Leçon n°13 – Vouloir devenir quelqu’un(e)

« Devenir quelqu’un(e) » n’est pas un problème. Cette façon de parler exprime un résultat. Elle ne dit rien des façons d’y parvenir. Le problème, ce serait plutôt « vouloir ».

De façon traditionnelle, cette histoire là concerne d’abord et surtout les hommes et l’univers masculin. En effet, jusqu’aux années 1990, dans leur immense majorité, les filles n’étaient pas élevées dans cette mythologie. Devenues femmes, elles avaient plutôt l’habitude de tolérer plus ou moins les comportements infantiles que ce mythe développe chez leur partenaire, et de subir les conséquences qui en résultent parce que « on a toujours fait comme ça ». Pour l’avenir… ( ? )

Du point de vue ‘extérieur’, le mythe de « Devenir quelqu’un » est lié aux idées de compétition, de célébrité, de pouvoir, de gloire et d’argent, qui constituent les ‘valeurs’ de pointe de la société télévisuelle. En termes jungiens, nous sommes au niveau conscient collectif.

Du point de vue ‘intérieur’, le mythe fonctionne sur des réalités énergétiques qui se parlent en terme de désir, d’avidité, d’orgueil, de volonté de puissance, d’aveuglement, d’oubli des conséquences et d’absence d’intériorisation. En termes jungiens, nous sommes au niveau inconscient collectif.

Globalement, le groupe majoritaire assure sa survie au prix de l’écrasement relatif des marges et des différences. Notre société fonctionne comme cela, nous le savons, nous l’admettons, et quels que soient nos idéaux humanistes éventuels, nous savons aussi qu’aux niveaux individuels, notre pouvoir d’y changer quoique ce soit voisine le zéro absolu.

Du point de vue de l’esprit ordinaire :

« Devenir quelqu’un », veut dire que je dois faire ma place dans l’ordre social, me faire un nom, que les gens parlent de moi, ou au moins une certaine notoriété, devenir célèbre, ou au moins reconnu, éventuellement passer à la télé, etc.,

Cette idée constitue un facteur d’empoisonnement d’existence garanti. Elle fonctionne sur l’idée inconsciente que la célébrité, la notoriété, sont non seulement des moteurs d’existence, mais surtout, que ces soi-disant valeurs sont capables de donner du sens à l’existence de quelqu’un(e). Aussi puissant qu’un dogme religieux, aussi puissant que des règles sectaires, aussi attirant qu’un miroir pour les alouettes.

Du point de vue de la formulation, il s’agit d’un piège monumental qui tient à sa présentation parfaitement imprécise. Plus une image personnelle et/ou sociale est vague, (et nous appelons cela parfois un archétype) plus elle permet à l’organisation mentale de projeter inconsciemment dessus n’importe quoi, à commencer par toutes les frustrations d’existence non traitées parce que laissées hors conscience.

Il en résulte une sorte de fantasme hypnotique personnalisé qui devient extrêmement important pour la personne victime de cette hypnose du but, qui lui apparaît comme une véritable révélation et qui l’oblige à tourner son existence vers ce but lointain qui joue le rôle d’un idéal, de paradis, de nirvana, soit globalement, les fameux « Lendemains Qui Chantent » etc., Tous les aspects de la vie vont pouvoir être asservis à la poursuite de ce but.

Aux niveaux collectifs, cela peut se traduire par l’assujettissement, le sacrifice, l’épuration ethnique etc., de milliers de vies humaines au nom d’idéologies basées sur ces fausses prémisses. Aux niveaux individuels, toute l’existence est asservie à l’idée fixe, la vie personnelle est sacrifiée, et tous ceux qui s’opposent à la logique du But rejetés.

Dans ce qui vient d’être exposé, aucune conscience, corporelle ou non, destinée à développer les conditions du bonheur et de la non-souffrance n’est présente. L’intériorisation manque, l’attention n’est pas tournée vers intérieur, et sur ce terrain, le lien social n’a pas de sens.

Du point de vue de l’esprit d’éveil , en Travail Intérieur

Dans la mesure où l’ensemble de l’existence est asservi à un but préfixé, le fonctionnement que je viens de décrire apparaît pour les Chercheurs de Vérité comme un non sens, une absurdité, une hypnose, une addiction, en bref, une œuvre du Grand Magicien. La dynamique énergétique de ce piège humain est résumée dans la pensée chrétienne et soufie par le paradoxe célèbre : « Qui veut sauver sa vie la perdra ».

Chaque fois qu’il est question de « vouloir », il est question de « but ». Chaque fois qu’il est question de but, la fin justifie les moyens. Chaque fois que la fin justifie les moyens, le sens personnel de l’existence, le plaisir de vivre ensemble et le lien social disparaissent au profit de la stupidité, du malheur et de la souffrance ordinaires.

En utilisant les outils de la Sémantique Générale, « Devenir quelqu’un » n’est pas une formulation recevable dans la mesure où elle implique tout ce qui vient d’être exposé. En matière de spiritualité, il existe bien des formulations qui se sont révélées comme autant d’impasses. « Devenir soi-même, devenir son propre soi, devenir le Grand Soi, devenir Dieu, devenir qui je suis, obtenir la réalisation, obtenir l’éveil, réaliser son essence divine, obtenir l’illumination etc., »

Et là, le terme « Devenir » représente une tromperie suprême ! Cette formulation nous promet un futur « réalisé un jour », en oubli de la densité invulnérable du présent. Il paraît fort compliqué d’arriver quelque part en étant parti de « nulle part », le processus d’individuation se trouvant projeté dans un à venir digne des « Lendemains Qui Chantent » ! (« devenir : venir de et être arrivé à »)

Toutes ces façons de parler méritent donc d’être systématiquement invalidées, c’est-à-dire déclarées inutilisables et toxiques puisque conduisant à des impasses existentielles. Pour comprendre exactement ce dont il est question, listons simplement les pièges mentaux qui peuvent être observés à propos de cette formulation lorsque ceux qui l’emploient y croient :

1. L’oubli des contextes et des environnements

Dans quels contextes précis puis-je arriver à « devenir quelqu’un » ? Quels sont les gens, les institutions, dont la reconnaissance manifestée m’importe ? Que signifie pour moi ici-maintenant « vouloir » ? Que signifie pour moi i-m « devenir » ? Que signifie pour moi i-m « quelqu’un ? » ? Est-ce qu’en cherchant à devenir quelqu’un (plus tard), je vais cesser d’être ce que je suis i-m ?

2. L’oubli des vérifications expérimentales

Est-ce que je connais des gens qui sont « devenus quelqu’un ? » Est-ce que je sais comment ils y sont arrivés ? Est-ce que je sais ce qu’ils en pensent vraiment ? Est-ce que eux pensent qu’ils sont devenus quelqu’un ? Quel prix humain, familial, amical, amoureux, professionnel, financier, , etc., ont-ils payé pour cela ?

3. L’oubli de la question préalable de recevabilité

Que signifie exactement cette question ? À qui ou à quoi cela sert-il de la poser ? Est-ce le moment juste pour la poser ? Et en admettant que ce soit le moment de la poser, est-ce le moment d’y répondre ? Est-ce que je dispose de la possibilité de trouver des éléments de réponse ? Est-ce que c’est important pour moi ? Est-ce que chercher à répondre à cette question fera que je me sentirai mieux ? Pourquoi est-ce que je veux devenir quelqu’un plutôt qu’observer simplement comment fonctionne mon organisme, mon existence, ma vie, etc.,

4. Le maintien de croyance non vérifiée

En termes énergétiques, « je veux » signifie « je crois » assorti de « je dois le faire ». Qu’est-ce que je suis en train de croire ? Les objectifs que je suis en train de me fixer sont ils justifiés ? Cela va m’apporter quoi ? Cela va m’être utile à quoi ? D’où est-ce que je tiens cette histoire ?

5. La soumission inconditionnelle

On a toujours fait comme ça dans la famille ? J’ai toujours vu mon père et mon grand père dire ça et essayer de le faire ? En essayant à mon tour, que suis-je en train de faire ? De suivre mon chemin ou celui de quelqu’un d’autre ? En quoi suis-je vraiment concerné ?

6. L’emploi de cartes sans territoire

Il y a bien des mots, mais à quelle genre de ‘réalité’ personnelle vivante font ils référence ? Quel sens a ce que je viens de dire ? Est-ce que je ne suis pas simplement en train de faire du bruit avec bouche ? Autrement dit, confondre du bruit avec du sens ?

7. L’emploi de formulations ‘positives’

imprécises décrivant un résultat idéal, un but à atteindre, mais ne faisant référence à aucun moyen ni méthode applicables et dépourvues de toute efficacité pratique. Comment puis-je formuler ce que je désire en employant « ne pas » ?

8. L’aveuglement spécifique (ignorance de l’ignorance)

Ce terme désigne le fait que je ne suis d’habitude même pas conscient de tout ce qui précède.

9. L’invariant de structure

Et dans ce cas précis, ici-maintenant également. Est-ce que ces comportements que je suis en train d’observer existent seulement maintenant, ou est-ce que je suis capable de voir qu’il s’agit de comportements que je répète régulièrement ?

Etc. ! Répondre à toutes ces questions permet certes de mettre un terme aux pièges mentaux et aux troubles sémantiques qui en résultent. Mais cela ne suffit pas. Ces outils de la Sémantique Générale doivent être complétés par un concept opératoire que C.G. Jung a appelé le Processus d’Individuation, ainsi que la méthode qui l’accompagne… Qui fait l’objet de la leçon 14.

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