06 – Développer l’Esprit d’Éveil

La lecture de ce qui suit ne vous sera profitable que si vous avez lu juste avant la leçon du blog intitulée : Esprit Ordinaire, Esprit d’ Éveil.

Un peu d’histoire

Le dictionnaire du Bouddhisme (1) définit l’« Esprit d’Éveil » comme le vœu d’atteindre l’Éveil pour le bien de tous les êtres. En sanscrit, « Esprit d’Éveil » s’écrit « Bodhicitta ».

Il a pour objet le bien d’autrui avec deux registres a°) le souhait/aspiration d’atteindre l’Éveil et b°) la mise en œuvre effective des moyens pour y parvenir à savoir l’Entraînement de l’Esprit et la pratique des 10 Pāramitā.

En sanscrit, «Pāramitā » signifie « acte vertueux (action transcendante) éclairé par la connaissance supérieure (prajñā) et transcendant (pāra) les concepts de soi et d’autrui (mitā). » La liste des 10 paramita comporte : le Don, l’Éthique, le Non-Attachement, la Connaissance, l’Énergie, la Patience, la Vérité, la Détermination, l’Amour et l’Équanimité.

Ces termes sont à mettre rapport avec les 10 émotions perturbatrices les plus puissantes susceptibles d’entraver les efforts de Réalisation du pratiquant : l’Avarice, l’Immoralité, la Colère, la Paresse, la Distraction, le Défaut d’introspection, la Malhabileté, la Faiblesse, le Manque d’Inspiration et l’Infatuation Stupide.

Autrement dit, « développer l’esprit d’Éveil » consiste à mettre en place de façon consciente et rituelle une configuration mentale de vigilance sans faille qui va me permettre de détecter ces émotions perturbatrices dès leur apparition dans mon champ de conscience, à les invalider (2) de façon systématique et à les remplacer délibérément par des actions vertueuses dont il est certain qu’elles ne produiront pas de désordre ou de produit/effet toxique (karma) .

La configuration mentale Méditation

Pour méditer correctement, nous avons besoin d’une configuration mentale appropriée à son objet. Nous ne vivons pas dans un monastère zen. Inutile d’essayer de méditer si vous êtes atteinte(e) d’une colique frénétique, d’une irrépressible envie de sexe, d’une hernie fiscale, d’un lumbago institutionnel, d’une rancœur familiale chronique, d’une angoisse envahissante quelconque, voire même d’une hypertrichose palmaire bilatérale (1) !

Au début d’un rituel tibétain ou d’une séance de méditation, il est toujours question de développer la Bodhicitta, car sans la juste posture mentale, le Travail Intérieur est voué à l’échec ou à l’inefficacité. En voici une traduction technique pour les occidentaux laïques que nous sommes. Lorsque je m’assois pour méditer, le préambule consiste à me rappeler en conscience que:

  1. 1.je ne suis pas là par hasard : j’ai pris la décision de conscience d’arrêter pour un moment d’être piloté(e) et agité(e) par mes activités ordinaires et les configurations mentales d’esprit ordinaire qui vont avec.
  2. 2.je prends l’attitude de conscience corporelle correcte de méditation, à savoir la Posture en 7 Points (1) et je pose mon attention sur la respiration. Ça ne s’apprend pas dans un livre mais par transmission vivante directe et en le faisant.
  3. 3.je vais cesser de m’agiter et cela s’appelle lâcher prise. Mon seul effort (travail) va consister très précisément à observer l’agitation ordinaire de mon esprit et à veiller à ne la remplacer aucune autre activité mentale.
  4. 4.je vais consacrer en conscience ce moment d’existence à travailler sur la Sagesse, la Conscience et la Connaissance, pour déconditionner mes configurations mentales ‘Esprit Ordinaire’ de mes croyances précédentes et les entraîner à fonctionner autrement.
  5. 5.je ne suis pas tout(e) seul(e) : à travers mon guide de méditation, je me rattache à une longue lignée de méditant(e)s vieille de plusieurs siècles qui ont tous tiré un profit individuel de cette pratique ; j’essaye de percevoir leur présence et je peux « prendre refuge » dans leur réalisation. Autrement dit, je prends conscience que, ne connaissant pas le chemin, je choisis de leur faire confiance et je leur demande de venir m’aider par leur attention et leur énergie.
  6. 6.tant que je n’ai pas réalisé et vécu cet entraînement, je n’ai à ma disposition que des indications (3), des représentations  et des suppositions. Je ne sais pas à quels résultats personnels je vais aboutir. Je ne le découvrirai qu’en pratiquant la méthode et en observant ce qui se passe pour moi. Je peux lâcher prise, (abandonner toute préoccupation de ce fait) et laisser advenir, (admettre que le monde tourne sans moi et que je peux observer tranquillement les activités de mon esprit).
  7. 7.je suis conscient(e) que je ne vis pas sur une ile déserte mais dans des environnements nombreux, complexes et interdépendants à bien des niveaux différents ; même si mon Travail Intérieur me concerne au premier chef, je le fais aussi pour contribuer à faire diminuer l’Ignorance et les Souffrances (2) qui l’accompagnent pour tous les Êtres. Ce n’est pas difficile à comprendre : moins il y aura de souffrances sur cette terre, mieux ce sera pour tout le monde. Et donc aussi pour moi.
  8. 8.Et maintenant que tout ceci est bien clair, je peux commencer ma pratique d’aujourd’hui. Du point de vue de l’Esprit Ordinaire, mon Comptable et Organisateur d’existence, c’est peut-être la 369ème fois que je m’assois sur mon coussin de méditation. Sachant que je ne suis pas mon l’Esprit Ordinaire, je comprends qu’il trouve cela pénible. En Esprit d’Éveil, c’est la toute première fois. Aucun des fonctionnements mentaux que je vais pouvoir observer aujourd’hui ne s’est jamais produit. J’en prends conscience et connaissance ici-maintenant.

En résumer, développer l’Esprit d’Éveil revient à balayer l’espace-temps pour faire place nette. Je ne peux pas commencer le Travail Intérieur si mes contextes intérieurs et extérieurs ne sont pas les bons.

  1. De Philippe Cornu, aux éditions du Seuil
  2. Voir mode d’emploi 4 du blog : Invalider la souffrance.
  3. Un gros poil qui pousse au milieu de chaque main ; cette ‘affection’ porte aussi le nom ordinaire de « flemme » ou de « paresse ».
  4. Posture standard de la méditation bouddhiste et vipassana
  5. L’entraînement à la méditation tibétaine inclut le rappel aussi régulier que possible de « Nos 4 vérités » Voir leçon 22.
  6. Voir leçon 22 : « Nos 4 vérités »
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