04 – Invalider la Souffrance ou l’Apprenti Sorcier

Introduction

Si vous préférez vivre sur le registre romantique, souffrant d’exister et existant pour souffrir, trouvant une certaine beauté dans l’auto-déchéance, confondant allègrement la douleur et la souffrance, habité par une fascination morbide pour les addictions, adepte inconscient du sadomasochisme, convaincu(e) qu’il faut souffrir pour alimenter son inspiration créatrice, born to be out, et toute cette sorte de choses semblables, surtout, évitez de lire cet article. Vous allez le trouver hautement déplaisant et pour tout dire, fort déplacé.

Comme il n’est pas dans nos intentions de vous contrarier en quoi que soit, nous vous suggérons en ce cas de conserver soigneusement vos convictions, de continuer à croire qu’elles sont la réalité et d’éviter tout début de compréhension de ce qui va suivre. En revanche, si l’idée d’arrêter de souffrir vous intéresse, alors il vous faut d’abord configurer l’état de conscience approprié.

Rappelez-vous d’abord ce dessin animé musical Fantasia (1940) de Walt Disney, réalisé sur une musique de Paul Dukas qui s’appelle « l’Apprenti Sorcier » avec Mickey Mouse dans le rôle de l’apprenti sorcier. Mickey est chargé par son Maître, un Sorcier expérimenté, de faire la vaisselle et de ranger la maison-caverne pendant son absence. Mickey n’a pas envie de se fatiguer alors qu’il est tellement plus facile d’utiliser les formules magiques du Sorcier. Mais il ignore qu’il ne sait même pas les arrêter, car il n’est qu’au tout début de son apprentissage de sorcier ; il raisonne comme un enfant insouciant et il ne prévoit aucune des conséquences de ses décisions. Incapable de résister à la tentation, Mickey prononce les formules et très vite, va se retrouver complètement débordé par les événements. À la fin, le sorcier revient juste avant que Mickey ne se noie et meure dans le maelström de désordre qu’il a déclenché.

Ensuite, écoutez ce qu’en décembre 1987 me disait mon Maître, Philippe DUPUIS : « Lorsque je serai mort, allez donc travailler avec les Tibétains. Allez apprendre ce qu’ils enseignent, à savoir que les émotions, les pensées et les sentiments perturbateurs sont comme des squatters de la conscience, comme des gens qui ont réussi à s’introduire dans votre maison sans que vous n’y ayez pris garde. Une fois qu’ils y sont, c’est déjà trop tard. Ils se comportent comme des goujats, ils cassent tout, dévalisent la cave et le frigidaire, couchent dans votre lit, volent votre argent, et ne repartent que lorsque vous êtes complètement vidé, épuisé, et par conséquent, désormais dépourvu pour eux d’intérêt et d’énergie disponible. Ensuite, il vous faut réparer, remettre en état, essayer d’oublier, jusqu’à la prochaine fois… Et pendant ce temps là, impossible de vivre avant d’avoir nettoyé et rendu votre intérieur de nouveau vivable. C’est avec cette inconscience là que nous fonctionnons, nous, en Occident. Mais vous n’êtes peut-être pas obligé de faire comme tout le monde…  Les méthodes pour sortir du ‘Karma’, pour quitter la souffrance, ont été inventées : elles existent toujours. Ça vaut la peine d’utiliser votre existence à étudier ces méthodes, à apprendre comment les faire fonctionner et à vivre heureux, non ? »

Etymologies et Définitions

Invalider : du latin, in, qui signifie ne pas, et valere, qui signifie : prospérer, se bien porter. Dans ce contexte, ce terme signifie donc : ne pas laisser prospérer, ne pas laisser grandir, empêcher l’activité de, faire obstacle à, etc.,

Souffrance : du latin suffere ; suf qui signifie, au dessus, et fere qui signifie porter. Ce terme signifie donc, supporter, porter en plus. En plus de quoi ? En plus de la douleur, bien sûr.

Douleur : du latin, dol, qui signifie ce qui fait mal, le préjudice, l’affection, la douleur physique.

Dans notre contexte, le terme douleur désigne très précisément la perception directe d’une sensation existante aux niveaux silencieux. Mon organisme réagit directement, instinctivement à ce qui se passe pour m’indiquer s’il apprécie ou pas ; il s’agit d’une interprétation organique du système « j’aime ça/j’aime pas ça » (cf leçon 19). En Sémantique Générale, parce que nous sommes au niveau le plus ‘bas’ dans la perception des faits, nous appelons cela une réaction d’ordre premier.

Le terme souffrance désigne un ressenti, autrement dit la perception d’un sentiment à propos d’un événement qui le précède. Il s’agit d’une interprétation aux niveaux verbaux qui fonctionne comme un jugement de valeur. En Sémantique Générale, nous appelons donc cela une réaction d’ordre second.

Tout cela va donner lieu ensuite à des commentaires qui utilisent les mots à haute voix. Le terme « senti-mental » exprime en effet assez bien cette combinaison intime de sensation (sens, sentir) et de mental (mens : l’esprit). Rien à voir avec le fonctionnement associé des pensées et des émotions qui suivent à leur manière et à leur rythme leur petite vie particulière et le plus souvent autonome, càd, inconsciente pour nous.

Observez !

Nous sommes en Travail Intérieur. Et par conséquent, la phase d’observation reste la clé d’accès à la prise de conscience. Alors, que s’agit-il d’observer ?

Observez d’abord en conscience corporelle les ressentis de souffrance en l’état, en prenant soin de bien vous laisser ‘imbiber’ par ces ressentis avant de poursuivre l’exercice. Il s’agit de mémoriser la configuration mentale dans laquelle vous vous trouvez.

Observez ensuite que lorsque vous souffrez, c’est que vous vous êtes « fait(e) avoir ». Votre conscience du présent, insuffisamment vigilante, parce qu’insuffisamment entraînée, a raté une étape dans la surveillance de votre esprit ordinaire.

Observez d’abord que juste avant qu’il vous éclate à la figure, le sentiment de souffrance n’existait pas pour vous car vous ne le perceviez pas. Vos configurations mentales n’étaient pas réglées sur cette fréquence là.

Observez aussi les conséquences : le bavardage mental, les jugements, les conditionnements sociaux, les réactions automatiques et tous les conditionnements ordinaires ont pris le dessus et vous voilà dans un état épouvantable.

Observez ensuite l’action du « Grand Magicien » : même si vous ‘savez’ intellectuellement que tous les événements mentaux sont susceptibles de changer, vous avez l’impression qu’il vous faut tout faire, toutes affaires cessantes, pour quitter cette souffrance le plus immédiatement possible parce que « c’est insupportable et que si ça continue, je vais en mourir. »

Observez bien cette illusion car c’est elle qui conditionne tout le reste : vous êtes en train de croire ce discours et les émotions d’urgence prioritaire qui lui sont associées d’une façon totalement aveugle. Vous ne discernez pas qu’il vous suffira de cesser d’y croire pour que tout ce cinéma sensori-émotionnel et sentimental s’arrête net ! C’est même ce que vous allez faire dans à peu près une minute.

Observez enfin que cet état lamentable a pour effet de fausser votre jugement, perturber vos évaluations de ce qui se passe, et ne facilite en rien l’état de calme mental (soit un vécu normalement confortable d’existence) qui serait justement le vôtre si vous étiez resté(e) en réglage de vigilance suffisante.

Ce faisant, c’est le moment de vous rendre compte que vous faites fonctionner ici-maintenant votre intelligence rationnelle et intellectuelle de façon plutôt correcte puisque cette série d’observations occupe votre esprit ordinaire à une autre activité que celle qui consiste à s’apitoyer sur ‘vous-même’. Vous êtes en train de prendre un peu de distance et c’est justement ce qu’il y a à faire dans l’immédiat.

Maintenant, décrochez !

Transférez maintenant votre attention en totalité dans la bille de lumière rouge du ventre et dans celles des pieds (rouge à droite, blanche à gauche pour les dames, le symétrique pour les messieurs).

Ensuite, contractez 3 fois de suite, alternativement et dans l’ordre, le sphincter vaginal, le sphincter anal et le sphincter urétral. Pour les hommes, un peu d’imaginalisation vous donnera accès à des expériences intérieures intéressantes, et le fait de n’être pas né « femme » n’est pas un prétexte suffisant pour échapper à l’expérience d’un exercice de yoga aussi passionnant.

Ensuite, en maintenant vigoureusement votre attention sur le triangle ventre/pieds, opérez trois respirations ventrales très profondes et

Maintenant, invalidez !

Constatez simplement que tout ce désordre mental ne vaut rien, n’agrémente nullement votre existence et ne vous permet ni de ressentir correctement vos émotions, ni vos sentiments, ni d’en tirer quoique ce soit d’utilisable pour améliorer votre existence.

Simplement, vous avez marché (au sens figuré et poétique) dans une crotte de chien ; ça pue, et ça puera tant que vous n’aurez pas nettoyé le spirituel (et non pas le matériel).

En résumer, « Invalider » signifie : 1°) cesser de croire que vous êtes condamné(e) à subir cet enfer quotidien 2°) cesser de croire qu’il vous appartient ou qu’il vous constitue, 3°) cesser de croire qu’il est utile ou nécessaire à votre bonne santé 4°) prendre la décision de conscience de cesser d’être fasciné par ce processus puant et obliger votre attention 1ère à quitter ce registre pour se focaliser sur le tiglé rouge du ventre.

Alors, de nouveau, observez :

Observez comment, ce faisant, vous êtes revenu(e) en conscience corporelle et que la machine à fabriquer la souffrance romantique n’a pas fonctionné pendant ce temps là. Il y a bien une relation directe de cause à effet.

Observez aussi que si vous vous êtes laissé(e) piéger, il est très probable que de la leçon 10 (Syndrome de la Crotte de Chien), vous n’avez construit qu’une représentation purement intellectuelle et en conséquence, ni vivante, ni efficace. C’est donc le moment d’y retourner. Et une fois que vous l’aurez relue, vous pourrez continuer et tenter de la mettre en pratique.

Tant que vous ressentirez des processus de souffrance, cela voudra dire que vous ne savez pas faire autrement et que vous persistez à croire que votre brillant ‘intellect’ pourra vous tirer de là sans que vous ayez besoin de vous ‘salir les mains’.

Comment utiliser cette connaissance dans votre existence ?

En termes techniques, la réaction différée utilisée en Sémantique Générale consiste avant toute autre (ré)action à :

  1. 1. Effectuer l’exercice du stop, version Gurdjieff, en externe et/ou en interne, visible (et/ou non) à l’extérieur,
  2. 2. Bloquer toute réaction verbale directe, càd ne pas alimenter la situation avec des mots, des idées, des réponses, etc.,
  3. 3. Bloquer l’apparition des pensées, théories, sentiments et autres bavardages mentaux à propos de ce qui vient de se passer,
  4. 4. Observer l’état lamentable de la conscience corporelle et y porter remède par le rappel rationnel énoncé ci-dessus,
  5. 5. Décrocher l’attention vers le bas pour un réglage soigné des tiglés à partir du tiglé rouge du ventre en attention seconde,
  6. 6. Relâcher la sangle abdominale, l’anus, et l’urètre, relâcher les épaules, la nuque, la langue, les mâchoires, pour enclencher « lâcher prise »,
  7. 7. Inspirer de façon ample pour dilater le ventre et la cage thoracique au moins trois fois en conscience corporelle,
  8. 8. Focaliser l’attention1ère sur la respiration, et
  9. 9. Revenir au présent et aux tâches quotidiennes.

Ces préliminaires, qui avec l’entraînement du Calme Mental ne prennent que quelques secondes, sont aptes à fabriquer techniquement l’arrêt des perturbations émotionnelles et sentimentales. Ils vont créer automatiquement, et de façon non intellectuelle, les conditions d’un retour à l’état de calme mental.

En effet, toute cette logique repose sur un constat aisément vérifiable : il suffit d’observer en conscience une perturbation mentale suffisamment longtemps (entre 5 secondes et 5 minutes) en s’abstenant de l’entretenir pour qu’elle se transforme, s’estompe et éventuellement disparaisse.

Lorsque nous laissons le champ libre à l’esprit ordinaire, l’organisation mentale change tout le temps. Je ne suis pas mon ‘esprit’, mon ‘esprit’ n’est pas moi, et le concept d’Impermanence, créé par le Bouddha historique, même s’il ne figure dans aucun de nos dictionnaires standards occidentaux, est là pour nous rappeler que tout ce qui change n’a pas grande valeur spirituelle.

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