Lecon 42 – Configuration mentale

Le Travail Intérieur[1] utilise un vocabulaire précis qui ne se contente pas d’aligner des concepts sans se préoccuper de savoir comment il réfère à une réalité elle aussi précise. Chaque terme renvoie à une expérience organique et c’est pour ce motif qu’il fonctionne. J’ajoute que sans ce vocabulaire précis et les expériences de conscience qu’il m’a permis de réaliser, je ne serais plus de ce monde et je serais simplement mort du cancer du poumon et de ses traitements dits thérapeutiques.

Le terme qui fonde toutes les formules et stratégies de mise en œuvre du Travail Intérieur est : Configuration Mentale. Il n’existe dans aucun dictionnaire occidental ou oriental. J’ai dû créer (en octobre 2003) ce concept nouveau pour travailler la Conscience Corporelle, terme également absent de notre langage courant et dont la compréhension organique constitue la base de mon travail.

Expérience et études faites, je considère que le mot substantif le mental’ ne renvoie à aucune réalité vérifiable. La plupart des traductions ou des textes qui l’emploient en philosophie, en psychologie ou en ésotérisme ne font pas la différence entre le mental, l’Ego, l’intellect, l’intellection, l’intelligence, la pensée etc..  Le résultat fait pour moi peut-être du bruit si je le lis à voix haute, mais ne fait pas du sens. C’est pourquoi j’emploie le terme «mental(e)» seulement comme un adjectif, et dans le sens hindou classique du terme à savoir "qui réfère au fonctionnement de l'Esprit".[2]

Dans cette optique, le terme activité mentale inclut tous les processus énergétiques matériels et immatériels, visibles et invisibles, conscients et inconscients qui font que je peux me dire ‘vivant’. Il ne s’oppose pas aux termes [corps], [âme], [esprit], etc.,  mais il les inclut dans un seul ensemble.

Alors, qu'est-ce ?

Sachant que je ne répondrai pas à cette question sous une forme qui ne donnerait, formatée d'un verbe être, qu'un résultat intellectuel de dictionnaire, je trouve plus intéressant de faire appel à la méthode de Sémantique Générale consistant à produire une liste mes capacités de perception organique globale des situations que nous sommes appelés à vivre de façon à ce que vous puissiez vous construire une représentation personnelle par analogie de ce que je souhaite définir. Voici donc quelques configurations mentales que je connais bien :

la c.m. Aïe ! j'ai perdu ma carte bleue

la c.m. Embouteillages ! Juste ce matin de mon entretien d'embauche !

la c.m. je me sens amoureux(e)

la c.m. j'arrive devant un guichet devant lequel déjà 20 personnes attendent.

la c.m. j'ai faim, mais alors, j'ai FAIM !

la c.m. je vois le TGV partir devant moi. le prochain est dans 3 heures…

la c.m. trois œufs frais viennent de tomber par terre, sur mes pieds aussi…

la c.m. je trouve l'eau parfumée de cette baignoire divinement chaude.

la c.m. M…! Ce crottoir parisien mérite bien son nom. etc.,

la c.m. j'ai rendez-vous avec mon patron pour définir mes objectifs annuels

la c.m. Ah, zut ! le pneu avant gauche crevé ! Juste au moment de partir !

la c.m. Sieste à l'ombre un délicieux jour d'été,     ETC

Et Yapaksa !

Korzybski a nommé Élémentalisme l’attitude-croyance inconsciente que parce qu’il existe [aux niveaux verbaux] des mots séparés les uns des autres, ces derniers désignent par définition [aux niveaux objectifs et silencieux] des réalités séparées les unes des autres, ou éventuellement séparables. Même si je peux le faire avec des mots, puis-je [ici-maintenant aux niveaux des faits silencieux et objectifs] séparer ‘mon corps’ et ‘mon esprit’ ? Evidemment non. Cette prémisse inconsciente est donc fausse. Par conséquent, elle mérite d’être identifiée comme telle et simplement abandonnée

Les termes « corps » et « esprit » désignent donc des points de vue immatériels, des façons de voir, des concepts, mais certainement pas des réalités physiques objectives. Toute personne qui ignore cette réalité-là se comporte comme si elle pouvait s’occuper de son ‘corps’ sans s’occuper du reste, par exemple, à savoir tous les autres contextes intérieurs et extérieurs dont elle se trouve inter-dépendante. Aujourd’hui (en 2013) et en pratique, le ‘monde médical’ a peut-être une vague conscience de cette ‘erreur’, mais se trouve incapable de faire et de vivre autrement. Il n’est pas le seul. Nous aussi ! Toutes nos croyances ordinaires fonctionnent sur conditionnement.

Le mot ‘Con-figuration’ veut dire : « l’assemblage dont nous voyons la figure». Si nous prenons l’analogie d’une voiture, il s’agit de la façon dont elle a été construite, l’assemblage (con=cum=avec) de tous les composants dont nous avons conscience, dont nous projetons qu'ils fonctionnent ensemble et dont nous pouvons voir le résultat. C’est le même sens en informatique : il désigne la façon dont apparait (figure) l’organisation d’éléments, de matériels et de programmes permettant au système de fonctionner.

Le terme « configuration mentale » désigne donc la façon dont l’activité mentale[3] apparaît à ‘moi’ comme une petite photo instantanée d’un processus plus global, mouvant et vivant, au moment précis où j’en prends conscience. Autrement dit, j'appelle configuration mentale la façon dont je ressens qui se passe chez 'moi', à l'intérieur dedans.

 Mon travail de conscience consiste à apprendre comment fonctionnent les différents paramètres qui la composent. Ces paramètres sont nommés :

Processus-attentions-énergie-mouvement-matière-espace-temps, etc.

Oui, « Attentions » se trouve au pluriel. Notre langage courant n’en connaît qu’une et j’ai appris, au fil des ans, à fonctionner avec au moins cinq différentes. Il faut se rappeler qu’avec sa petite centaine d’années, notre psychologie occidentale est bien neuve à côté de celle bouddhiste, déjà en plein essor cinq cents ans avant J.C.

Le terme « Activité mentale » désigne le processus vivant dans son ensemble en train de fonctionner, avec et sans les mots. Lorsque l’activité mentale de quelqu’un s’arrête, son encéphalogramme devient plat ; ‘on’ dit qu’il est mort. Si nous prenons l’image d’une voiture, il s’agit de savoir si elle bouge, si elle est à l’arrêt, si le moteur tourne ou pas, si quelqu'un est en train de s’en servir ou pas.

Si cette image peut sembler simple, la réalité objective ne l’est pas. Même lorsque notre ‘fonction pensée’ n’est pas perceptible, notre activité mentale fonctionne comme le moteur d’une voiture arrêtée. Il est possible d’appuyer sur la pédale d’accélération et de faire ‘hurler’ le moteur à l’arrêt.

L’EgoSystème est le créateur spécialiste de cette configuration mentale que j’appelle le Stress Longue Durée. Il s’agit de la production continue et inconsciente d’angoisses, de peurs, d’inquiétudes, de sentiments et d’émotions perturbatrices, sans ‘raison’ extérieure objective, qui ravagent l’existence d’une personne, qui toujours l’épuisent, la conduisent au burn out et souvent, finissent par la tuer. Sans que le monde médical non qualifié qui l’ignore, puisse intervenir.

Une configuration mentale peut ainsi être perçue, ressentie, observée, contemplée, détaillée, étudiée, paramétrée, intégrée, mémorisée, etc.  Nous en parlons en termes de Fonctions Mentales : Sensation (mal aux genoux, transpiration, faim, soif, etc.), Impulsion (la source organique et ordinairement inconsciente de tout ce qui nous fait bouger, les ‘signatures corporelles’, etc.), Émotion (colère, peur, stupeur, désir, joie, attirance, répulsion, appétit, satisfaction, aveuglement, dé-pression[4], etc.), Sentiment (tristesse, exaltation, isolement, proximité, éloignement, plénitude, non-sens, etc.) Pensée et Intuition (parasites, créatrices, poétiques, perturbatrices, poétiques, logiques, techniques, métaphysiques, etc.)

Mais aussi : En termes d’énergie, de conscience(s), d’attention(s), etc. Ces mots désignent des phénomènes-source. Les phénomènes-résultat s’énoncent en termes de comportements, d’actions physiques, d’attitudes, de signatures corporelles, d’invariants de structure[5], de stratégies d’adaptation, etc.

Mais aussi : En termes d’attentes, d’anticipations, d’espoirs, de (dés)espoirs etc. Tous les phénomènes mentaux qui nous sont personnels se produisent de l’intérieur et apparaissent sur l’écran immatériel de notre conscience : nous appelons cela le « Champ de Conscience ». Ce terme désigne l’ensemble des perceptions d’origines interne et externe dont notre esprit a conscience au moment où il le perçoit (de façon non verbale aux niveaux silencieux) ici-maintenant.

Même nos souvenirs, nous les éprouvons au présent. Processus vivant plutôt qu'état statique, une configuration mentale change sans arrêt. Lorsque nous la contemplons sans bavardage mental, nous en éprouvons comme une intuition de conscience, un peu comme un film qui nous ferait ‘vibrer de l’intérieur’. Ensuite lorsque nous passons aux niveaux verbaux, ce que nous en décrivons avec des mots devient un ‘événement’ conceptuel statique mais le processus vivant aux niveaux silencieux ne l’est jamais.

Une configuration mentale se présente comme un ‘terrain’ (territoire) cellulaire dans lequel ‘poussent’ les phénomènes mentaux subtils et organiques, appelés en Sémantique Générale ‘événements’. Elle n’est pas que l’ensemble des émotions, des sentiments, des pensées etc., qui se produisent, mais un moment particulier de l’organisme vivant dans lequel ces manifestations se produisent et s’incarnent.

Quant aux mots que nous employons pour décrire cette Configuration Mentale, à savoir les termes Processus-attentions-énergie-mouvement-matière-espace-temps, etc., ils fabriquent des photographies mentales de la réalité, des représentations partielles donnant par projection l’apparence qu’ils décrivent des éléments séparés. C’est pourquoi dans cette formulation, ils sont ‘collés’ par des traits d’union.

L’idée qu’il existe des éléments séparés est une production de notre esprit, seulement une façon de voir. Aux niveaux silencieux et objectifs, la réalité fonctionne comme-un-tout. Et nous aussi ! 

Une configuration mentale nommée Ego

Produit par excellence de la psychologie bouddhiste, elle fonctionne comme une structure symbolique très puissante dont la racine organique est la Peur et dont la structure de comportement social résultant va de la plainte à la paranoïa, de l’esclavage à la tyrannie. Elle génère toutes les émotions perturbatrices, toutes les addictions, et s’en alimente en boucle ! Elle constitue cependant et aussi le réservoir énergétique de toute création, notamment artistique, et de toute réalisation potentielle, tant aux niveaux spirituels que matériels.

Elle apparaît comme l’origine infatigable de toutes les souffrances humaines. Tant qu’elle n’a pas été correctement ‘travaillée’ en conscience, elle produit dans nos existences des effets souvent désastreux et se présente comme une personnalité cachée, souvent hystérique et oscillant toujours entre des aspects d’effondrement plaintif ou d’ordre tyrannique.

Les Soufis l’appellent aussi le « Moi Dominant ». Dans les Religions du Livre[6], qui fonctionnent de ce point de vue avec une mentalité magique qui personnifie cette configuration mentale, elle a été nommée Satan, Diable ou Démon.

Mais ce genre de vocabulaire permet seulement de la subir, pas d’en travailler la réalité technique.

Une question, trois niveaux de réponse

« Si ce terme est tellement important, pourquoi cette leçon se trouve-t elle en 42ème position au lieu d’être placée dans les premières ? »

Réponse 1 : Chaque terme employé dans cette leçon 42 a fait l’objet d’au moins une définition et/ou d’un mode d’emploi particuliers figurant dans les textes précédemment publiés. Elle est destinée à produire une sorte de synthèse organisatrice du T.I. tant aux niveaux verbaux qu’aux niveaux silencieux.

Réponse 2 : Le résultat organique-comme-un-tout que cette leçon 42 est censée décrire et évoquer a été nommé par Chöghiam Trungpa la Perspective Maha Ati, ce qui peut se traduire par le Principe de Contemplation intuitive et non-impliquée de Grande Clairvoyance ou encore, la Vision Large des Contextes.

Réponse 3 : Henri Landier, mon second Maître, commençait ses séminaires d’initiation à la Sémantique Générale par quelques phrases rituelles, dont celle-ci : « Soyez conscients que, pour comprendre ce que nous allons travailler ce (lundi) matin, il est nécessaire que vous ayez vécu tout ce séminaire jusqu’à sa fin, qui aura lieu vendredi soir prochain. Techniquement, logiquement, intellectuellement, ce n’est pas possible, n’est-ce pas ? Cette remarque paraît incohérente, n’est-ce pas ? Je trouve aussi. Ici, nous ne travaillons pas seulement avec l’intellect. Nous sommes des gens vivants en processus d’apprentissage. Alors, attendez-donc vendredi soir avant de chercher à comprendre ce que nous sommes en train de faire maintenant. »

 



[1] C’est le nom générique de tout effort produit en vue d’une intériorisation.

[2] Voir la leçon 29 : Spiritualité

[3] Fonctionnant comme un tout dans ses environnements

[4] Je mets un tiret exprès pour rendre plus évidente l’étymologie de ce terme. Et aussi pour indiquer qu’il y a une grande utilité à différencier la dépression organique (chute de pression énergétique) avec la dépression psychologique (qui l’accompagne bien souvent, mais qui constitue un processus d’une autre nature).

[5] Il s’agit de comportements répétitifs qui aboutissent toujours au même résultat sans que nous en soyons conscients.

[6] Qui vivent sur le mode mental que le bouddhisme appelle la Dualité, qui ne brillent pas par la qualité de leur introspection et qui ont tendance à diaboliser tout ce qu’elles ne comprennent pas,

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