Leçon n°33 – Poisons et Passions

Le mot « esprit » est synonyme d’activité et/ou d’organisation mentale1. Cette activité-organisation est susceptible d’être troublée par des émotions perturbatrices qui agissent parfois comme des poisons (empoisonnement mental) parfois comme des passions, (processus d’auto création de souffrance). Les poisons et les passions sont constitutives du fonction-nement de l’Ego, et se trouvent à l’origine de l’agitation mentale, des inquiétudes, des angoisses, des obsessions, du ‘Bavardage Intérieur’, du ‘Petit vélo dans la tête’, etc. Ils alimentent tous les processus d’interprétation et de suppositions non vérifiées, et créent plusieurs systèmes mentaux pathologiques.

Aucun jugement de valeur dans ce qui suit. Il s’agit de constats de fonctionnements énergétiques.

 

Arrêter 2 fumées :

La publicité ordinaire consacrée à lutter contre le tabagisme s’écrit « Fumer tue », « Fumer provoque des maladies graves » etc. Le discours social et médicalisé qui l’accompagne vise à persuader les fumeurs hommes et femmes que leur addiction fait d’eux des malades potentiels ou actifs tant psychiques que physiques. Par conséquent, ils peuvent être soignés de façon médicale et de préférence avec des produits chimiques issus des laboratoires pharmaceutiques. Voilà un système de croyances qui fonctionne et qui a le mérite de conforter les uns et les autres dans leurs positions respectives de médecins et de malades.

Cette organisation bien rangée n’explique cependant pas le fait que : 1°) pour certains patients, l’ignorance des phénomènes mentaux peut rendre l’opération irréalisable  et que 2°) certains médecins soient toujours fumeurs ! « Faites ce que je dis, pas ce que je fais. » Hélas ! « Qui médicinera les médecins ? »

Par ailleurs, cette méthode qui consiste à persuader les gens qu’ils sont malades est peut-être utile à l’Ordre Médical, mais semble un peu rapide. Avant d’avoir appris à se comporter correctement, le fait que quelqu’un se conduise mal n’est pas étonnant. Ce n’est pas une raison pour l’enfermer dans l’étiquette et le rôle social de ‘malade’.

 

Pas une, mais 2 fumées :

Il s’agit d’abord de comprendre que l’idée d’  « arrêter de fumer » constitue un résultat et non pas une source. Inutile d’essayer d’arrêter de fumer. C’est ailleurs qu’il faut agir et cela se fera tout seul une fois que les différents éléments qui sont en jeu, les différents paramètres de la situation, auront été envisagés et traités les uns après les autres.

« La 1ère fumée » est celle, ordinaire, qui se voit dehors : c’est celle qui entre dans mes poumons lorsque je l’aspire et qui sort de ma bouche  au moment où je l’expire. La 1ère fumée se voit facilement. Très variée, elle peut s’appeler tabac, mais aussi alcool, drogue, jeu, sexe, etc. soit n’importe quelle addiction à n’importe quel système sensation-émotion.

« La 2ème fumée » est celle, subtile, qui ne se voit ni dehors ni dedans, et qui entretient (et surtout amplifie) les effets de ce que la psychologie bouddhiste appelle l’opacité mentale, dans la rubrique ignorance/stupidité. La 2ème fumée ne se voit pas facilement ; inconsciente, bien cachée aux niveaux silencieux et organiques de l’organisation mentale, il s’agit d’un délicat mélange de conditionnements ‘innés’ et de conditionnements ‘acquis’.

La 1ère fumée : l’empoisonnement chimique

« Lors de sa combustion, une cigarette produit une fumée qui contient environ 4000 substances toxiques, dont au moins 50 sont cancérigènes : L’acétaldéhyde et l’acroléine (irritants des voies respiratoires), l’acétone (dissolvant), le méthanol (carburant pour fusées), le naphtalène (antimite), le cadmium (utilisé dans les batteries), le monoxyde de carbone (gaz d’échappement), le chlorure de vinyle (utilisé dans les matières plastiques, inhibiteur de libido), le mercure (utilisé dans les thermomètres), l’acide cyanhydrique (utilisé dans les chambres à gaz), l’ammoniac (détergent), le toluène, (solvant industriel), l’arsenic (poison violent), le polonium 210 (élément radioactif), le DDT (insecticide), le plomb (gaz d’échappement). Sur les paquets, seuls goudrons et nicotines sont indiqués. Certains composés proviennent de l’environnement (pesticides et produits radioactifs). D’autres composés sont ajoutés, comme l’ammoniac qui favorise la fixation de la nicotine et donc la dépendance. Certains plants de tabac sont génétiquement modifiés afin de rendre la nicotine plus efficace*.

Tous ces éléments chimiques ne produisent pas que des effets toxiques isolés sur l’organisme. Il existe entre eux des combinaisons et des interactions dont il est difficile, voire impossible, de déterminer les effets.

La 2ème fumée : l’empoisonnement ‘mental’

L’empoisonnement mental est un concept typiquement bouddhiste qui énonce que nous n’arrivons pas au monde comme un support vierge, mais comme une configuration vivante de multiples conditionnements préexistants qu’il va s’agir de comprendre pour pouvoir s’en libérer. Il s’agit de deux ordres de conditionnements fondamentaux que sont, dans l’ordre, « les Poisons », et « les Passions ».

Notre langage courant dispose d’une expression qui correspond à cette vision. En parlant d’une personne qui n’a pas forcément d’ennuis extérieurs mais qui est la proie inconsciente de ses émotions et de ses sentiments, nous disons bien qu’elle a « l’art de s’empoisonner la vie ». Alors, de quoi s’agit-il et comment ça marche ?


Les 3 Poisons

Dans la vision technique bouddhique,  il s’agit d’observer en premier lieu qu’à l’origine de toutes les souffrances se trouvent 3 émotions perturbatrices racines, appelées les « 3 Poisons ». Celles-ci sont conçues comme des données existentielles de base, transmises par voie génétique, de nature subtile (invisible à l’œil nu) et qui sont produites par l’activité mentale. Il s’agit d’un véritable héritage issu des siècles passés, qui porte le nom d’ « empreintes karmiques » et qui donne sa ‘matière’ et sa ‘crédibilité’ à l’Illusion de l’Ego.

Le concept de « Poison » (étym : latin : potio, breuvage toxique, philtre magique pouvant entraîner la mort) correspond à l’idée d’avoir ingéré une substance toxique (tels que ceux de la 1ère fumée) qui produit dans l’organisme des résultats objectifs. Pour l’organisme vivant que je suis, la présence du poison est toujours nocive, désagréable et son caractère toxique nuisible à la santé ne fait aucun doute. Il ne viendrait à l’idée de personne de prendre du poison seulement pour voir l’effet que ça fait. Il n’y a aucune dimension de ‘matière-chose’ dans ce concept. L’empoisonnement factuel de l’activité mentale doit être considéré comme un phénomène mental source, une donnée fondamentale d’existence. 

v La Stupidité :

Terme issu du latin stupor qui désigne un état organique d’engourdissement et de paralysie, suspension apparente des réactions intellectuelles, affectives ou physiques, ainsi que des réactions normales de précaution, de sauvegarde et de survie. Ahurissement, étonnement, issu d’une émotion trop vive qui peut transformer les réactions normales d’une personne en niaiserie et en sottise. Le symbole tibétain correspondant est le Porc.

Elle se repère à l’absence de motivation pour apprendre, elle est liée à l’ignorance, à l’aveuglement, à l’absence d’introspection, à l’inconscience, à l’évitement, au déni, etc.,

Elle fonctionne en relation avec l’immobilité, la statique, la stagnation, l’enkystement, la paralysie, la crispation, le rétrécissement, le repli, l’effondrement, le refus et la résistance au changement, etc.,

C’est le poison qui est à l’œuvre lorsque je commence par nier mon addiction ou ma dépendance lorsque quelqu’un me dit que je suis accroc au tabac (ou à n’importe quoi d’autre). Je peux trouver ensuite plein d’explications rationnelles pour justifier ce déni envers l’extérieur, mais surtout, pour rester le plus longtemps possible aveugle à mes propres yeux. L’objectif est de trouver tous les moyens, y compris le mensonge et la mauvaise foi, pour ne pas voir, ne pas comprendre, ne pas bouger, ne rien changer. Peu importe si à terme, cette addiction me conduit à m’isoler du monde ou à me détruire.

Mais les arrières plans de ce poison sont nombreux. La fatigue chronique, le découragement, la faiblesse morale, l’immobilisme, la confusion mentale ainsi que diverses craintes et peurs associées font partie de ce décor. « La seule idée d’avoir à déplacer cette montagne m’épuise avant d’avoir commencé ! Je ne peux vraiment pas bouger. » Et même si je peux admettre que le monde n’est pas « Trop fort pour moi », je suis certain(e) qu’en revanche, je suis trop faible pour lui !

v Le Désir :

Terme issu du latin de-siderare : de (privatif, indiquant une chute vers le bas), et sidus-eris (astre, étoile). D’où les sens implicites inconscients de : 1°) avoir perdu sa bonne étoile 2°) se trouver comme sidéré (paralysé) par l’influence mauvaise des astres 3°) être privé de la contemplation de l’étoile du nord, 4°) avoir perdu le Nord (le bon sens commun) par désorientation, 5°) Être capable de créer un dés-astre par aveuglement. Le symbole tibétain correspondant est le Serpent.

Il se repère à la volonté de posséder et d’accumuler, l’avidité, la ‘faim’ et la peur irrépressibles liée au manque, à l’attachement, au(x) besoin(s), à l’envie, à l’attirance, etc.

Il fonctionne en relation avec le mouvement, le déplacement, l’allant, l’évolution, l’agitation, l’expansion, la prolifération, le désordre, le dérangement, etc.

Le Désir est souvent perçu comme irrépressible, irrésistible, très organique, comme beaucoup plus fort que « moi ». « Trop fort pour moi ». Les substances toxiques ont certes un effet physiologique majeur, mais les effets secondaires de manque (souffrance analogue à la faim/soif fondamentale) qui suivent leur suppression, sont bien d’abord d’un registre physiologique que mon esprit interprète comme de la douleur. Faute d’éducation correcte dans ce domaine, nous confondons couramment la douleur qui est d’ordre premier et la souffrance qui est d’ordre second. Nous pouvons ainsi définir la souffrance comme « la douleur de la douleur ». Si et seulement si j’analyse et interprète la douleur du manque comme insupportable, alors je passe sur le registre de la souffrance. Mais quel est ce « je » qui décrète que telle douleur est insupportable pour moi ? Quelle instance mentale est donc à l’œuvre ici pour me le faire croire ? La psychologie bouddhiste désigne ici clairement le Processus-Ego.

v La Colère :

Terme issu du grec kholera, et du latin cholera : symptôme d’une maladie d’échauffement de la bile. Cette idée de maladie donne le style particulier de fonctionnement inconscient auquel on peut s’attendre avec la colère en termes énergétiques. Le symbole tibétain correspondant est le Coq dressé sur ses ergots.

Elle se repère à une réaction affective violente liée à la frustration, à l’impuissance, au blocage, à l’incapacité, la contrainte, etc.,

Elle fonctionne en relation avec la violence, l’explosion, l’éclatement, la dispersion, la désagrégation, l’écrasement, etc.,

Comme la Torpeur, qui engourdit l’esprit au point d’éteindre toute possibilité de discernement ou de réaction, comme le Désir souvent perçu comme irrépressible, la Colère jaillit de façon volcanique, irrésistible, très organique, comme beaucoup plus forte que « moi ».  « Trop fort pour moi, je ne peux pas me maîtriser (comme s’il s’agissait d’un cheval fou), je me suis laissé(e) emporter, (comme s’il s’agissait d’un tsunami) etc.».

Je n’ai pas mémoire d’avoir rencontré de la colère sans ses corollaires habituels qui sont la frustration et la peur, lesquelles restent le plus souvent, ensemble ou séparément, comme une source obscure aux niveaux inconscients et silencieux. Ensuite, observer que :

-  Il n’existe pas de frustration (présente) sans à la source, au moins une attente (passée) cachée et inconsciente qui a été déçue. Et l’attente cachée est en lien direct avec un poison nommé « désir ». L’ensemble fonctionne donc comme l’expression d’un processus égotique caché (du type je veux-je veux pas)2 à propos duquel la personne qui se laisse ravager par la colère se trouve en aveuglement spécifique.

-  Il n’existe pas de peur (présente) sans à la source, au moins une souffrance cachée et inconsciente qui a été brutalement réactivée. La colère se produit alors comme une protestation instinctive destinée à dissuader par force et intimidation ce qui est en train de se produire.

Tout cela (plus ce qui en résulte comme souffrances annexes) ne peut fonctionner qu’à condition de rester caché, càd inconscient, ce dont le Processus-Ego-Tyran se charge en principe assez bien en activant la configuration mentale3 Poison Ignorance-Stupidité. Dès qu’un des trois poisons est repéré, les deux autres ne sont pas loin4 et il importe de mettre en lumière leurs fonctionnements imbriqués. Leur synergie est symbolisée dans l’imagerie tibétaine par le fait que ces trois animaux se touchent et forment une chaîne qui symbolise les concepts d’ « attachement » et de « chaîne karmique ».

  

Les 6 Passions-Racines :

Elles se présentent comme la combinaison des 3 poisons … avec comme résultat invariable de souffrir de la situation de façon aveugle. Il faut bien comprendre que chaque effort destiné à compenser la souffrance de base (le poison) consomme et vampirise l’énergie qui devrait être utilisée à prendre conscience :

-     Le désir-attachement : Suite logique du désir, il s’agit de chercher à conserver ce qui a été désiré, ou le désir lui-même !

-     L’aversion : énergie semblable à celle du désir, produisant des effets inverses : le rejet au lieu de l’attirance.

-     L’orgueil-arrogance : Combinaison de stupidité et de colère, engendre le mépris, l’isolement, l’éloignement et l’appauvrissement des relations

-     L’ignorance : Synonyme d’aveuglement spécifique et d’inconscience : « Je ne sais même pas que je ne sais pas. »

-     Le doute : Sans intelligence ni discernement, ni esprit scientifique : il provoque la paralysie, l’inaction et l’inadaptation.

-     L’opinion erronée : Celle défendue contre toute logique, tout apprentissage, toute démonstration, tout constat, et non fondée sur l’examen des faits.

Le concept de « Passion » (étym : passio : je souffre, j’ai (du) mal, je ressens le poids de la douleur) intervient comme un phénomène mental résultat de l’action des poisons, une conséquence du mélange des poisons dont je suis porteur par héritage génétique.


Un exemple : L’opacité mentale

Le concept de passion-ignorance fonctionne comme le résultat du poison-stupidité : ces conditions d’existence sont données à la naissance et leur réunion produit une réalité appelée l’opacité mentale.


1°) La stupidité (poison-source) : Je fonctionne de façon stupide dès lors que je ne pose pas la question de savoir pourquoi je souffre à quelqu’un qui saurait me répondre ou m’orienter. En méditation, elle est en liaison avec la torpeur, l’endormissement mais aussi la distraction et l’agitation mentale.

2°) L’ignorance (passion-résultat) est avérée dès lors que je ne cherche pas à apprendre à observer ni comprendre comment je souffre, ni à trouver les moyens techniques de cesser de souffrir. Ignorance de l’ignorance, synonyme ici d’Aveuglement Spécifique5, elle constitue elle-même la racine d’une foule de misères et souffrances annexes.

3°) L’opacité mentale figure au nombre des 52 passions secondaires, dont la liste précise figure dans les écrits classiques. Elle se présente comme le résultat du mélange des deux sources précédentes. Elle est très étroitement liée à l’absence d’intériorisation6 Dans le cadre de la connaissance des fonctionnements sociaux, elle peut être considérée comme leur symptôme-résultat apparent.

Parce qu’elle constitue un résultat, il ne sert à rien d’essayer d’agir dessus. En revanche, le travail sur les deux paramètres précédents, qui constituent justement les moteurs techniques et qui produisent la souffrance et ses conséquences, est alors possible. C’est en modifiant les paramètres source qu’il est possible de modifier les résultats.


Comment utiliser cette logique dans mon existence ?

La pensée Bouddhiste n’est pas exempte de défauts de structure. Conditionnée par les habitudes de la pédagogie indoue, elle a développé une fascination pour les moyens mnémotechniques, les systèmes de classifications chiffrées (je n’ai pas détaillé ici par exemple les 52 facteurs mentaux associés qui se divisent en 5omniprésents, 5, déterminants, 11 vertueux, 6 passions perturbatrices, 20 passions secondaires et 4 changeant-neutres) et les modes d’emploi détaillés.

 Pour justifier cette catégorisation à outrance, les techniques qui consistent à observer en détail, noter, décrire, etc. ce qui se passe le plus finement possible ainsi que le côté « réponse à tout » qui en résulte, les créateurs de ces méthodes ont insisté sur le fait qu’elles sont destinées à déminer en permanence les stratégies de l’Ego4, à commencer par celle qui consiste à produire un maximum de mélange et de confusion, et qui alimente le ‘Poison Stupidité’.

Ainsi, plus je détaille, moins je risque d’identifier, d’amalgamer et de confondre de façon toxique des aspects de la réalité qui ne doivent pas rester mélangés.

Si cette attention classificatrice systématique peut agir ‘bien’ comme un antidote à la paresse, elle peut aussi être ‘mal’ employée à plonger dans une sorte de compulsion obsessionnelle et répétitive, rigide et pétrifiante, la sclérose des catégories7 qui permet de reconnaître l’un des moyens qu’utilise l’activité égotique lorsqu’elle essaye de retourner l’énergie de la situation et d’utiliser le Travail Intérieur à ses propres fins.

Le seul effort fondamental que réclame le T.I. est celui d’attention et de vigilance. Donc, pour chaque blocage-frustration-peur-colère au quotidien, il est possible d’observer « quelle » personnalité partielle inconsciente8 frustre à l’intérieur, ainsi que « comment » ‘ça’ frustre. Cet humble travail méthodique mais efficace que Bouddha appelait « Dissiper l’ignorance », « retirer les voiles de la conscience », etc. passe aussi par l’écriture de la liste précise9 des frustrations, de leurs contextes d’origine (souvent un peu oubliés) et de leurs effets visibles.

Une carte n’est pas le territoire qu’elle représente2. Les mots, les listes et les classifications ne sont pas les événements qui se produisent, mais permettent de parler à leur propos. Sans la méthodologie Non-Ā10, notre organisation mentale identifie instinctivement les mots avec ce qu’ils désignent, et produit un découpage illusoire de la réalité qui, elle, fonctionne dans des environnements internes et externes qu’il nous faut observer en termes de champs pluri-relationnels, de multi-causalité et multi-ordinalité2 La révision neurolinguistique de la S.G2 permet de changer ce fonctionnement pathogène11 par prise de conscience12 et par entraînement.

Cela étant dit et énoncé, le mode d’emploi est donné. En effet, pour cesser d’entretenir ma torpeur-stupidité, ce que j’ai à faire est justement de 1°) poser la question de savoir pourquoi je souffre (pas à « me »13, mais) à quelqu’un qui saura me répondre ou m’orienter. Et de poser cette question jusqu’à ce que je reçoive une réponse. 2°) apprendre à observer comment je souffre, de façon à décrire et trouver les moyens techniques de cesser de souffrir. Et chercher jusqu’à ce que je trouve quelqu’un capable de m’aider à faire ce travail (intérieur).

En résumé, dans un premier temps, compte tenu du fait que je pars d’un niveau simple de stupidité reconnue et admise (sans état d’âme ni interprétation), il s’agit d’appliquer ‘bêtement’ la recette. Ce premier pas est indispensable avant de parvenir à l’appliquer ensuite plus ‘intelligemment’.

Nonobstant cette logique formelle de base, il existe des moyens habiles, telle la « Déclaration de Guerre » : sur la base d’une « Fierté du Guerrier » qui vient remplacer l’Orgueil de l’Ego et en utilise ainsi l’énergie transmutée, il s’agit en conscience de ‘déclarer la guerre’ aux processus, fonctionnements et comportements toxiques dont je repère l’existence chez ‘moi’ de façon à cesser de les valider, de les supporter, de les entretenir et de les laisser prospérer14 .

« Cesser de » ne demande qu’un effort d’attention, celui de ne pas retomber dans les vieilles ornières. Cela réclame seulement de ne pas souscrire à ces comportements conditionnés et toxiques, mais encore une fois, il est très difficile de faire ce travail seul15.

Cet enseignement est d’une importance capitale : il permet à une personne d’initier (et d’opérer à la suite la mise en œuvre de) l’ensemble du processus de désidentification qui se traduit en sanscrit dans la pensée prébouddhique par « neti-neti » ≈ ni ceci, ni cela.

La verbalisation bouddhiste donne à peu près ceci : « Je-Conscience ne suis ni mes pensées, ni mes sentiments, ni mes sensations, ni mes intuitions, ni mes émotions, ni mes perceptions, ni quoi que ce soit que je puisse reconnaître comme étant une création de mon esprit. Je ne porte pas la responsabilité de mon bagage génétique, mais je suis responsable, dans la limite de mes paramètres personnels, de mon apprentissage de Conscience et de mon propre Travail Intérieur de libération [de la souffrance]. »

Tel est le fondement de la logique de Lâcher Prise et aussi de la définition négative de la Conscience. Rien de tout cela ne m’appartient ni ne me constitue. Ma « Vérité » se produit lorsque ‘je-conscience’ ne suis asservi à aucun de ces paramètres mentaux aussi changeants que transitoires et que mon esprit fonctionne sans produire de perturbation.

Le grand mérite de Bouddha est d’avoir énoncé une vérité du genre : « Nous naissons avec ces conditions là. Les Animaux, les Végétaux, les Minéraux, les Démons, les Anges et les Dieux ont d’autres activités et d’autres problèmes. Ceux-là, ce sont nos problèmes d’humains. » Un sens d’existence possible consiste non pas à chercher à y mettre un terme, - parce que le simple fait d’exister en produit sans arrêt – mais il s’agit de comprendre comment cesser de nous empoisonner (poison d’origine) par ignorance (défaut d’apprentissage) avec nos passions (souffrances résultantes).

Inutile d’aller culpabiliser (coup fourré typique de l’Égo-Tyran16) sur le mode : « Je suis vraiment nul(le) ! Ça fait tellement d’années que je travaille-intérieur et j’en suis toujours là, à crever de jalousie, à  désirer sans aimer, à aimer sans désirer, avec ma flemme chronique, ma timidité maladive, avec mon psoriasis, mon herpès, mon cancer, mes obsessions (ou mes phobies) du sexe ou de l’impuissance, de la saleté ou de la propreté, mes conditionnements qui m’empoisonnent (!) la vie, mes opinions auxquelles je tiens autant qu’elles me tiennent, mes goûts qui me caractérisent, mes sentiments qui m’exaltent parfois, me morfondent parfois aussi, mes angoisses, mes émotions qui font soi-disant de moi un poète, un musicien, un artiste… , et mes innombrables interprétations et bavardages qui me rendent malade, mais auxquels je tiens mordicus !, autant qu’ils me tiennent, sinon plus. »

Il s’agit seulement d’arrêter de valider toutes ces agitations et de cesser d’en être le jouet. Et par quoi les remplacer ?...

Surtout par rien ! Aucune autre activité de remplacement issue de l’intelligence paranoïaque égotique ne doit venir compenser, voire occulter le manque réel ainsi créé. « Ce ‘manque’ concerne l’Égo-Tyran, pas ‘moi’. Je ne suis pas le « Processus-Égo. ». Cette phrase peut être utilisée comme un mantra. Elle en a la valeur. Lorsqu’un comportement toxique dûment reconnu et conscientisé disparaît, il faut laisser le temps à l’organisation mentale de retrouver ses marques sur des bases nouvelles, dépourvues des poisons toxiques et des passions souffrances. Ce processus-pouvoir instinctif et vivant d’auto-guérison de l’esprit a été nommé par Jung ‘Fonction Transcendante’ et fonde le Processus d’Individuation17.


 

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  * Source : La ligue contre le cancer : www.ligue-cancer.net.

  1 Voir Leçon 2 : Vocabulaire du Travail Intérieur.

 2 Voir Leçon 19 : Jaimeça, Jaimepasça.

 3 Voir Leçon 2 : Vocabulaire du Travail Intérieur.

 4 Il s’agit du concept (jungien) de « contamination des événements mentaux ».

 5 Voir Mode d’emploi 1 : Aveuglement Spécifique.

 6 Voir Leçon 24 : Processus d’Intériorisation.

 7 Terme spécifique de la Sémantique Générale.

 8 Figures archétypiques, voir la notion d’Archétype chez C.G.Jung. Voir aussi, pour la mise en œuvre technique, le descriptif du stage Les Figures Cachées du Cirque Invisible sur www.clownessence.fr.

 9 Préciser veut dire : Indexer et lister. 2 moyens habiles de la S.G.

 10 Voir Mode d’emploi 2 : Logiques de la Sémantique Générale.

 11 Nous parlons ici d’une pathologie de la conscience.

 12 Voir Mode d’emploi 3 : Prendre Conscience Mode d’emploi.

 13 Voir Leçon 34 : Je me demande à qui ?

 14 Voir Leçon 10 : Syndrome de la Crotte de Chien.

 15 L’aide d’un guide et ‘ami spirituel’ (terme employé par Chöghiam Trungpa) qui a réussi à traduire en actes la compréhension des mots est nécessaire pour aider l’étudiant(e) à passer au-delà des conditionnements et aveuglements générés par les poisons.

 16 Voir Leçon 30 : Coups fourrés de l’Égo-Tyran.

  17 Voir Leçon 14 : Individuation mode d’emploi.

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