Leçon n°9 – Parler ‘en général’

La locution « en général » fait partie des « cartes sans territoires » les plus fréquentes du langage courant. Le terme « carte sans territoire » désigne une représentation verbale qui ne renvoie à aucune sorte de réalité susceptible d’être vérifiée ; ça ne fait pas du sens, ça fait seulement du bruit. L’ennui est nous croyons aux contenus (même virtuels, fictifs, absents, ou même carrément faux) de nos bavardages simplement parce que nous les avons énoncés. Nous n’allons quand même pas désavouer nos affirmations, sans blague ! Observez ce qui se passe alors ; celui qui déclare parler ‘en général’ va faire tout son possible, y compris utiliser la mauvaise foi, pour justifier sa généralisation abusive ! Et il va vraiment détester de se voir rappeler qu’il n’est pas fondé à parler en lieu et place des autres…

Dans la série des Gardiens du langage courant, le préposé au dépistage et à la prévention de cette façon de parler s’appelle « Loicosmic », pour rappeler une formulation d’Alfred Korzybski qui a nommé cette articulation mentale « Législation Cosmique ». L’art de pondre des lois générales à tout propos. Henri Landier, mon second Maître en SG, a passé douze ans de son existence à observer mes façons d’exister avec une attention sans faille de façon à me faire prendre -sur le fait- conscience de toutes les occasions où mon attention seconde aux contextes n’était pas correctement placée au présent, càd, capable de dépister les sources d’erreur, de confusion, et des catastrophes éventuelles à s’ensuivre. C’est ainsi que, dès le premier séminaire auquel j’ai participé comme apprenti, je me suis attiré la remarque suivante :

- Il arrive souvent que ceux qui s’assoient sur une chaise en général se cassent la figure ou autre chose de plus grave. Quand tu t’assois, fais-le toujours sur une chaise en particulier. Tu éviteras ainsi des accidents désagréables.

- Et comment faire ? ai-je demandé.

- Fais attention. Ici-maintenant, fais attention. Chaque fois que tu t’assois sur une chaise, fais attention. Tu peux être certain de l’état dans lequel tu as trouvé la dernière chaise sur laquelle tu t’es assis, mais tu ne connais pas celle sur laquelle tu es en train de t’asseoir. Or, ce n’est pas une chaise en général, mais une chaise en particulier qui te réserve peut-être bien des surprises et il est prudent de vérifier son état au moment où tu t’en sers, déjà au moins pour éviter une chute.

- Et à part ça, quel est l’intérêt ?

- Economie d’énergie. Vérifier ici-maintenant ne te prendra qu’une seconde et ne te coûtera rien. Réparer les conséquences éventuelle d’une chute de la chaise et de toi peut prendre beaucoup d’attention-énergie-mouvement-matière-espace-temps et te coûter fort cher. Les conséquences prévisibles doivent être prévues pour minimiser le nombre d’erreurs et d’ennuis à suivre. Tous tes actes ont des conséquences plus ou moins prévisibles, toujours existantes. Tu n’as pas remarqué ? Ta question montre que tu ne sais pas prévoir les conséquences. Tu n’y fais pas attention.

Faire attention constitue un paramètre essentiel de prévention des erreurs, bévues, confusions et autres éventuelles catastrophes qui surviennent au quotidien lorsque nous fonctionnons aveuglément sur les législations cosmiques auxquelles nous croyons parce que nous les avons énoncées. Deux autres paramètres tout aussi importants méritent d’être mentionnés. L’exactitude et la précision :

L’exactitude s’oppose à l’inexactitude : ces termes sont de sens voisins des mots « vrai » et « faux » et il est possible de vérifier l’exactitude d’un fait, d’un chiffre, d’une donnée, d’une affirmation, etc.. Il s’agit d’un des cas dans lequel ou-bien-exact ou-bien-inexact peut avoir un sens, en admettant que nous n’envisagions qu’un seul niveau observation à la fois. Quant à la vérification, elle se fait ici-maintenant. Jamais dans le « passé », désormais inaccessible, ni dans le « futur », pas encore advenu.

Exemple : Joséphine dit : « Il y a un train à 13H12. » Je peux vérifier (dans l’annuaire des trains et/ou sur les panneaux de la gare) si je trouve cette affirmation exacte ou inexacte. Je valide l’exactitude en allant vérifier personnellement la similitude de structure entre ce qui est dit et ce qui se passe, c-à-d, entre la carte et le territoire qu’elle représente. Le concept d’imprécision n’a ici pas de sens particulier. Il est dit non-pertinent parce qu’il ne s’applique pas la situation. Il ne sert à rien.

L’imprécision s’oppose à la précision. Ici, pas question de ‘ou-bien-ou-bien’. Ici, nous sommes fondés à penser/parler en terme de plus-ou-moins, de pourcentage, d’approximation. Est-ce que le train démarre exactement à 13H12 ? Non-sens ! L’appareil capable de mesurer l’exactitude du départ du train de façon absolue n’existe pas. Au quotidien, j’ai besoin de savoir si la précision 13H12 me suffit pour ce que j’ai à en faire, à savoir, pouvoir monter dans le train avant qu’il ne démarre. Et une fois que je n’ai pas raté mon train et que je suis bien installé dedans, les concepts d’exactitude et de précision ne sont plus pertinents. Je n’ai rien à en faire. Ce qui se passe me suffit. Ici-maintenant, ça roule !

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