Journal of the Buddhist Society (London) : The Middle Way, Feb.-Apr. 2004, vol.78, n° 4.

7 Tout ce passage est une adaptation /réécriture de ce même article lisible sur
www.kyudo-geneve.ch/kk_fr/articles/.../zen_art_archery.pdf (4).

8 Mental, adjectif : voir leçon 2, vocabulaire du T.I.

9 Au sens des 3 poisons : voir la leçon 22 : nos 4 Vérités et leçon 33 : Poisons et Passions.

10 C’est la logique répétitive appelée « Invariant de structure », invisible pour qui en est l’auteur-victime, souvent visible par son entourage.

11 Que certains textes indous fixent à 53000, sachant qu’il s’agit d’une façon imaginale de dire « une infinité ».

12 Voir Leçon 02 : Vocabulaire du Travail Intérieur.

13 Voir Leçon 24 : Processus d’Intériorisation.

14 Amoureuse ou non, érotique ou non, sexuelle ou non, etc.

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