Leçon n°22 – Nos Quatre Vérités

 

Cet article constitue une sorte de fil rouge pour un premier contact intellectuel avec la logique de la pensée bouddhique.

L’expérience personnelle et l’enseignement du Bouddha reposent sur la méditation. Il s’agit d’une méthode pratique d’intériorisation. L’observation des phénomènes mentaux est rendue possible au moyen de réglages précis (de conscience et d’attention) associés à un entraînement répétitif à ce retournement de l’attention qui est dirigée vers l’intérieur.

C’est le sujet même du livre « le Mystère de la Fleur d’Or » traduit par R. Wilhelm et  commenté par Jung en 1928. Pour les bouddhistes, cet  entraînement (ses annexes et ses dérivés)  s’appelle « la Pratique ». En dehors des systèmes ecclésiastiques ou religieux, nous pouvons l’appeler « le Travail Intérieur ».

A l’issue de sa pratique, le Bouddha historique est arrivé à la conclusion qu’il existe bien une ‘réalité ultime’ indépendante de nous. En état de conscience ordinaire, nous ne percevons de cette réalité ‘ultime’ que des représentations, des ‘réalités relatives’, et dépendantes de nos perceptions, d’une foule de conditions extérieures et de conditionnements intérieurs. La réalité relative est ce qu’il appelle l’existence conditionnée. Nos perceptions ordinaires à propos des phénomènes relatifs, les émotions et les sentiments qui les accompagnent sont appelées illusions.

Tous ces conditionnements sont considérés comme des ‘voiles d’ignorance’ qui empilés les uns sur les autres, obscurcissent la conscience individuelle et l’empêchent de « voir la Claire Lumière».  Pour entrer en contact avec cette fameuse  « réalité ultime », il faut faire le travail (intérieur) de dissiper un par un ces voiles d’ignorance. En résumé, moins il y a d’ignorance de ce processus, plus il y a de conscience et moins il y a de souffrance. Le Sermon de Bouddha à Bénarès (525 av. JC) décompose la question du traitement global de la Souffrance en 4 Vérités :

 

1 La Souffrance est liée à l’Existence    

                                     

Le mot duhkha (sk) implique les notions de souffrance, frustration, mal-être, imperfection, etc. Il ne s’agit pas de la douleur qui a les caractéristiques organiques liées à la sensation, pas au sentiment.

« Voici, ô moines, la noble vérité sur [la nature de] la souffrance : La naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance, être uni à ce qu’on n’aime pas est souffrance, être séparé de ce qu’on aime est souffrance, ne pas obtenir ce qu’on désire est souffrance. »

 

 

 

Les souffrances relatives à l’organisme vivant

1.             La naissance

souffrance de base sans laquelle l’existence manifestée n’advient pas

2.             La vieillesse

souffrance de la dégradation dans la durée

3.             La maladie

souffrance de la douleur et du déséquilibre des éléments vitaux

4.             La mort

souffrance liée à la perte de la vie

 


Les souffrances relatives au Changement

5.             L’union forcée à ce qu’on n’aime pas       

Souffrance des sentiments de rejet/répulsion

6.             La séparation forcée de ce qu’on aime      

souffrance des sentiments de solitude/abandon

7.             La non obtention de ce qu’on désire         

Souffrance des sentiments d’échec/impuissance

 

La souffrance fondamentale omniprésente

8.             L’insatisfaction et la frustration de fond

liées aux sentiments de non-sens, absurdité, incohérence, vanité de l’existence.

 


Les concepts fondamentaux

 

L’Impermanence :      Processus de changement et de destruction qui affecte inéluctablement tout phénomène composé.

La Souffrance :          Conséquence directe de l’impermanence ; ressenti de la relation à ce qui change ; résistance au changement, etc.

La Vacuité :             Les agrégats physiques et psychiques sont dépourvus d’essence absolue individualisée et permanente. Ils existent en relativité les uns par/avec les autres.

L’absence de ‘Soi’ :    Notre perception des phénomènes dépend de nos configurations et processus perceptuels qui changent et sont tous dépourvus d’existence propre. L’idée de ‘soi’ ou de ‘moi’ stable est une illusion.

 

 

 

2 L’origine de la Souffrance est le Désir
                                         

L’idée force peut s’exprimer ainsi : La souffrance est une pathologie de la conscience. Et comme pour n’importe quelle maladie, pour éliminer le mal, il faut en reconnaître la nature et rechercher/connaître son origine.

« Voici, ô moines, la noble vérité sur l’origine la souffrance. C’est cette soif qui produit la renaissance, le re-devenir, qui est liée à une avidité passionnée, et qui trouve un nouveau plaisir ici ou là, c'est-à-dire la soif des plaisirs des sens, celle de l’existence, celle du devenir et celle de la non-existence. »

 

La soif dont il est question ici désigne un désir avide, insatiable, présenté comme la cause la plus évidente de la souffrance, mais non la seule. Elle a la nature du désir-attachement et se manifeste à l’égard de tous les objets, tous les sujets, tous les événements et à toutes occasions sous 3 formes principales :

-       La soif des plaisirs des sens

-       La soif de l’existence en devenir (ou renaissance)

-       La soif de la non-existence (annihilation ou
autodestruction)

 

Le terme « soif » désigne le fonctionnement énergétique de toutes les passions issues de l’ignorance, du désir et de la colère. Nous naissons avec ces données biologiquement inscrites et actives. Elles sont désignées comme les causes (multi-facteurs associés) de la souffrance chaque fois (et puisque) qu’elles sont à l’origine de nos actes.

« La souffrance » que nous éprouvons ne nous est pas imposée de l’extérieur. Elle ne vient pas de Dieu, des esprits ou d’ailleurs. Elle est le fruit/produit de la rencontre de notre activité mentale avec ses environnements internes et externes. D’où l’importance d’apprendre et de comprendre tout ce qui concerne aussi bien notre activité mentale que tous ses environnements et les relations y afférentes.

 

3 La Souffrance cesse par l’abandon du Désir

« Voici, ô moines, la noble vérité sur la cessation de la souffrance : c'est l'arrêt complet de cette soif, c'est l'abandonner, y renoncer, s'en libérer et s'en détacher. »

 

Cet enseignement fonde la compréhension des termes « Lâcher prise », et « Non-attachement ». Cessation (sk : nirodha) signifie non-apparition (des passions pour le présent et aussi du processus de souffrance dans l’avenir) et apaisement (des phénomènes conditionnés). Le résultat de la cessation est appelé « nirvana », qui signifie l’extinction, le terme tibétain correspondant signifiant « l’au-delà de la souffrance » valable pour la vie présente comme pour les suivantes.

 


4 Remplacer le Désir par les Entraînements

« Voici, ô moines, la noble vérité sur la Voie qui mène à la cessation de la souffrance : C’est la noble voie octuple, c'est-à-dire la vue juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, le moyen d’existence juste, l’effort juste, l’attention juste, le recueillement juste. »

 

Les huit branches de la noble voie (appelé l’Octuple Sentier) doivent être pratiquées simultanément et développées au cours de la progression sur la voie jusqu’à l’atteinte de la libération, tout cela avec une attitude et un esprit de bienveillance à l’égard de tous les êtres. C’est la base d’une existence qui fonctionne bien.

 

 

1 La conduite éthique               

1-      La parole juste : ne pas mentir, ne pas médire, ne pas parler durement, ne pas injurier, ne pas bavarder futilement.

2-      L’action juste :   ne pas tuer, ne pas voler, observer une éthique sexuelle et aider autrui à mener une vie juste.

3-      Le moyen d’existence juste :     ne pas vivre d’une profession nuisible à autrui comme le commerce d’armes, la mort des animaux, l’escroquerie, etc.

 

 

2 Le recueillement méditatif

4-      L’effort juste :    se garder de l’émergence de nouvelles passions malsaines, se débarrasser des habitudes mentales malsaines habituelles, engendrer des états mentaux sains, et développer les bons aspects déjà existants.

5-      L’attention juste : développement des attentions consacrées  à l’introspection et à l’observation des sensations, des événements corporels, des activités de l’esprit, de la production des pensées et des concepts.

6-      la concentration juste : la pratique des différents niveaux (vue, recueillement etc.,) et étapes de la méditation

 

 

 

3 La connaissance supérieure

7-      La pensée juste : Renoncement, absence d’égoïsme, non violence et amour pour tous les êtres.

8-      La compréhension juste : Compréhension et intégration des 4 vérités, depuis leurs fondements théoriques jusqu’à leur mise en pratique.

 

 

 

Fondements logiques et organiques

des 4 Nobles Vérités

L’existence de la souffrance                  Observation et Constat 

La Souffrance est liée par définition à l’Existence. Il suffit de regarder ma souffrance et celle des autres pour voir qu’elle existe. Dès qu’un être vivant existe, la souffrance existe.

 

 

2 L’origine de la souffrance                              Analyse et Etiologie   

L’origine de la Souffrance est appelée le Désir. Le désir est le produit de « moi » qui ressens la « Soif » et qui veut : S’il n’y a pas « moi », (ego), pour souffrir, le terme souffrance n’a pas de sens.

 

 

3 La Cessation de la Souffrance                   Synthèse et Diagnostic

La Souffrance cesse par l’abandon du Désir. Bouddha a compris comment quitter la souffrance ; Abandonner le désir et lâcher prise relèvent d’une décision de conscience. Il l’a fait : je peux le faire aussi.

 

 

4 L’entraînement à la non-souffrance     Remèdes et Méthodologie   

Remplacer le Désir par Conscience et Entraînements Bouddha a compris comment quitter la souffrance ; non-agir et non-attachement relèvent d’une décision de conscience. Il a décrit les méthodes pour y parvenir. Je peux les employer aussi.

 

Les 5 croyances fausses :

(à observer et à abandonner)

Ø Croire qu’il existe un « moi » ou un « soi » permanent, en dépit du constat de l’impermanence des configurations mentales,

Ø Croire qu’il existe des situations extrêmes ou absolues, en dépit du constat que les phénomènes sont relatifs à nos perceptions,

Ø Refuser d’admettre qu’il existe des logiques qui fonctionnent et qui doivent être utilisées (loi de causalité, pédagogies rationnelles d’enseignement, par exemple)

Ø Croire que les opinions généralement admises sont les meilleures et qu’il suffit d’être d’accord avec elles sans examen,

Ø Croire que les rites et les observances suffisent à produire la libération sans véritables compréhension et mise en œuvre.

 

 

 

Il s’agit donc de transformer une ignorance générale de départ en connaissance technique de ce qui se passe dans la réalité des événements, des choses et des gens.

Cette transformation passe par un processus d’apprentissage permanent (correspondant à l’esprit d’éveil) dont le résultat va constituer un savoir vivre (dans les aspects existentiels correspondants aux domaines de l’esprit ordinaire). Ce savoir vivre s’exprimera en un savoir être (dans les aspects ‘essentiels’ du jeu créatif, de l’étude, de la spiritualité et de la méditation), en un savoir faire dans ses aspects d’existence pratique, et un savoir dire dans ses aspects relationnels et pédagogiques.

Ce processus (d’individuation) implique la mise en œuvre en termes de attentions-processus-énergie-mouvement-matière-espace-temps. Certaines écoles (Hinayana) enseignent des méthodes longues (un projet de réalisation sur plusieurs existences). La Voie de Diamant (le Vajrayana tibétain, le Tchan chinois et le Zen Japonais), prétend y parvenir en une seule existence et enseigne les moyens appropriés.

 

 

Du point de vue du Travail Intérieur :

Notre principal problème d’occidentaux consiste à dépasser les cadres religieux institutionnels et ethniques pour :

1°) nous intéresser sans préjugé intellectuel à l’intelligence fondamentale de ce système de représentation de l’existence dont le résultat technique s’appelle la « Vision Pénétrante »

2°) extraire de l’exposé et de la démonstration dudit système les principes de mise en œuvre efficaces et appropriés à nos existences.

3°) actualiser ces méthodes et les appliquer à notre vie ordinaire ; c’est la logique fondamentale de la Formation Diamant®.

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