Leçon 48 – Trois Illusions

Nota bene : cet article a été co-écrit avec Lydie Taïeb en 2010 (in Tao T’es Clown, ed. Amazon).

La Conscience Corporelle constitue le réglage mental qui nous permet de percevoir la matière vivante de l’Instant Présent. Mais elle est très souvent conditionnée et polluée par trois Illusions monumentales : l’Identité, la Coupure et la Permanence. Elles sont presque toujours inconscientes, à ce point que sauf apprentissage spécial, nous sommes incapables de les différencier de ‘nous’, et que nous croyons donc dur comme fer que c’est ‘nous’ qui sommes les auteur(e)s du résultat de ces illusions.

L’Illusion de l’identité :  

« Mon prénom, c’est moi. C’est ce qu’on appelle mon identité. Et si je perds mon nom, je perds mon identité, je ne suis plus rien. » Cette logique a beau être inconsciente, elle produit des effets pervers sur tous nos comportements à chaque seconde d’existence.

Le nom que nous portons, et qui le plus souvent nous porte, cache bien des niveaux d’existence différents. Pour certains d’entre nous, le prénom ou le nom de famille peut représenter un monde de souffrances et d’ennuis issus du passé.

Notre (pré)-nom est la plus vieille peau symbolique dans laquelle nous essayons de vivre sur cette planète ; tant que nous n’en avons pas pris conscience, il fonctionne comme notre prison habituelle et ordinaire. Enfermés dans notre nom nous sommes dans tout un tas de règles et de contraintes que nous sommes obligés de respecter.

Il ne s’agit pas des règles extérieures, celles du Code Civil par exemple, mais plutôt des adaptations particulières réalisées par notre EgoSystème. Et les années passant, à force de faire semblant, nous finissons par y croire vraiment même si ça nous rend malade.

Tout cela se traduit ‘au dehors’ par des véritables signatures corporelles qui vont un jour cristalliser dans une sorte de crispation organique répétitive, une sorte de faux moi, un masque social de façade qui s’appelle la ‘Persona’, mot qui en grec et dans le théâtre antique désignait le ‘Masque’ que portaient les acteurs dont il était vital que les spectateurs reconnaissent facilement le personnage qu’ils devaient incarner.

C.G.Jung écrit : [1] 

« La « Persona » est le système d’adaptation, la manière à travers laquelle on communique avec le monde. Chaque état, ou chaque profession, par exemple, possède sa propre Persona qui les caractérise. Mais le danger est que l’on s’identifie à sa Persona : le professeur à son manuel, le ténor à sa voix. Sans trop exagérer, on peut dire que la Persona ne correspond pas à la vérité de quelqu’un ; elle est [le produit de] ce que lui-même et les autres pensent qu’il est. »

L’idéal social consiste à correspondre à cette soi-disant « personnalité » : il faut que nous soyons bien élevés, que nous ne disions pas de gros mots, que nous nous tenions bien, que nous disions merci à la dame, etc. De préférence, nous sommes censés être persuadés que tout cela nous fait le plus grand bien parce que ça nous permet de vivre en harmonie avec le monde (social)[2].

Tout cela est censé fabriquer une « personnalité » dont nous allons pouvoir dire que « c’est la mienne. Ça, c’est moi ». Vous allez voir, c’est super ! Ça marche à l’envers aussi : « Moi, c’est ça ». C’est ainsi que fonctionne le monde ordinaire, par la grâce de l’Ego, qui nous fait percevoir notre monde avec l’Esprit Ordinaire qui est la configuration mentale qui lui correspond.

Alors que nous ne sommes pas notre nom ! Nous ne sommes pas un mot ! [3] Cette fausse ‘personnalité’ qui correspond à une sorte de code-attente-apparence-vérité aux niveaux des rapports sociaux se met en place toute seule, c'est-à-dire en pleine inconscience.

À l’intérieur de nous, tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. Nous avons aussi un certain nombre d’envies de ne pas faire comme tout le monde, d’envies de ne pas nous conduire ‘comme il faut’, portées par une sorte d’énergie fondamentale d’existence que Jung a nommé Archétype et qui dispose de différentes figures collectives pour s’incarner.

La figure de l’Ange Gardien en est une fort ancienne, d’origine judéo-islamo-chrétienne. La plus récente qui plonge ses racines à la fois dans les archétypes du Fripon et de l’Enfant Divin est celle que nous avons appelée le (ou la) Clown Invisible[4]. Les dynamiques inconscientes dont cette figure est porteuse nous poussent plutôt à vivre, goûter, sentir, expérimenter tout ce qui se présente, de nous faire jouer vraiment comme un enfant et si cela se produit, de nous amuser aussi, mais ce n’est pas obligatoire.

Dans cette voie, l’essentiel consiste pour nous à apprendre-savourer chaque moment de notre vie (y compris social, d’ailleurs) dans son authenticité et sa nouveauté, autrement dit, tout sauf du pré formatage mental et du conditionnement. Chaque fois que nous parvenons à mettre de l’ordre dans la connaissance de notre esprit, à repérer clairement nos processus mentaux et à reconnaître leur fonctionnement, nous cessons de les confondre avec celles notre Clown invisible et  C’est à chacun d’entre ‘nous’ l’Artiste de faire ce travail de conscience.

L’illusion de la permanence

Si la première illusion est celle d’être identifié à notre nom, la seconde est celle qui consiste à croire que notre existence, nous, les gens, les choses, les événements, le monde entier etc., constituent des phénomènes durables et permanents.

C’est pourquoi nous proposons à toutes les personnes qui viennent travailler avec nous de porter un autre (pré)nom que celui habituel pendant toute la durée du stage. Chaque Artiste peut ainsi faire l’expérience que ‘quelqu’un d’autre’ que sa persona[5] ordinaire peut exister ici-maintenant ; elle nous conduit en pratique à cesser de croire que notre nom c’est nous, et que nous sommes notre nom.

Ce nouveau (pré)nom fonctionne comme une coquille vide qui va ‘se remplir’ de l’existence au présent avec tout ce que nous allons vivre jusqu’à la fin du stage, comme un fichier informatique. Avec lui, nous avons le droit ‘organique’ de fonctionner en dehors des conditionnements, des limitations et des ennuis ordinaires qui sont tous attachés à notre ancien (pré)nom. Aux niveaux silencieux de la réalité, nous créons une nouvelle possibilité d’incarnation au présent pour cet événement impermanent que nous appelons « moi » et qui avait pris une foule de sacrées habitudes.

Notre problème est qu’il n’y a jamais eu qu’un seul nom pour rendre compte des millions de Configurations Mentales différentes qui se sont succédé dans notre existence depuis que nous vivons sur cette planète.

Qui donc a 20, 40, 60, ou 80 ans ? Nos cellules ? non pas. Elles se renouvellent presque toutes. Notre ‘corps’ ? Nous pouvons choisir de le percevoir comme vieux, en Esprit Ordinaire. Mais en Esprit d’Éveil, nous pouvons le percevoir comme cet organisme vivant qui change toute le temps et interagit en conscience avec tous les aspects de l’univers lorsqu’il vibre en Fréquence Clown. Notre esprit ? Est-ce que notre  esprit peut ‘avoir’ 20, 40, 60 ou 80 ans ? Aucun sens à cette façon de parler ! Dans cet Esprit d’Éveil -là [6], la question de l’âge ne veut rien dire. Elle n’a que la valeur des créations intellectuelles produites par l’Esprit Ordinaire.

Mais chaque fois que nous Artiste sommes inconscients de cette réalité-là, nous essayons bravement de nous comporter comme si notre nom, c’est notre personnalité, immuable depuis notre naissance jusqu’à notre mort. Et comme nous n’avons pas d’autre idée sous la main, nous nous y cramponnons comme à une bouée de sauvetage !  Cette illusion de la permanence nous fait dire par exemple : « Oh, tu n’as pas changé ! Tu es bien toujours le/la même, tu es resté(e) fidèle à toi-même… »

C’est qui, « moi-même » ? Regardez-bien ! Regardez mieux… « Moi-même », ça change tout le temps ! Quand nous arrêtons de faire du bruit avec notre bouche et que nous regardons ce qui se passe à l’intérieur, ça change tout le temps !

Lorsque nous nous couchons le soir, ce qui se passe dans notre peau n’a rien à voir avec l’état dans lequel nous avons quitté notre lit le matin. Pas la même énergie, pas le même regard, pas les mêmes idées, en bref, pas les mêmes Configurations Mentales. Et un seul mot « moi » pour parler à propos d’un événement qui change tout le temps !

Cela dit, les mots conditionnent les idées, les sentiments, les émotions, les jugements qui les accompagnent. Sans conscience que « moi » (aux niveaux silencieux) change tout le temps, nos idées à propos de « moi » ne changent pas puisque notre (pré)nom ne change pas.

Dès que la conscience nous prend[7] qu’il n’existe aucune permanence matérielle dans « moi », alors c’est merveilleux ! En réalité, cela signifie qu’à n’importe quel moment de notre vie, nous sommes vraiment libre de sortir du cadre social, libre de sortir de nos prisons intérieures et extérieures, libre d’exister différemment, libre de ressentir ce qui se passe autrement ; libre de ‘clowner’ sans limitation.

Et notre langage est capable de créer cette illusion à lui tout seul ! C’est alors que notre clown disparaît, ainsi que notre joie de vivre qui fonctionne avec lui.

L’illusion de la COUPURE

Voilà comment nous appelons la 3ème illusion : il s’agit de la coupure entre « je » et « moi » (ou « me »). Et là, nous allons découvrir que notre langage courant nous transforme à notre insu en véritables schizophrènes.

Démonstration : quelqu’un demande « Comment ça va ? », et l’interpellé répond : « Oh, je ne me sens pas très bien… ». Si cette façon de parler correspondait à une réalité quelconque, il suffirait que le second aille se faire sentir par quelqu’un d’autre et tout irait mieux, n’est-ce pas ? Observez l’absurdité profonde de cette façon de parler, que Monsieur Raymond n’aurait pas reniée : « Est-ce que quelqu’un aurait la gentillesse de bien vouloir me sentir mieux que je ne sais le faire moi-même actuellement ? »

Ici, la façon de parler « je me » décrit la réalité comme si nous étions deux. Mais en ajoutant un personnage de trop, nous voilà coupé en deux. Notre schizophrénie tourne à plein régime dans une totale inconscience et elle est entretenue par ce fichu langage qui agit comme une source permanente de confusion.

 Par ailleurs, nous oublions presque toujours que les premières oreilles qui entendent ce qui sort de notre bouche sont les nôtres ! Et si nous racontons des carabistouilles sans que personne ne nous contredise, nous y croyons de façon automatique !

Voici un exemple de débriefing d’impro-clown que vous avez déjà entendu prononcer, peut-être même par vous. Et à ce moment-là, bien concentré sur la façon dont il souhaite précisément exprimer ses ressentis, en pensant ce qu’il dit de façon fort claire, convaincu de la justesse de ce qu’il exprime et se sentant d’accord avec ‘lui-même’, l’Artiste dit :

« Je me  rends compte que

J’étais parti(e) pour me faire plaisir.

Mais je me suis trompé(e) :

Ce que j’ai fait ne m’a pas vraiment plu.

Assez vite, je me suis senti(e) plutôt mal,

Alors j’ai dû prendre sur moi.

Et au final, je me demande

Comment j’ai pu me planter comme ça.

Pour moi, chaque impro est une occasion
De me dépasser.
Mais cette fois-ci,  je n’y suis pas parvenu(e).

Et quand je vois ce que j’ai fait,

Je m’en sentirais presque coupable,

Si je m’écoutais,

Je serais capable de m’engueuler !

Et maintenant, voici une explication de texte que ce cher Alfonce, mon Clown invisible, a bien voulu nous préparer pour nous dévoiler les dessous de cette confusion ordinaire.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Observez bien comment fonctionne cette façon de parler !

Je rend des comptes à moi !

Je était parti(e) pour faire plaisir à moi.

Mais il se trouve que je a trompé moi :

Ce que je a fait n’a pas vraiment plu à moi.

Assez vite, je a senti moi plutôt mal.

Alors je a dû prendre sur moi.

Et au final, je demande à moi

Comment je a pu planter moi comme ça.

Pour moi, chaque impro est une occasion

De dépasser moi.

Mais je n’y est pas parvenu(e).

Et quand je voit ce que moi a fait

Je sentirait moi presque coupable.

Si je écoutait moi,

Je serait capable d’engueuler moi.

Peut-être que je a ses raisons ! Lorsque des gens ne peuvent plus se sentir, l’engueulade n’est pas bien loin.

Reprenons l’enquête à ses débuts : nous savons que je a du mal à sentir moi alors même que je était parti(e) pour faire plaisir à moi ! Notons d’emblée l’incohérence du propos !

Par ailleurs, nous sommes informés que la tromperie de je a eu pour conséquence de fortement déplaire à moi, alors même que nous ignorons tout du contenu de cette mystification.

En outre, au vu et su de tous, je se serait rendu coupable d’avoir pris sur moi ! Sapristi ! Mais quel bout a t-il coupé ? Ce que je a pris, le rendra t-il à moi ? Moi s’est-il aperçu du larcin ? Que d’interrogations désarroitantes !

 Or je semble très peu alerte et conscient de ses actes, puisqu’il a besoin de demander à moi de lui expliquer comment lui-même (ne me demandez pas de qui il s’agit) a planté son acolyte : moi. Tant d’inconscience frise l’insupportable, comme disent certains coiffeurs bien informés.

Mais entre temps, nous apprenons que je en veut à moi, parce que je n’arrive pas à dépasser moi. Ici, nous obtenons donc deux informations capitales. D’abord, je est peut-être un entraîneur sportif ou un philosophe maladroit, car l’idée du ‘dépassement de soi’ (ne me demandez surtout pas de qui il s’agit) se trouve bien dans le vocabulaire de ces professions.

Ensuite, tout semble indiquer que je nourrit à l’égard de moi un certain ressentiment, probablement par jalousie. Peut-être que moi arrive à se dépasser lui-même alors que je n’y parvient pas. La tromperie du début serait-elle liée à cette frustration ?

Lorsque je dit qu’il sentirait moi presque coupable,… Qu’a t-il bien pu se passer ? Moi aurait-il à se reprocher envers je des agissements coupables dont nous ignorons tout? Quel retournement de situation !

Etrangement, je proclame que si je écoutait moi, je serait tenté de bastonner moi. Ça veut bien dire que c’est moi (même ?) qui lui a demandé ! Quel rebondissement imprévu ! Nous pouvons déduire que je engueule probablement moi sans arrêt, qu’il est coutumier du fait ! Une révélation d’envergure !

Ah ! Chers lecteurs, chères auditrices ! Que d’émotions ! Que de tensions cachées entre ces deux êtres que tout semblait unir au départ, et dont nous découvrons qu’ils vivent en réalité probablement un enfer quotidien de récriminations, d’injures et d’aboiements, sauvages peut-être, dans une relation dont le caractère sadomasochiste semble se dégager de plus en plus nettement au fur et à mesure de nos investigations !

Quelle vie éprouvante, mais peut-être au fond passionnante ! Ne pouvons-nous pas nous demander (… ?) ce que serait, au fond, la vie de je et de moi sans ce conflit passionnel journalier ! Peut-être beaucoup plus morne que ce qu’elle est !

Peut-être sommes-nous même en droit de nous convaincre (…glurps) que je et moi, sans cette déchirure constante qu’ils nous laissent supposer à travers ces phrases si ordinaires, si caractéristiques de notre humanité, donnent un sens profond à une existence qui, sans elle, comme disent les Anges, en serait dépourvue ! Oui ! Il paraîtrait en effet que l’existence des Anges, sans ailes, serait dépourvue de sens profond ! Mais cela reste évidemment à vérifier, et dans l’état actuel des choses, qui peut le faire ?

Et c’est sur cette interrogation existentielle profondément angoissante, peut-être même époustoumistouflante, chères lectrices, chers auditeurs, que l’heure de terminer notre émission est arrivée. Merci à Ego-Tyran, notre directeur, d’avoir bien voulu en réaliser lui-même (…rrzzgkft) le script et la direction artistique. Merci de nous avoir écoutés. Merci de votre indéfectible fidélité, et à demain, si vous le voulez bien !

 

Eh oui ! Notre bavardage intérieur fonctionne ainsi, d’une façon étrangement semblable au bavardage télévisuel ordinaire. Nous avons à constater que ces façons de parler développent de l’absurdité, mais ne peuvent pas rendre compte de ce qui se passe au niveau de « moi », tout simplement en silence.

Ce langage courant, avec lequel nous avons été entraînés et formés à nous exprimer, est en réalité inapte à décrire de façon correcte ce qui se passe, parce qu’il mélange et confond aux niveaux des mots des réalités qui existent de façon distincte aux niveaux silencieux et réciproquement. Ici, il y a deux mots, mais une seule réalité.

Cette façon de parler toxique est capable de créer l’illusion inconsciente qu’à l’intérieur de « moi » nous sommes deux ! Dr. Jekyll and Mr. Hyde. Elle constitue l’un des outils les plus remarquables dont l’EgoSystème dispose pour fabriquer ce que les psychologues nomment la « Confusion Mentale », ce que nous appelons notre schizophrénie ordinaire.

C’est le langage ‘naturel’ utilisé par nous tous de façon ordinaire, le langage ‘standard’ de tous les secteurs de la vie civique et sociale.

Ce langage, qui a façonné notre histoire collective, conditionne et formate nos perceptions personnelles, nos pensées, nos actions, nos stratégies et nos omissions, nos échecs et nos accomplissements, nos poésies et nos documents administratifs.

Si nous ne modifions pas nos façons de parler, nous aurons du mal à vivre et à clowner avec bonheur.

 



[1]  Dans Aïon, p.379 (Albin Michel).

[2] Alors que la plupart du temps, c’est surtout pour que le monde social ne se sente pas gêné par nous !

[3] Voir leçon 7 : les 5 emplois du verbe Etre

[4] Voir le Tao T’es Clown, l’Ecole du Clown Invisible ; (Jean Puijalon et Lydie Taïeb).

[5] Si vous avez oublié de quoi il s’agit, rendez-vous page 331 du Tao T’es Clown

[6] voir leçon 27 Esprit Ordinaire, Esprit d’Eveil :

[7] Oui. C’est plutôt dans ce sens là que ça fonctionne.

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Leçon 47 – J’essaye mais je n’y arrive pas

Dire d’un habit qu’il est « seyant » signifie qu’il convient bien à une personne qui le porte. La phrase : « L’essayer c’est l’adopter » délivre le même sens. Plus généralement, le terme « essai » désigne le fait de faire une expérience de façon à pouvoir porter un jugement à propos des choses que nous utilisons, les événements que nous vivons, des gens que nous sommes amenés à connaître, etc.

Sauf au rugby où un essai marqué ‘est’ déjà une réussite à soi tout seul !


J’essaye, mais c’est dur

D'essayer à échouer, de s'efforcer à se forcer, il n'y a qu'un pas vite franchi. Dans les métiers manuels qui utilisent des outils potentiellement dangereux, (et les travaux et le bricolage domestique sont un bon terrain d'observation), les accidents arrivent toujours lorsque l'ouvrier(e) force et utilise ses outils de façon volontariste, non fluide et/ou non adaptée.

C’est ainsi que se cassent les clous, les têtes de vis, les tournevis, les clés de toutes sortes ; c’est ainsi qu’il est facile d’abîmer les matériaux en cours de travail, de se prendre un tournevis dans la main, un coup de cutter sur les doigts, de se brûler avec le fer à souder, de voir la tronçonneuse s’animer d’une vie personnelle dévastatrice et l’échelle… s’effondrer doucement sur le côté faute d’avoir été installée de façon correcte.

Plusieurs hypothèses peuvent être posées à ce moment là ; 1°) l'outil n'est peut-être pas adapté au but recherché, 2°) nous n’avons peut-être pas pris soin de situer les contextes et de planifier correctement l’affaire 3°) ce n’est peut-être pas le bon moment, la bonne personne, le bon projet, etc., 4°) à l’intérieur, notre configuration mentale n'est peut-être pas celle qui convient, etc.,

Au résultat, dès que nous percevons que le moindre élément ‘va de travers’, il s’agit d’arrêter et réfléchir pour savoir comment s'y prendre autrement. La procédure de StopUrgence[1] est évidemment appropriée dans ce cas, comme à chaque événement générateur d’une souffrance quelconque déjà présente ou seulement potentielle. Elle permet de repérer le(s) dysfonctionnement(s) et dysharmonie(s), d’étudier sur le vif l’ensemble des paramètres actifs et d’en tirer au plus tôt les conclusions utiles.

C’est ainsi que fonctionne dans le monde ordinaire aux niveaux personnels la prévention des accidents (dehors), du cortège de désordres (dehors et dedans) et de souffrances (dedans) qui les accompagnent ensuite.

La même logique fonctionne très bien lorsqu’il s’agit de percevoir, en termes d’intelligence stratégique, le sens de l’Energie de la Situation. Dans ce domaine, il s’agit de porter les attentions sur tout ce qui vient contrecarrer un projet que nous nous efforçons de mettre en œuvre.

Si nous fonctionnons en attention première, nous chercherons à traiter seulement ce qui ne fonctionne pas ou ce qui bloque. En attention seconde, nous chercherons à comprendre quels sont les contextes proches qui sont en jeu. En attention troisième, nous essayerons de situer ce qui bloque dans des contextes plus historiques. En attention quatrième, nous rechercherons si, par hasard, le blocage ne viendrait pas directement de nos fonctionnements personnels. En attention cinquième, nous ferons l’examen-synthèse de toutes les données ainsi collectées pour obtenir une perception Gestalt, càd, non limitée à la seule logique intellectuelle, par exemple.

Par analogie, que se passe t-il lorsqu’il s’agit d’effectuer des exercices de Travail Intérieur ?

J’essaye, mais j'ai du mal.

De façon générale, dès que nous entendons les mots 'j'ai du mal' se prononcer en esprit ou à haute voix, dès que nous sentons même sans mot que 'j'ai du mal', ça signifie que le processus souffrance a démarré. À notre insu, bien sûr.

De ce point de vue, le langage courant observé de façon habile[2] et en conscience constitue un véritable avertisseur. Si le processus souffrance a démarré, cela signifie que l’EgoSystème est déjà en train de piloter l’ensemble de la situation et qu’il a pris la direction des opérations à l’insu de notre plein gré, autrement dit, lorsque nous nous trouvions hors conscience corporelle. Or, nous savons que chaque fois que nous n’occupons pas en conscience corporelle la place de l’Ego, c’est lui/elle qui ‘prend la main’. [3]

L’ensemble du processus ainsi étudié montre comment une pensée pilotée par l’EgoSystème (Va-y, essaye, mets le paquet, ça passe ou ça casse !) a forcément des conséquences organiques néfastes à tous les niveaux verbaux et silencieux, autant psycho que somatiques. C’est pourquoi, dès que nous sommes en mesure de constater que "j'ai du mal", il s’agit ‘d’arrêter les frais’ d’urgence pour entrer dans l’observation de ce qui se passe aux niveaux silencieux. Cette stratégie équivaut à la conscience que « Je ne sais pas tout et donc, il faut que je recherche ce que j’ignore et qui m’a échappé jusqu’à présent. » à commencer par une première analyse-inventaire des signatures émotionnelles et sentimentales qui sont en fonctionnement organique.

Continuer à essayer en ayant du mal mérite d’être identifié comme un processus complexe mais cependant stupide conforme au fonctionnement duel de l’Ego. L’Ego-Tyran fustige Povtichou qui est capable de travailler sans discernement ni intelligence jusqu’à l’épuisement de ses forces et de son intérêt d’existence, voire même jusqu’à s'abîmer. D'où l'idée "d'avoir du mal", d'ailleurs. C’est le magnifique ressort du sketch de Raymond Devos : « Je me suis fait tout seul »:

Tout au début, tandis que je me faisais, je voyais bien que je ne me faisais pas bien.

Mais comme à chaque fois que je disais que je me faisais mal.

Les gens me disaient « c’est bien fait… ! », j’ai continué à me faire mal en croyant bien faire !

J’essaye… de rester tranquille.

Du point de vue de l’Esprit Ordinaire, voilà une formulation paradoxale. Sachant que c’est plutôt le processus d’agitation qui, d’habitude, consomme de l’énergie (puisqu’il s’agit toujours de passer d’un ‘état’ à un autre et que c’est justement cette activité qui est consommatrice d’énergie), l’idée de « rester tranquille » semble aller de soi ; en effet, elle ne nécessite pas de ‘changer d’état’ et donc ne demande ni travail, ni effort ni consommation d’énergie quelconque. Mais ce n’est pourtant pas ce qui se passe.

En réalité, quand il s’agit de l’EgoSystème, rien de va ‘de soi’. Les leçons 30[4] et 38[5], notamment, font l’analyse détaillée des processus ‘tordus’ que l’incroyable inventivité de l’EgoSystème nous donne l’occasion de vivre et de subir. La méditation est le moment par excellence où il s’agit de rester tranquille qui a le don d’exaspérer le plus l’Ego Système.

Dans cette situation, nous vivons une sorte de coupure schizophrénique : « Moi » essaye (et donc s’agite et fait des efforts dans le but) de rester tranquille (càd, cesser de s’agiter, de s’efforcer et de vouloir atteindre un but). La solution pratique, une fois de plus, s’appelle StopUrgence, puis lâcher prise. En résumé, il s’agit de remplacer « essayer » par « cesser de ».

Ce que je suis en train de dire n’est pas seulement destiné à rester une ‘lettre morte’, c'est-à-dire un discours ou une lecture que ne suit aucun effet. Il s’agit de le faire et de prendre conscience corporelle au passage du processus inconscient de saisie et de crispation égotique ; ce processus doit être remplacé par un arrêt, un stop, une cessation inconditionnelle de l’activité pathologique précédente. C’est très précisément cela qu’il y a faire, et qui porte justement de nom de « non-agir », dont la meilleure traduction que je connaisse est « non-vouloir ».

J’essaye, mais je n’arrive pas à rester en conscience rouge.

Dans la pratique du réglage de départ [6], rester en conscience rouge signifie dans l’ordre que le/la pratiquant(e) entre en conscience corporelle imaginale :

1°) de la conscience blanche, en visualisant le tiglé blanc au centre de la tête

2°) du rayon laser de l’attention première qui sort de ce tiglé et qui vagabonde en sautant sur le premier événement qui passe,

3°) de la perception subtile de l’énergie qui se déplace d’objet en objet toujours à l’extérieur de l’enveloppe corporelle, et juste après…

4°) de la conscience rouge, en visualisant le tiglé rouge au fond du ventre.

Ensuite, il s’agit de poser en conscience l’attention première sur n’importe lequel des ‘objets’ de l’attention précédents, de ramener ledit objet à l’intérieur du tiglé rouge du ventre et d’imaginaliser que ledit objet se dissout dans la conscience rouge.

Comme dans une micro explosion atomique, cette énergie ainsi dissoute transmute l’énergie laser de la conscience blanche en énergie radar multidirectionnelle de la conscience rouge. Ensuite, il faut imaginaliser [7] que les tiglés des pieds et des mains s’allument, que l’axe central devient une colonne de feu dont la ‘chaudière’ se trouve dans la conscience rouge du ventre et la sortie au centre de la fleur de lotus au sommet de la tête.

Cette chaudière se trouve alimentée en énergie tellurique par les tiglés des pieds, via les jambes et par le chakra racine [8] et le paquet de racines rouges sombre qui pousse vers le bas. Il reste à imaginaliser le triangle des tiglés ventre+pieds qui constitue le socle stable de la conscience corporelle et à laisser fonctionner l’ensemble sans chercher à le diriger.

Une fois ceci réalisé, cela suffit. Le vagabondage ordinaire de l’attention première qui fait son travail de laser va recommencer, bien sûr, et c’est normal. Ce qui diffère désormais, c’est que le point d’assemblage (de la conscience corporelle) n’est plus fusionné à la conscience blanche. Cette fusion/confusion produisait une absence de conscience corporelle et donc, un fonctionnement organique schizoïde. Mais dès lors qu’il est fusionné à la conscience rouge, ce réglage empêche l’EgoSystème de diriger l’ensemble à partir de l’intellect, d’une part, et de produire les angoisses ordinaires, d’autre part.

Dans cette nouvelle configuration, chaque fois que l’attention première va se poser quelque part, elle passe par l’œil de conscience rouge. Notre conscience (5ème)[9] contemple dès lors le processus comme un élément de l’ensemble de notre existence et non plus la conscience blanche (1ère) qui cherchait de façon compulsive, hypnotique et ego-pilotée à se saisir des événements du monde en oubliant la dynamique de l’incarnation.

Remarques annexes

Vases communicants : Si vous avez lu ce texte en faisant ce que je viens d’expliquer, vous pouvez constater qu’il n’existe plus aucune pensée parasite dans votre esprit. Votre attention première étant retournée à l’intérieur vers la conscience rouge, il n’y a plus assez d’énergie pour alimenter l’EgoSystème puisqu’il s’agit du même registre énergétique.

Aveuglement spécifique : Tant que ce résultat de conscience corporelle (qui produit l’attention quatrième), basique mais efficace, n’est pas atteint, l'Ego(tine) n'a aucun mal à piloter la conscience de la personne qui ‘essaye’ de pratiquer ; elle est inconsciemment persuadée que dès qu'elle pratique, l'Ego n'est plus actif et elle s’imagine donc qu’elle est dépourvue de processus égotique pendant ce temps là. Rien n’est plus faux !

Dire n’est pas faire : La même illusion se produit lors de la lecture d‘ouvrages dits de spiritualité, aussi ‘bons’ ou ‘intéressants’ soient-ils, et quel que soit le niveau de réalisation spirituelle de la personne qui les a écrit. Quelle énergie, quel enthousiasme nous pouvons ressentir dès que notre intellect (et donc notre activité égotique) réagit en croyant comprendre, intellectuellement et dans le seul cadre de ses limitations propres bien sûr, ce qui est expliqué dans le livre ! C’est tellement clair, tellement évident… Alors que la réalité de la conclusion automatique et inconsciente est : Parce que je l’ai compris (intellectuellement) alors, je sais le faire.

Dans les domaines spirituels, la créativité et la puissance d’illusion de l’Ego se révèlent sans limite et d’une efficacité terrible. Tressaillir de joie à la lecture d’un livre sur les Anges, leur prophétie, leur savoir faire et leur capacité d’intervenir dans nos existences suffit à l’Ego Système pour se (et nous) classer dans la catégorie Grand Mystique Initié.

Assister à la conférence d’un lama tibétain pendant 1H30 suffit à l’EgoSystème pour ego-nous persuader que nous avons tout compris à ce qui se passe au cours d’une retraite solitaire de 3 ans 3 mois et 3 jours et que, par conséquent, ce n’est pas la peine d’essayer ! Ou encore, que nous avons tout compris à la Prière des Chartreux parce que nous avons vibré 40 minutes lors d’une cérémonie du matin à l’Abbaye Cistercienne de Sylvacane, ou que nous savons à quoi nous en tenir sur le dikhr soufi parce que nous avons fait la récitation rituelle une fois pendant une heure dans une communauté du 93.

Occuper la place de l’Ego : Cette histoire fonctionne chaque fois que l’EgoSystème vient envahir/occuper/polluer etc. notre conscience seulement parce que nous avons ‘oublié’ de commencer d’exister en réalisant le réglage de départ et/ou la configuration mentale appropriée à l’apprentissage, la concentration ou la performance.

Savoir faire et savoir dire : Pour ma part, j’ai commencé à comprendre la qualité d’illusion dont il était question lorsque mon Maître soufi, après la lecture d’un exercice de yoga que je lui disais avoir compris et trouvé génial, m’a répondu : « Ah oui ! Excellent. Alors maintenant, expliquez moi avec des mots ce que vous avez fait et montrez moi comment vous le faites. » J’ai pris conscience ce jour là que ce n’est pas en lisant et en comprenant une recette de cuisine que je connais son résultat et que j’en sens le résultat dans ma bouche ![10]

C’est pourquoi, en Sémantique Générale, nous appelons cette identification inconsciente « Manger le papier du menu ».


Débrancher l’EgoSystème dès le réveil

 En pratique, nous pouvons chaque matin ‘démarrer’ la journée en configuration mentale (C.M.) Esprit Ordinaire qui a deux caractéristiques principales : 1°) automatique, elle ne nécessite aucun effort et nous paraît donc normale, 2°) inconsciente, nous ne pouvons pas en avoir une conscience quelconque en dehors d’un entraînement approprié. Autrement dit, inutile de s’en occuper puisque ça marche comme ça de façon ‘naturelle’. Et c’est ainsi que l’EgoSystème verrouille notre conscience d’Eveil et fonctionne comme un Gardien du Seuil, un Empêcheur de changer quoique ce soit dans nos existences internes, et si possible externes.

Nous pouvons aussi choisir d’entrer le plus tôt possible en C.M. Esprit d’Eveil conscient consiste à relire le texte du réglage de départ (ou celui de la C.M. Apprentissage[11] (qui met l’accent sur la prévention de l’Aveuglement Spécifique) et à l’appliquer le temps de la lire/prononcer à voix basse (ou haute si possible). C’est véritable un choix de conscience qui produit des effets (karma) prédictibles dans ce cas comme dans l’autre précédent.

Sachant que « Je choisis de croire que ce qui m’arrive est réel »,[12] cette stratégie non génératrice de fatigue semble la meilleure façon de piéger l’Ego chaque matin. Nous avons simplement intérêt à choisir en conscience cette version d'existence ‘sans souffrance’, à nous entraîner à la mettre ainsi en pratique et à être attentif au long de la journée aux différentes façons dont notre activité égotique va chercher par tous les moyens les plus subtils à nous faire quitter ce registre.

Quant à notre vigilance, peut-être pouvons-nous avec profit l’employer à dépister toutes les réactions d’inconfort, de contrariété, d’énervement, d’effondrement, de peine, de tristesse et de désarroi etc.,[13] au fur et à mesure qu’elles se produisent dans notre vie ordinaire. En effet, une fois dépistées, il nous reste à les reconnaître/identifier comme des expressions des processus de souffrance dont le créateur n’est pas ‘moi’ ici-maintenant, vu qu’aux niveaux conscients, nous sommes plutôt occupés à rechercher notre confort, notre plaisir et si possible notre jouissance plutôt que les ennuis et le malheur.

Chaque fois que nous identifions clairement ces souffrances, petites ou grandes, cela importe peu, nous restaurons notre capacité à nous dé-identifier des conditionnements, automatismes et autres invariants de structure » avec lesquels notre EgoSystème pourrit notre vie de façon si raffinée !

Cette pratique du dépistage systématique des comportements égotiques, qui consiste à occuper la place de conscience[14], peut se travailler dans n’importe quelle configuration de n’importe quelle discipline ou situation d’existence.

C’est pourquoi, pourvu qu’ils aient un niveau de pratique suffisant, les instructeurs du Travail Intérieur sont à l’affut de toutes les manifestations égotiques verbales et non verbales de leurs élèves et stagiaires et pratiquent avec eux en direct l’exercice du StopUrgence[15].

Cette discipline-entraînement peut se pratiquer sur le lieu de l’entraînement sportif, mais également dans n’importe quelle réunion de travail en entreprise, n’importe quelle conférence, interview ou conseil d’administration. Il s’agit d’un dépistage-enseignement actif à 360°. Elle fonde les stratégies de contemplation, d’économie d’énergie et de réussite par absence ‘d’échec’.

Oui mais…

« C’est bien gentil tes petits conseils, mais je n’ai pas que cela à faire ! »

Au cas où vous n’auriez pas compris de quoi il est question, je vous invite à reprendre cette leçon depuis le début. Si vous avez compris, vous avez identifié une phrase clé de l’EgoSystème « C’est bien gentil tes petits conseils, mais je n’ai pas que cela à faire ! »  qui nous ressert de façon opiniâtre et inlassable l’un de ses arguments favoris sur la base de l’une de ses absences de compréhension favorites.

L’idée implicite contenue dans cette phrase tend en effet à me faire croire que « Je ne vais jamais avoir le temps (ou l’énergie) de tout faire ! » Cette phrase est révélatrice que le fondement même du travail de prise de conscience[16] n’a pas encore été compris. Comme si le travail intérieur et le travail extérieur se situaient sur le même niveau de conscience ![17] Par analogie je pourrais dire : « Je ne vais jamais pouvoir marcher dans la rue si je n’arrête pas de penser ! »

Cette déclaration de principe signale par ailleurs au moins 2 attitudes d’inconscience pilotées par l’EgoSystème lorsqu’il nous possède et que nous considérons inconsciemment comme réelles parce que nous les ressentons : 1°) j’ai pas envie, et donc, je laisse tomber avant tout autre examen, et 2°) je n’ai pas le temps et donc, il n’est même pas question que j’envisage de programmer un entraînement de conscience quelconque dans mon emploi du temps.

L’EgoSystème n’a aucun problème lorsqu’il s’agit (pour lui/elle) de programmer (pour nous !) plusieurs activités ensemble, par exemple : notre travail extérieur + un chagrin d’amour, + le bavardage mental + les angoisses ordinaires + l’envie de sexe + tous les comportements ordinaires de séduction et manipulation qui servent à réaliser ses objectifs + le rappel de passer à la pharmacie d’urgence + conduire notre/sa voiture.

Mais il démarre une peur panique à la seule idée que nous pourrions nous mettre à réaliser toutes les activités ordinaires de notre vie (qu’il considère comme ses gibiers dans son terrain de chasse gardée), ou même simplement notre travail extérieur ordinaire en état modifié d’Eveil de conscience, alors même que ce réglage mental produit des économies d’énergie (et du reste) considérables !

Alors que la solution évidente pour réaliser n’importe quelle activité de travail intérieur consiste à la programmer dans son emploi du temps, au même titre que tout le reste. Expérience faite, 5 minutes d’entraînement de conscience chaque matin sous la douche (au lieu de laisser l’esprit vagabonder en roue libre sur le mode égotique) ne ‘prend’ pas de ‘temps’ du tout ! Mais du point de vue de l’Ego(tine), c’est un crime de Grève Majesté.

Quel génie psycho-politique que celui de Louis XIV qui, à la Cour de Versailles, récompensait ses courtisans par l’honneur d’assister à son lever ! Quel génie de mon EgoSystème (que j’ai pour ce motif nommé LuiKaTorze) qui oblige chaque matin ma pauvre conscience-moi ensommeillée à assister, en dehors de toute conscience d’Eveil, aux vagabondages de mon esprit et court-circuite ainsi toutes mes chances de vivre ma journée hors souffrance…

Quant à la réponse tibétaine à la déclaration « J’essaye mais je n’y arrive pas », (à ne plus m’énerver, par exemple) je n’ai jamais trouvé plus simple : « Tu n’y arrives pas ? Alors arrête d’essayer, et contemple seulement comment ça marche. Après, explique moi ce que tu as vu.»

Prendre conscience, ça s’apprend15. Mettre en Œuvre, ça s’apprend. Mais pour arrêter de souffrir, là comme ailleurs, sans guide compétent qui ne partagera pas mon Aveuglement Spécifique, ça ne marchera pas. L’Ego est vraiment trop fort. Après tout, c’est la totalité de mes intelligences conscientes et inconscientes qu’il utilise au travers du mélange des Figures Cachées de LuiKaTorze, Tamervlan, Povtichou etc.!

Et c’est ainsi qu’à chaque fois que je relâche ma vigilance et qu’il occupe ma place de conscience, il se prend pour moi, je me prends pour lui. Et au passage, j’en prends plein la tête. Au Restaurant de la Souffrance, c’est l’Ego qui commande et c’est moi qui paye l’addi(c)tion.

« Enfoiré ! » dirait Coluche…[18]



[1] Voir mode d’emploi N° 11 : Procédure de StopUrgence

[2] Habile signifie (comme en droit) avec légitimité, pertinence et compétence.

[3] Voir leçon 40 :  Occuper la place de l’Ego

[4] Voir leçon 30 : les coups-fourrés de l’Ego-Tyran

[5] Voir leçon 38 : Impossible de méditer

[6] la pratique de cette méthode est enseignée seulement dans nos stages, , pas dans ce blog.

[7] càd, visualiser en ressentant ; la pratique de cette méthode est enseignée dans nos stages, pas dans ce blog.

[8] Muladhara, le chakra,( roue d’énergie) perceptible en état modifié de conscience), situé entre le sexe et l’anus.

[9] La compréhension de ce terme et la pratique de cette méthode sont enseignées dans nos stages, pas dans ce blog.

[10] Voir leçon 8 : Dire n’est pas faire.

[11] Voir mode d’emploi N° 12 : configuration mentale apprentissage

[12] Voir leçon 24 : processus d’Intériorisation

[13] voir la liste des 52 émotions perturbatrices issues des poisons et des passions en leçon 33

[14] Voir mode d’emploi N° 10, occuper la place de l’Ego

[15] Voir mode d’emploi N° 11 : Procédure de StopUrgence

[16] Voir mode d’emploi N° 3, Prendre conscience

[17] Voir leçon 27 : Esprit Ordinaire/Esprit d’Eveil

[18] Plus connu à Rome sous le nom de sa Sainteté Feu le Cardinal Colucci

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Seiji, samouraï

On raconte qu'au temps du règne de Tokuda, un dénommé Seiji, samouraï comme il en existait tant à l'époque, entreprit de devenir le meilleur combattant au sabre qui se put trouver.

Longtemps, longtemps, il perfectionna sa technique et travailla dans les meilleures salles d'entraînement. Il était déjà très habile, mais avec l'entraînement, il devint très fort.

Puis vint le moment où il s'aperçut que les salles d'entraînement ne lui suffisaient plus. Sa renommée était grande et plus personne ne tenait plus vraiment à l'affronter sérieusement. Il était trop dangereux, même pour des partenaires d'entraînement chevronnés. Il maîtrisait toutes les techniques connues et il commençait à s'ennuyer. De plus, ayant envie de vrais combats, il décida de faire le voyage pour aller trouver Musashi, le Maître incontesté en la matière.

Double avantage, se disait-il... Le voyage sera long et difficile, et j'aurais sûrement l'occasion de rencontrer des brigands pour me battre. Et enfin, je ne peux pas trouver de meilleur maître que Musashi. Nul doute qu'il acceptera de m'enseigner.

Les choses se passèrent au début très normalement. Au cours de son voyage, il rencontra effectivement beaucoup de brigands; il leur fit la vie dure, et la mort rapide. Puis il arriva dans le village où il savait pouvoir trouver Musashi. Ce dernier accepta de le recevoir. Il l'écouta attentivement et l'observa beaucoup, mais finalement, se refusa à lui enseigner quoique ce fût.

- Ta renommée est trop grande, Seiji san, lui dit Musashi. Que pourrais-je t'apprendre de plus que tu ne connaisses déjà ? Mais je connais quelqu'un qui est beaucoup plus fort que moi. Tu le trouveras à mi-chemin entre la vallée et la montagne, à quatre jours de marche d'ici. Il se nomme Yuan Kuan.

Seiji remercia Musashi, très fier que sa renommée soit parvenue jusqu'à Musashi, et encore plus fier que ce dernier ait refusé un combat contre lui. A mi-chemin de la vallée et de la montagne, il chercha donc, dans ce qui était un vrai désert, la demeure du Maître que lui avait indiqué Musashi.

En désespoir de cause, au terme de trois jours de recherches infructueuses, il demanda conseil à un vieux paysan sale et rabougri qui s'abritait dans une cabane de bois, près d'un petit lac.

- Yuan Kuan ? On m'appelle comme ça, c'est vrai. Que veux-tu ?

Seiji faillit s'étrangler intérieurement de surprise, tant l'aspect du bonhomme correspondait peu à l'image qu'il se faisait d'un Maître, mais annonça cependant qu'il venait de la part de Musashi et expliqua ce qu'il voulait.
- Tu veux apprendre ? Montre-moi ce que tu sais faire.

Le vieux s'assit par terre et attendit.

Après s'être préparé, Seiji fit une éblouissante démonstration d'un combat contre trois adversaires. Lorsqu'il eut terminé ;
- C'est bien ! C'est très bien ! C'est tout ce que tu sais faire ?
- Oh non ! Je peux vous montrer....
- Non. Pas aujourd'hui. Il est trop tard. Nous verrons cela demain.

Et le vieux le pria d'aller chercher du bois. A la fin de la journée, lorsque Seiji revint, le vieux s'était endormi en contemplant les nuages. Le lendemain, Seiji fit une démonstration d'un combat avec un sabre et un baton, contre quatre adversaires. Lorsqu'il eut terminé ;
- C'est bien ! C'est très bien ! C'est tout ce que tu sais faire ?
- Bien sûr que non ! .... Je sais aussi...
- Non. Pas aujourd'hui. Il est trop tard. Nous verrons cela demain.

Et le vieux l'envoya braconner, car il n'y avait plus rien à manger. Une semaine encore passa ainsi. Le vieux ne desserrait pas les dents, sauf pour le complimenter à l'issue d'un exercice matinal. Ou bien, pire encore, il passait son temps à raconter des histoires ou à parler de choses qui n'avaient rien à voir avec avec le combat au sabre, par exemple de certains souvenirs un peu salaces qu'il avait ramené des maisons de passe de Kyoto.

Au bout de la semaine, à force de faire le ménage, d'aller à la pêche et de fumer les poissons, le moral de Seiji commençait sérieusement à s'étioler... Et c'est ainsi qu'un soir, à bout de nerf, il se mit en colère et apostropha le vieillard :
- Je ne sais vraiment pas pourquoi Musashi m'a envoyé te voir. Tu n'es qu'un vieillard débile qui ne sait que raconter n'importe quoi. Depuis que je suis arrivé, tu ne m'as rien appris. Tu m'as juste dit que ce je sais faire est très bien, et je le savais déjà.
- Tu veux un vrai combat, demanda Yuan Kuan ?
- Oui. Bien que tu sois vieux et faible, je mérite ce combat. Et si tu n'es pas celui que tu prétends être...

Yuan Kuan plissa les yeux et répondit :
- Ca, je n'en suis pas bien sûr...
Quel est le but d'un combat ?
- Vaincre, répondit sans hésiter Seiji.

Le lendemain matin, le vieux était déjà levé et coupait du petit bois devant la maisonnette lorsque Seiji, propre et habillé pour le combat, vint le saluer, comme tous les matins.

Mais au lieu de saluer Seiji, comme tous les matins, le vieillard lui asséna un violent coup de sa canne sur le nez, et le sang et les larmes jaillirent aussitôt, aveuglant le samourai. Immédiatement, il termina l'affaire par un magistral coup de pied dans les parties génitales du guerrier, et il laissa ce dernier recroquevillé par terre et geignant de douleur.

- J'ai bien réfléchi, dit le vieux Yuan Kuan en se rasseyant pour continuer à couper son bois. Je crois que tu as raison, finalement. Le but du combat, c'est vaincre. Je n'ai donc rien à t'apprendre de particulier.

On dit que ce n'est qu'à partir de ce jour là que Seiji accepta de prendre l'attitude intérieure correcte pour apprendre, et que Maître Yuan Kuan accepta de lui enseigner l'art du combat.
 

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Nouvel An

Le soir du Nouvel an, une demi-heure avant minuit, dans son petit village d’Akhéshir en Anatolie, Nasruddin reste introuvable. Les habitants de son village n’en continuent pas moins à faire la fête ensemble, comme il se doit. Quelque temps après minuit, Nasruddin rejoint les fêtards, plutôt refroidi par le gel de la nuit.
- Alors Nasruddin, où étais-tu passé pendant l’heure fatidique ?
- Dehors. Je voulais voir s’il se passe quelque chose.
- Et alors ?
- J’ai bien regardé. Je peux vous confirmer qu’à minuit, pendant la nuit du Nouvel an, dehors il ne se passe absolument rien.
- Tu es aussi sot que d’habitude. La fête a eu lieu au chaud, dedans, pendant que tu étais au froid, dehors.
- La fête, oui, je sais bien. Mais comme il ne se passe rien, je soupçonne cette histoire de Nouvel An d’être une escroquerie.
- Que veux-tu dire ?
- Savez-vous ce que vous fêtez ? demande Nasruddin.
- Eh bien… le Nouvel An !
- Ah non ! j’ai vérifié. Il ne s’est rien passé ! Et vous dedans, avez-vous vu passer quelque chose qui ressemble au Nouvel an ?
- Bien sûr que non ! Que voulais-tu que nous voyons ?
- Alors c’est ce que je disais, conclut Nasruddin. C’est une escroquerie.
- Eh bien soit, lui disent les fêtards, admettons. Mais as-tu au moins trouvé pendant que tu te gelais les fesses une bonne raison pour nous de fêter le Nouvel An quand même ?
- Oh oui ! Il me semble que l’existence est un exercice suffisamment périlleux pour que les gens qui ont réussi à y survivre un an de plus se retrouvent pour fêter le fait d’y être arrivé.

D’après les œuvres d’Idries Shah, Ed : Courrier du Livre
 

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Le vieillard intérieur

Dans les replis du secret de l'âme se survit à lui-même, aussi éternel que la vivacité de son regard, le Vieillard Intérieur. Qui est-il donc ?

Un personnage étrange qui, lorsque j'étais gamin, transformait mon sentiment de moi-même, et dans ma nouveauté d'existence, installait impalpablement la certitude diffuse de déjà connaître, de déjà savoir...

Un personnage sombre, qui aux plus tristes moments de mon adolescence, d'un air fatigué et quelque peu meurtri, s'enquerrait vaguement de l'avenir du monde en répétant de temps en temps : à quoi bon...

Un personnage digne, qui, à force de me voir grandir, se résigna, une fois de plus, à attendre que jeunesse se passât...

Un personnage ancien qui, à force d'attendre les fruits de mes attentes, trouva un intérêt certain à me voir illustrer, à ma curieuse manière, l'essence de son savoir en la futilité des choses...

Un personnage inquiet qui, frustré du temps qui passe et du temps qui se perd, sait attendre mille ans qu'un fruit de l'âme advienne, quelqu'en soit la rançon, quelqu'en soit le corps et quelqu'en soit l'esprit...

Un personnage avide pour qui le temps ne presse qu'à partir du moment où le corps ne suit plus, où l'esprit se fatigue et où l'âme progresse vers l'obligé passage où elle devra quitter des repères humains pour d'autres, inconnus...

Un personnage enfant pour qui l'éternité s'est toujours respiré en plein coeur d'une rose...

Un personnage humain, au moment de mourir, qui revoit son aimée telle qu'elle ne fut jamais;

qu'en son âme...

Car ainsi sont les dieux qui habitent les hommes.

Leur paradoxe ultime est :

devenir humain.
 

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