Leçon n°16 – Sortir d’un état dépressif

18 septembre 2008

Introduction


L’emploi inconscient et l’ignorance des défauts du langage courant n’affectent pas seulement Monsieur et Madame Toulemonde. L’univers des philosophes (qui ont été les premiers à pratiquer l’introspection et la recherche du sens) et celui des psy sont particulièrement atteints. Le titre de cette leçon nous servira d’exemple pour comprendre comment une formulation fausse engendre une représentation fausse qui conduit à une impasse existentielle et bloque toute possibilité d’évolution de la situation.

Le fonctionnement inconscient ordinaire de notre intellect ne consiste pas seulement à appliquer la logique A (abr. aristotélicienne) du tiers-exclus (oubien-oubien, soit-l’un-soit-l’autre) apprise par nous à l’école comme le calva dans le biberon. Il est aussi capable de fabriquer en même temps d’une impressionnante quantité d’amalgames, confusions, glissements de sens et approximations qui restent pour nous presque toujours inconscients. D’où l’importance d’apprendre à utiliser une méthode de discernement pratique.


Etape N°1 : Recherche des Opposés.

Cherchons d’abord à trouver les mots qui expriment un sens ‘opposé, appelés en grammaire les ‘antonymes’. Pourquoi ? Parce que ces ‘opposés’, – qui ne sont ni visibles, ni formulés -, resteront en ‘ombre’ c’est-à-dire, en arrière plan de la conscience tant que nous ne les aurons pas retrouvés, observés, contemplés, et rendus ainsi conscients.

 « Sortir » s’oppose évidemment à « entrer », et à rentrer (entrer de nouveau). « Dépression » s’oppose à « compression », ou encore à « surpression ».

Et le terme « État » ? Que diriez-vous ? Plus difficile, n’est-ce pas.

 Exploration du piège :

 Le terme « État » fait partie des mots qui se sont formés à partir du verbe être. En grammaire, il s’agit d’un substantif du verbe « être ». En philosophie, il exprime que ce verbe « être » (l’essence) substantivé ne désigne plus un événement immatériel, invisible, absolu et immuable ; ici, l’énergie de « conscience pure et essentielle » du verbe être prend un peu de substance, un peu de consistance et d’existence. En théologie, cette étape correspond à la transition entre essence et existence, une première sorte d’incarnation immobile. 

Les mots voisins et dérivés de « état » sont par exemple établissement, étape, estampe, mais aussi stature, statut, statue, station, strate, stand, stade. Etc. Ils expriment tous un sens d’immobilité, ou d’immobilisation. Tout cela nous vient d’Aristote qui décrivait et catégorisait un monde essentiellement statique, justement. Ce n’est pas un hasard si nos dictionnaires occidentaux ignorent le mot et le concept d’ »impermanence » issus de la pensée hindoue classique et du bouddhisme, et pas de celle d’Aristote.

Les termes qui vont exprimer un sens ’opposé’, sont par exemple le mouvement, le déplacement, ce qui bouge, ce qui évolue, ce qui avance, ce qui progresse, en changeant éventuellement de forme, d’énergie, de destination etc..

 

Etape N° 2 : Recherche d’un (ou +) 3ème terme.

 Entre « Sortir » et «  entrer », je trouve « rester ». (etym. re-stare, ce qui veut dire s’arrêter une nouvelle fois). Sortir et entrer indiquent un mouvement, rester indique l’absence de mouvement. Il s’agit d’une sorte de position neutre.

Entre « Dépression » et «  compression », je trouve « pression ». Il s’agit là aussi d’une sorte de position neutre, entre la dé-pression qui indique une chute de pression vers le bas (de-) et la com-pression qui indique le rassemblement de la pression vers de centre,

Entre « État » et « mouvement », je trouve… une vraie difficulté.

Exploration du piège :

Dans notre langage courant, les « opposés » s’utilisent d’autant plus facilement qu’ils concentrent l’attention de l’interlocuteur, renforcent l’impact émotionnel d’une idée, développent l’intensité sentimentale de ce qui est dit. Les techniques publicitaires fonctionnent de la même façon. « Génial » signifie en réalité « ça me plaît bien, cela me convient ». « Fabuleux » remplace « ça m’intéresse, en effet ». « Immonde » veut dire « je trouve ça plutôt laid » etc.,  Tant que mon système de compréhension personnel reste bloqué sur le sens des termes opposés, coincé dans l’énergétique du tiers-exclus, je reste fasciné par cette dualité comme une grenouille pétrifiée par les yeux d’un serpent. Cette fascination et ce conditionnement ordinaire à fonctionner en ou-bien-ou-bien nous interdisent l’usage de l’esprit de mesure, des proportions, des pourcentages et des probabilités qui décrivent plus fidèlement la réalité du monde que ces « cartes sans territoire ».

 

Changer de niveau et « penser en termes de processus »

 Le terme « état » ne se trouve pas au même niveau d’abstraction que les deux premiers, (« sortir » et « dépression »), qui peuvent réfèrer à des réalités concrètes. Le piège réside ici dans l’utilisation d’une façon de parler de type « physique » à propos d’un concept « méta-physique » (au-dessus du physique) qui ne se rapporte qu’à des idées et configurations immatérielles par définition.

Est-ce qu’il existe ‘dans la nature’ quelque chose (voir ci-dessous étape 3) que je puisse appeler un état ? Non, bien sûr. Il s’agit donc d’un concept. Au niveau des concepts, je peux définir un « état » comme un « mouvement » qui s’est arrêté. Je peux définir l’arrêt comme un mouvement qui a cessé d’exister. Mais ce faisant, je ne ‘sors’ pas de la logique A qui m’oblige à me représenter le mouvement et l’immobilité comme des termes opposés.

Pour notre logique occidentale, ce qui se rapproche le plus précisément du concept d’« impermanence » utilisé par les occidentaux est le concept de « processus » De ce point de vue, les concepts d’immobilité et de mouvement constituent des cas particuliers et provisoires. Les termes état et processus ne sont pas au même niveau. Penser en termes de processus et non pas seulement en terme de mouvement ou d’état constitue une signature de la logique non-aristotélicienne (abr. Ã), en ce qu’elle permet de quitter la sclérose des façons de voir catégoriques, photographiques, statiques et parcellaires. Elle permet de construire des représentations du monde vivantes, changeantes et adaptées à leurs environnements.


Étape N° 3 : Dépistage d’une objectification.

Quittons maintenant les absolus opposés que nous avons repérés pour dépister une objectification, à savoir la confusion de niveaux entre un mot qui se rapporte aux choses (matérielles) et un mot qui se rapporte à des concepts (immatériels). Pour ce faire,  rien de tel que la méthode R. Devos. Je pense par exemple au sketch « le Bout du Tunnel » dans lequel il explique comment il est impossible d’atteindre le bout du tunnel.

Je peux entrer, sortir, rester etc., dans une pièce de ma maison, dans ma baignoire, dans une exposition, dans le métro etc., Ce vocabulaire relatif à des données spatio-temporelles simples correspond à son ‘objet’ et décrit la réalité de façon suffisante. Mais « sortir » d’une dépression, cela veut dire quoi ? Pour que je puisse en sortir, il faut que j’y soit un jour entré. Quand et comment cela s’est-il produit ? Mystère ! Rien de précis, en vérité. Il s’agit d’un vocabulaire imagé, artistique, analogique, symbolique, romantique, poétique, etc., mais certainement pas technique.


Exploration du piège :


En langage courant, nous employons très souvent le mot « chose » alors qu’il s’agit plutôt de façons de faire ou de parler, et dans tous les cas, d’événements, ou d’attitudes immatérielles. Par exemple :

-          Quelque chose me gène dans ces façons de faire.

-          La vie de couple est une chose étrange.

-          Je ne comprends rien à toutes ces choses politiques,

-          Dans sa conférence, il passait d’une chose à l’autre.

-          Ces décisions sont de mauvaises choses.

-          Voilà une bonne chose de faite.          Etc.

Cette confusion entre événement matériel et événement immatériel n’est pas récente. Déjà en langue latine, la res-publica, qui signifie la chose publique et qui a donné en français le mot République, désigne l’ensemble des  façons de diriger les affaires humaines. Chaque fois que nous confondons deux ou plusieurs niveaux (matériels et immatériels, vivant et inanimé, etc.,) nous introduisons des facteurs de trouble, d’erreur et de confusion dans notre système d’évaluation et de compréhension du monde et par conséquent dans nos comportements et dans nos réalisations. Les choses, les êtres vivants, les événements et les environnements ne doivent pas être confondus, et nos façons d’en parler non plus.

 

Etape N° 4 : Dépistage d’une confusion de niveau.

 Quid du terme « dépression ? De quoi est-il véritablement question ? Le terme « pression » est employé en météorologie (hautes et basses pressions atmosphériques) et en mécanique des fluides. Lorsque nous ouvrons un robinet, il coule de l’eau sous pression, sans laquelle elle ne remonterait pas les tuyauteries. Lorsqu’elle s’évacue par les tuyauteries, ‘on’ dit qu’elle s’écoule par gravité. En électricité, le terme de même valeur que « pression » est le terme « intensité » (du courant). Dans les deux cas, le terme « pression » renvoie à une question de puissance, une capacité énergétique, qui s’exprime aux niveaux physiologiques et/ou psychologiques.

L’utilisation des molécules chimiques dans les médicaments permet de faire l’expérience d’états de conscience dissociés. Par exemple en chimiothérapie, l’activité psychique, (le ‘moral’) peut se trouver au beau fixe pendant que l’activité corporelle (le ‘tonus’) se trouve littéralement vidée de toute énergie. Inversement, la dépression psychologique, qui vide quelqu’un de toute envie de (sur)vivre, ne s’accompagne pas nécessairement d’une mauvaise santé physiologique. Parfois, la dépression physiologique déclenche une dépression psychologique. La réciproque peut également se produire. Sans parler de bien des ‘maladies’ qui sont indétectables à leur début, sauf par voie d’analyse de sang ou d’examen radio. Par ailleurs, il existe bien d’autres niveaux d’existence que ni les psy ni les médecins ni les philosophes ne sont capables d’aborder (faute d’apprentissage approprié) et qui méritent d’être explorés : sémantiques, énergétiques, magnétiques, subtils, etc.,


Exploration du piège :

 Ici, comme dans toutes les disciplines qui s’occupent de comprendre comment fonctionne la vie des gens, une erreur de diagnostic peut avoir des conséquences graves. Ce n’est pas un jeu. Alors, les solutions doivent elles être recherchées aux niveaux psycho ? ou aux niveaux psycho ? ou les deux ? En l’occurrence, le terme « dépression » ici peut avoir un sens précis aux niveaux physiologiques et un autre sens précis aux niveaux psychologiques. Un train peut en cacher un autre. Le mot « La dépression » utilisé sans précision de niveau et sans contexte n’a pas de sens utilisable.

Dans la mesure où la question posée reste à ce niveau de généralisation et d’imprécision, elle ne veut rien dire et mérite d’être rejetée en l’état. Ce n’est pas parce que quelqu’un fait du bruit avec la bouche qu’il produit du sens.

 

Comment utiliser cette connaissance dans votre existence ?

 Dans notre cas de figure présent, l’examen des structures implicites et inconsciente de [Comment sortir de la dépression] met en évidence que la structure de ce vocabulaire n’est pas appropriée à son objet. Autrement dit, la structure de cette carte ne correspond pas à celle du territoire qu’elle est censée représenter.

Non seulement ces façons de parler ne décrivent pas correctement ni ce qui se passe, ni ce que vous voulez dire, mais encore, vous ne pouvez rien en faire, et enfin, elles vous empêchent même de vous représenter correctement ce que vous avez à comprendre pour mettre en œuvre les moyens appropriés pour faire évoluer la situation. Vous faites avec eux du bruit avec la bouche, sans vous apercevoir que vous n’exprimez au mieux qu’une absence de compréhension.

Chaque fois que cela vous est possible, observez comment vos formulations expriment automatiquement et inconsciemment vos confusions. Observez comment vous êtes le plus souvent inconscient(e) que vos façons de parler sont générales, imprécises, confuses. Observez comment vous partez du principe inconscient (et absolument faux) que celui à qui vous parlez comprend directement par principe ce que vous dites et ce à quoi vous pensez.

L’utilisation d’une structure verbale fausse par rapport aux faits donne toujours les mêmes résultats : l’erreur, la confusion, l’impasse, etc.. En résumé, dès lors que vous n’êtes pas en conversation de salon et qu’il importe pour vous de trouver une façon – (réglage de conscience, configuration mentale) – correcte de chercher et de trouver des solutions, cessez simplement d’employer des formulations et des vocabulaires inadaptés créateurs d’impasse et de confusion. Il s’agit d’une application de « lâcher prise ». Et alors, comment exprimer mieux ce dont il est question ? À vous de jouer. Dans la nature, il n’existe pas de « dépression » dont vous puissiez « sortir ». Cherchez des façons de parler plus appropriées à propos de ce qui se passe, notamment à partir de l’idée de « configuration mentale ».

 

Leçon n°15 – Les 9 Consciences

16 juin 2008

La façon ordinairement fort ignorante dont nous employons notre langage courant a des conséquences importantes et désastreuses sur notre organisation mentale. Notre ‘esprit ordinaire’ fonctionne beaucoup plus sur l’inconscience et la répétition inconscientes que sur l’apprentissage et l’accueil du changement.

À l’exception de quelques chercheurs de pointe en Sciences cognitives, nous autres individus ordinaires avons l’habitude d’employer ce mot « conscience » sans jamais nous poser la question de savoir ce qu’il veut dire.

Essayez de définir ce que vous voulez dire d’habitude par « conscience », pour voir ! Par exemple, « en votre âme et conscience », cela veut dire quoi ? L’usage de ce singulier implique qu’il n’y en a probablement qu’une, ce qui explique que nous nous comportons inconsciemment en accord avec cette vague supposition.

Dès le 1er siècle avant J.C., les Bouddhistes de l’école du Yogachara sont arrivés à produire par expérience directe en méditation (et non pas par seule construction intellectuelle) une éblouissante représentation de ce que nous appelons la Conscience. De leur point de vue, nous ne disposons pas de « une seule conscience » qui s’écrit comme un concept au singulier en Occident ou au Moyen-Orient, mais plutôt des Neuf Consciences suivantes :

Les Cinq Consciences Sensorielles

Ces modalités de conscience permettent de voir, d’entendre, de toucher, de goûter et de sentir (les odeurs). Ce que nous appelons en Occident « les cinq sens », (à savoir : la vision, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat, lesquels dépendent évidement des organes de perception à savoir (les yeux, les oreilles, la main, la bouche et le nez) ne représentent qu’un aspect partiel de ce concept de conscience sensorielle. Le concept occidental correspondant serait : perception de la sensation des objets de connaissance externes dans ses différents aspects (sujet, objet, relation, etc.,)

La Sixième Conscience est appelée « Conscience Mentale »

Elle correspond au terme sanscrit manas, que les traducteurs ignorants et/ou pressés ont nommé improprement « le mental », comme si ce mot-concept intellectuel pouvait être doué de ‘substance’ et correspondre à une réalité expérimentale. Le terme « conscience mentale » désigne l’activité mentale fonctionnelle vivante et instinctive.

Sa fonction consiste à coordonner-synchroniser-syntoniser les informations issues des cinq précédentes de sorte que la ‘couleur’, la ‘forme’ et l’odeur’ d’un citron puissent être attribuées à un même objet. Mais cette sixième conscience s’occupe aussi de la perception et coordination de tous les phénomènes issus du fonctionnement des processus mentaux internes (sensations, sentiments, intuition, intellection, émotions, réflexion, méditation, etc.,)

La Septième Conscience est appelée la Conscience de Soi.

Cette modalité fonctionne comme un esprit voilé ou trouble qui construit une vision de l’univers à partir des six consciences précédentes, du fonctionnement synchrone de la Connaissance (jñana), de l’Intelligence (buddhi), et de la Mémoire (chitta).

Elle produit le sentiment d’exister dans sa propre subjectivité, le sentiment d’un Ego (ahamkara). Elle est principalement tournée vers l’existence. Le sentiment d’être « soi » ou « moi » est perçu à ce niveau, alors que son origine se situe dans la Huitième Conscience.

Sachant cette 7ème conscience est capable de s’identifier à n’importe qui et à n’importe quoi, et se trouve à la racine de tous les processus de projection et d’introjection, les psychologues bouddhistes ont appelé « illusion fondamentale » (maya), le phénomène d’identification entre « moi » (7ème conscience) et n’importe quoi d’autre.

Et ils ont nommé « ignorance » (avidya) le fait d’être inconscient de cette illusion, sachant que cette inconscience peut résulter d’une carence d’apprentissage, d’un auto-aveuglement, d’un manque d’envie de savoir ou d’une absence d’introspection.

La confusion/illusion fondamentale se détecte dès que quelqu’un(e) emploie les formulations « je me… », et « je suis… ». Par exemple, « je suis moi », ou « je suis un humain », « je suis quelqu’un qui… » etc.,

La Huitième Conscience est appelée Conscience Réserve.

Elle correspond au terme sanscrit alayavijñana. Ce mot signifie à peu près « conscience qui reçoit ». Cette modalité emmagasine et garde la mémoire de toutes les informations issues de la transmission génétique des mémoires ancestrales et des actes produits par les 7 premières consciences. Ces informations sont appelées graines/empreintes/semences mentales et karmiques).

Ce réservoir d’informations sert de fondement aux sentiments de constance et de continuité de soi qui constituent une illusion crédible pour la 7ème Conscience qui la fabrique. Parce qu’elle est connectée à l’Inconscient Collectif, la 7ème conscience la confond facilement et à tort avec le « Soi » (au sens ou l’emploient C.G.Jung et R.Maharshi) qui est de l’ordre de la 9ème Conscience.

La Huitième Conscience est appelée par les yogis bouddhistes la « Conscience Indestructible », le principe vital (situé dans l’espace du Cœur) qui transmigre et qui, d’existence en existence, poursuit son travail de purification, càd, de dés-identification de tous les phénomènes et de déconditionnement d’une façon générale. Elle alimente en énergie vitale l’ensemble de l’organisme en fusion avec les 7 consciences précédentes.

La Neuvième Conscience est appelée Conscience Pure (amalavijñana). « Pure » veut dire : « ce qui naît et émerge naturellement à partir de l’énergie vitale de la Huitième Conscience lorsqu’elle a été débarrassée de tous les attachements et conditionnements liés au principe d’incarnation ».

Le terme arabe soufi qui désigne la 9ème Conscience s’écrit « Hazrat » : la Présence, c’est-à-dire, la Conscience au Présent.

Elle correspond au concept de « Soi » ou de « Conscience Individuée » capable de percevoir le Principe Divin Universel et de fusionner avec lui. Elle intègre en non-attachement/non-agir/laisser advenir la réalité de toutes les modalités-consciences précédentes.

Sa réalisation, sa perception et son usage courant sont en pratique techniquement accessibles et plutôt réservés aux yogis, aux mystiques, aux méditants et pratiquants qui se sont détachés des croyances et conditionnements divers issus des institutions et systèmes religieux et qui ont entrepris, par apprentissage et entraînement réguliers, de transformer en expérience vivante tous les termes et états de conscience issus du Travail Intérieur ainsi que les ‘concepts’ mystiques issus des systèmes religieux.

Pour un esprit occidental qui conceptualise en principe plutôt seulement avec l’intellect, il importe de bien comprendre que :

1°) Ces neuf modalités-expressions de Conscience ne s’excluent pas mais sont toujours présentes ensemble à des degrés divers.

2°) Elles ne désignent pas des choses mais des événements immatériels.

3°) Elles doivent être conçues et expérimentées non comme des états conceptuels en général, mais comme des processus d’attention individuels vivants.

4°) Il n’y a qu’un seul processus de conscience fondamental : le 8ème. Il fonde chacun des 7 précédents qui doivent être considérés comme des rétrécissements particuliers de la 8ème conscience.

5°) ce que nous appelons « Conscience Corporelle » constitue une assemblage mental variable plus ou moins efficace des 7 premières modalités de conscience décrites ici.

6°) Le résultat des perceptions qui se produisent en fait de conscience corporelle dépend de la position du « point d’assemblage » qui a été décrit par C.Castaneda.

7°) Ces réglages de conscience correspondent à des ajustements de niveaux de perception qui permettent à quelqu’un de saisir et d’intégrer les événements du monde à sa vision personnelle de l’existence. En langage courant, le résultat s’appelle « prendre conscience ».

Comment utiliser cette connaissance dans votre existence ?

Toutes les affirmations exposées ici ont pour objet d’indiquer de façon verbale ce qu’il s’agit pour vous de rechercher sous forme expérimentale et de façon purement individuelle.

Au quotidien, essayez, lorsque vous mangez, d’observer simplement ce qui se passe : qu’est-ce que le goût ? Quel est l’organe qui vous permet de sentir le goût ? Que signifie goûter ?

Observez ce qui se passe dans votre palais, dans l’ensemble de la bouche, les différences entre le dessus et le dessous de la langue, observez la sensation des dents, les différentes textures de ce que vous mangez, observez les muscles du cou, la production de salive, observez ce que font vos yeux lorsque mangez, observez le mouvement des mâchoires, la déglutition, observez comment les aliments réduits en purée descendent vers l’estomac, etc.,

Mais observez aussi les pensées, les jugements (c’est bon, c’est pas bon, etc.,) les commentaires et les théories à propos, les associations d»’idées (ça me rappelle un pâté que j’ai dégusté à Lyon, chez Untel, qui…blablabla.,) etc.,

Observez encore : Qui mange ? Qui goûte ?, Qui ressent ?, Qui décide si « c’est bon » ou pas, si « j’aime » ou si « j’aime pas », etc.,

Observez sans relâche. Observez sans interpréter. Observez comment votre Bavard Intérieur vient se mêler de ce qui se passe sans y avoir été consciemment invité et comment il s’efforce de mettre son grain de sel analytique partout. OBSERVEZ !

Faites ensuite de même avec nos autres 4 sens officiels. Ensuite, faites de même avec les sensations de votre peau, qui constitue l’un de nos outils sensoriels les plus importants et les plus ignorés de notre vision intellectuelle ordinaire. Et une fois que vous serez à peu près au clair avec cette histoire, que vous l’aurez décrite, contemplée, digérée et intégrée, alors, essayez de trouver le territoire qui correspond à la 6ème conscience.


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Leçon n°14 – Individuation Mode d’Emploi

2 juin 2008

Le terme « individuation » a été emprunté par Jung aux scholastiques (écoles ecclésiastiques et universités d’Europe entre le 9ème et le 17ème siècle) qui sur la lignée Socrate-Aristote en avaient fait un principe.

Etymologie : littéralement, ce mot-concept « principe » signifie « ce qui est au début, à l’origine, à la base » d’un raisonnement, d’une énonciation, d’une théorie, d’un modèle etc., Ce terme n’a pas échappé à la frénésie de création de catégories d’Aristote et se trouve 2500 ans après toujours marqué, dans notre façon implicite de le ressentir, par une dimension immuable. « ça » ne bouge pas, c’est là, ça se trouve au début et ça conditionne tout le reste. Lorsque je décide de faire d’un événement ou d’une situation une question de principe, je donne un sens particulier de structure à toute l’évolution éventuelle de ce qui est en train de se passer.

Le concept de principe ne convenait donc pas à Jung dans la mesure où il implique une sorte de « pétrification d’idée » à la base. En revanche, le terme « processus » désigne de façon évolutive, dynamique et changeante, un ensemble-système complexe quasi organique d’événements intérieurs et/ou extérieurs, matériels et/ou immatériels, collectifs et/ou individuels, conscients et/ou inconscients, sociaux et/ou personnels, etc.,.

Au cours de ce processus, l’individu(e) structure et réalise son existence de « personne » simplement en se différenciant du collectif et des caractères génériques de l’espèce. Il s’agit de « devenir individu, et dans la mesure où nous comprenons par individualité notre caractère unique, incomparable, dernier, venir à son propre moi»  »[1]

Cette façon de ‘penser’ correspond très exactement 1°) au concept d’impermanence bouddhiste 2°) au concept de non-dualité taoïste, 3°) à l’orientation non-aristotélicienne développée en épistémologie des Sciences au début du 20ème siècle et développée en Sémantique Générale par Korzybski.

En termes de pensée occidentale classique, nous nous posons la question en termes de « Mais comment faire cela ? » En termes de non-agir, la question serait plutôt : que dois-je arrêter de faire de façon automatique et habituelle qui empêche le déroulement simple et naturel de mon existence. À ce titre, il me semble que le modus operandi du processus d’individuation peut être schématisé de la façon suivante :

1°) D’abord et avant tout, cesser d’essayer de faire ce qui ne peut l’être et cesser en même temps de générer des comportements mal adaptés et mal heureux. Cette phase de l’opération s’appelle lâcher prise. Elle correspond à admettre l’échec des comportements précédents et la possibilité d’en changer. Elle constitue un préalable au processus d’intériorisation. L’idée de lâcher prise envers les contextes extérieurs, d’abandonner la volonté de maîtriser le monde et de le plier à ses désirs, rejoint et fonde celle d’un travail intérieur sans violence, par simple cessation du combat. [2] Simplement ouvrir les mains.

2°) Ensuite, observer qu’un individu n’existe pas sans ses environnements et qu’il en est interdépendant. Observer qu’il existe des environnements externes (les objets de l’attention),et environnements internes (les modalités de l’aperception) et qu’ils sont interdépendants entre eux. Observer qu’il est possible de trouver des correspondances entre les événements du ‘dehors’ et ce qui se passe ‘dedans’. (Plan de l’objet versus plan du sujet dans l’analyse des rêves et en Mythanalyse). Cette phase de l’opération s’appelle chez Jung la constitution de la fonction symbolique.

3°) A la suite, le processus d’intériorisation peut se poursuivre par désinvestissement énergétique progressif du « monde extérieur », qui était précédemment trop fascinant et sur lequel tous les ‘fonctionnements internes se trouvaient projetés comme sur un écran de cinéma.

Ce désinvestissement énergétique se manifeste par le retrait progressif des projections au profit de l’examen des processus internes précédemment inconscients et qui accèdent à la conscience.

4°) A quelle occasion peut se faire cet examen ? Tout simplement à l’occasion de n’importe quel conflit qui se présente dans la vie courante, et il existe suffisamment d’occasions pour qu’il n’y ait pas besoin d’en développer d’autres.

Chaque conflit mobilise certains aspects de la personnalité et pas tous. La psyché inconsciente se met alors à jouer sa propre partition autonome, (rêves, actes manqués, somatisations, etc.,) en réaction (et compensation) aux décisions qui résultent des sentiments et des jugements de valeurs dits ‘conscients’.

L’organisation mentale ordinaire se trouve alors partagée entre ces aspects conscients et inconscients. J’appelle cette phase de l’utilisation de la fonction symbolique en intériorisation la reconnaissance des opposés.

 

5°) Le ‘but’ de cette reconnaissance des opposés, (conscient et inconscient) consiste à placer le sujet dans un état de conscience particulier qui relève d’une observation et d’une contemplation non impliquée et non-agissante. Il s’agit de n’être ni l’un, ni l’autre, mais de laisser coexister en conscience ces aspects apparemment opposés jusqu’à ce qu’une transformation se produise, qu’il n’est pas besoin de chercher à provoquer, qu’il suffit d’attendre.

 

6°) Sachant que les dynamiques énergétiques opposées restent ainsi en équilibre, vient un moment où la situation devient absurde. La représentation intellectuelle et les défenses inappropriées craquent, et l’organisme tout entier peut reconfigurer des différentes dynamiques et ses différents fonctionnements pour que la situation reste vivable.

« Du fait de sa participation active » (non impliquée et non volontariste) le sujet se mêle aux processus inconscients et il en devient détenteur en se laissant pénétrer et saisir par eux. Ainsi il relie en lui les plans inconscients. Cette dialectique du moi et de l’inconscient [3] provoque un mouvement ascensionnel, …/… une métamorphose …/… et la naissance de « l’esprit subtil » (au sens alchimique du terme) Telle est la fonction transcendante qui naît de la conjonction des facteurs opposés. »

 

Quatre originalités essentielles de Jung.

1°) Jung a fonctionné en épistémologue et sur la base d’une méthodologie scientifique. Il considérait ses différentes études et activités comme des aspects de recherche sur la théorie de la connaissance.

2°) La dimension thérapeutique de ses travaux était considérée par lui comme secondaire par rapport à la primauté du processus d’individuation. Autrement dit, la psychologie des profondeurs est destinée d’abord à des gens considérés comme « bien portants » et à qui il arrive « d’aller mal ».

3°) Il a rejoint M. Eliade, K. Durkheim et les anthropologues sur la désacralisation du discours à propos du « fait religieux » en posant en principe que toutes les activités religieuses pouvaient, elles aussi, être considérées comme des phénomènes mentaux et sociaux et à ce titre, étudiées avec la rigueur et la méthodologie scientifiques appropriées.

4°) La notion d’individuation est conçue comme un processus par lequel un individu (au départ, abstraction mathématique neutre) peut développer son humanité (être vivant dans des environnements de relations) en se dégageant progressivement des conditionnements, engrammes, mémoires et héritages (innés et/ou acquis, génétiques et/ou culturels, etc.,) de toute nature.

Comme chez Korzybski, il s’agit d’un progrès de conscience qui n’a pas vocation à rajouter de la complexité et des conflits dans l’extérieur des événements, mais qui résulte plutôt d’un processus coordonné de simplification. Dés-encombrer, dé-mélanger, des-identifier, déblayer, alléger, assainir, ordonner ; ensuite, (et c’en sera une conséquence directe), ce qui reste à faire pourra être fait mieux et plus simplement.

Nous avons là une dynamique très particulière qui consiste d’abord à laisser advenir ce qui se passe en cessant de faire ce qui ne doit/peut pas être fait, et de voir ensuite comment un nouvel état de conscience plus adapté et actualisé pourra s’exprimer.

Encore une fois, chaque fois qu’il est question de « vouloir », il est question de « but ». Chaque fois qu’il est question de but, la fin justifie les moyens. Chaque fois que la fin justifie les moyens, le lien social et le plaisir de vivre ensemble disparaissent au profit de la stupidité, du malheur et de la souffrance ordinaires.

Pour exprimer l’essence de Non-Agir, dans le Tao Tö King, Lao Tseu emploie l’image suivante : « Le Ciel et la Terre suivent leur cours sans effort. ». Les Soufis, eux, disent plutôt de la personne qui travaille-intérieur de la sorte qu’elle peut réaliser simplement en conscience le possible au présent.

Alors, comment résumer ce qui vient d’être dit ? je dirais :

Cesser de Vouloir Devenir ;

Simplement Laisser Advenir.



 

[1]Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin

 

[2] Texte publié en Suisse et en 1933. Les contextes extérieurs n’allaient pas dans le même sens….

 

[3] Jung : Dialectique du moi et de l’inconscient, Gallimard, 1964

Leçon n°13 – Vouloir devenir quelqu’un(e)

2 juin 2008

« Devenir quelqu’un(e) » n’est pas un problème. Cette façon de parler exprime un résultat. Elle ne dit rien des façons d’y parvenir. Le problème, ce serait plutôt « vouloir ».

De façon traditionnelle, cette histoire là concerne d’abord et surtout les hommes et l’univers masculin. En effet, jusqu’aux années 1990, dans leur immense majorité, les filles n’étaient pas élevées dans cette mythologie. Devenues femmes, elles avaient plutôt l’habitude de tolérer plus ou moins les comportements infantiles que ce mythe développe chez leur partenaire, et de subir les conséquences qui en résultent parce que « on a toujours fait comme ça ». Pour l’avenir… ( ? )

Du point de vue ‘extérieur’, le mythe de « Devenir quelqu’un » est lié aux idées de compétition, de célébrité, de pouvoir, de gloire et d’argent, qui constituent les ‘valeurs’ de pointe de la société télévisuelle. En termes jungiens, nous sommes au niveau conscient collectif.

Du point de vue ‘intérieur’, le mythe fonctionne sur des réalités énergétiques qui se parlent en terme de désir, d’avidité, d’orgueil, de volonté de puissance, d’aveuglement, d’oubli des conséquences et d’absence d’intériorisation. En termes jungiens, nous sommes au niveau inconscient collectif.

Globalement, le groupe majoritaire assure sa survie au prix de l’écrasement relatif des marges et des différences. Notre société fonctionne comme cela, nous le savons, nous l’admettons, et quels que soient nos idéaux humanistes éventuels, nous savons aussi qu’aux niveaux individuels, notre pouvoir d’y changer quoique ce soit voisine le zéro absolu.

Du point de vue de l’esprit ordinaire :

« Devenir quelqu’un », veut dire que je dois faire ma place dans l’ordre social, me faire un nom, que les gens parlent de moi, ou au moins une certaine notoriété, devenir célèbre, ou au moins reconnu, éventuellement passer à la télé, etc.,

Cette idée constitue un facteur d’empoisonnement d’existence garanti. Elle fonctionne sur l’idée inconsciente que la célébrité, la notoriété, sont non seulement des moteurs d’existence, mais surtout, que ces soi-disant valeurs sont capables de donner du sens à l’existence de quelqu’un(e). Aussi puissant qu’un dogme religieux, aussi puissant que des règles sectaires, aussi attirant qu’un miroir pour les alouettes.

Du point de vue de la formulation, il s’agit d’un piège monumental qui tient à sa présentation parfaitement imprécise. Plus une image personnelle et/ou sociale est vague, (et nous appelons cela parfois un archétype) plus elle permet à l’organisation mentale de projeter inconsciemment dessus n’importe quoi, à commencer par toutes les frustrations d’existence non traitées parce que laissées hors conscience.

Il en résulte une sorte de fantasme hypnotique personnalisé qui devient extrêmement important pour la personne victime de cette hypnose du but, qui lui apparaît comme une véritable révélation et qui l’oblige à tourner son existence vers ce but lointain qui joue le rôle d’un idéal, de paradis, de nirvana, soit globalement, les fameux « Lendemains Qui Chantent » etc., Tous les aspects de la vie vont pouvoir être asservis à la poursuite de ce but.

Aux niveaux collectifs, cela peut se traduire par l’assujettissement, le sacrifice, l’épuration ethnique etc., de milliers de vies humaines au nom d’idéologies basées sur ces fausses prémisses. Aux niveaux individuels, toute l’existence est asservie à l’idée fixe, la vie personnelle est sacrifiée, et tous ceux qui s’opposent à la logique du But rejetés.

Dans ce qui vient d’être exposé, aucune conscience, corporelle ou non, destinée à développer les conditions du bonheur et de la non-souffrance n’est présente. L’intériorisation manque, l’attention n’est pas tournée vers intérieur, et sur ce terrain, le lien social n’a pas de sens.

Du point de vue de l’esprit d’éveil , en Travail Intérieur

Dans la mesure où l’ensemble de l’existence est asservi à un but préfixé, le fonctionnement que je viens de décrire apparaît pour les Chercheurs de Vérité comme un non sens, une absurdité, une hypnose, une addiction, en bref, une œuvre du Grand Magicien. La dynamique énergétique de ce piège humain est résumée dans la pensée chrétienne et soufie par le paradoxe célèbre : « Qui veut sauver sa vie la perdra ».

Chaque fois qu’il est question de « vouloir », il est question de « but ». Chaque fois qu’il est question de but, la fin justifie les moyens. Chaque fois que la fin justifie les moyens, le sens personnel de l’existence, le plaisir de vivre ensemble et le lien social disparaissent au profit de la stupidité, du malheur et de la souffrance ordinaires.

En utilisant les outils de la Sémantique Générale, « Devenir quelqu’un » n’est pas une formulation recevable dans la mesure où elle implique tout ce qui vient d’être exposé. En matière de spiritualité, il existe bien des formulations qui se sont révélées comme autant d’impasses. « Devenir soi-même, devenir son propre soi, devenir le Grand Soi, devenir Dieu, devenir qui je suis, obtenir la réalisation, obtenir l’éveil, réaliser son essence divine, obtenir l’illumination etc., »

Et là, le terme « Devenir » représente une tromperie suprême ! Cette formulation nous promet un futur « réalisé un jour », en oubli de la densité invulnérable du présent. Il paraît fort compliqué d’arriver quelque part en étant parti de « nulle part », le processus d’individuation se trouvant projeté dans un à venir digne des « Lendemains Qui Chantent » ! (« devenir : venir de et être arrivé à »)

Toutes ces façons de parler méritent donc d’être systématiquement invalidées, c’est-à-dire déclarées inutilisables et toxiques puisque conduisant à des impasses existentielles. Pour comprendre exactement ce dont il est question, listons simplement les pièges mentaux qui peuvent être observés à propos de cette formulation lorsque ceux qui l’emploient y croient :

1. L’oubli des contextes et des environnements

Dans quels contextes précis puis-je arriver à « devenir quelqu’un » ? Quels sont les gens, les institutions, dont la reconnaissance manifestée m’importe ? Que signifie pour moi ici-maintenant « vouloir » ? Que signifie pour moi i-m « devenir » ? Que signifie pour moi i-m « quelqu’un ? » ? Est-ce qu’en cherchant à devenir quelqu’un (plus tard), je vais cesser d’être ce que je suis i-m ?

2. L’oubli des vérifications expérimentales

Est-ce que je connais des gens qui sont « devenus quelqu’un ? » Est-ce que je sais comment ils y sont arrivés ? Est-ce que je sais ce qu’ils en pensent vraiment ? Est-ce que eux pensent qu’ils sont devenus quelqu’un ? Quel prix humain, familial, amical, amoureux, professionnel, financier, , etc., ont-ils payé pour cela ?

3. L’oubli de la question préalable de recevabilité

Que signifie exactement cette question ? À qui ou à quoi cela sert-il de la poser ? Est-ce le moment juste pour la poser ? Et en admettant que ce soit le moment de la poser, est-ce le moment d’y répondre ? Est-ce que je dispose de la possibilité de trouver des éléments de réponse ? Est-ce que c’est important pour moi ? Est-ce que chercher à répondre à cette question fera que je me sentirai mieux ? Pourquoi est-ce que je veux devenir quelqu’un plutôt qu’observer simplement comment fonctionne mon organisme, mon existence, ma vie, etc.,

4. Le maintien de croyance non vérifiée

En termes énergétiques, « je veux » signifie « je crois » assorti de « je dois le faire ». Qu’est-ce que je suis en train de croire ? Les objectifs que je suis en train de me fixer sont ils justifiés ? Cela va m’apporter quoi ? Cela va m’être utile à quoi ? D’où est-ce que je tiens cette histoire ?

5. La soumission inconditionnelle

On a toujours fait comme ça dans la famille ? J’ai toujours vu mon père et mon grand père dire ça et essayer de le faire ? En essayant à mon tour, que suis-je en train de faire ? De suivre mon chemin ou celui de quelqu’un d’autre ? En quoi suis-je vraiment concerné ?

6. L’emploi de cartes sans territoire

Il y a bien des mots, mais à quelle genre de ‘réalité’ personnelle vivante font ils référence ? Quel sens a ce que je viens de dire ? Est-ce que je ne suis pas simplement en train de faire du bruit avec bouche ? Autrement dit, confondre du bruit avec du sens ?

7. L’emploi de formulations ‘positives’

imprécises décrivant un résultat idéal, un but à atteindre, mais ne faisant référence à aucun moyen ni méthode applicables et dépourvues de toute efficacité pratique. Comment puis-je formuler ce que je désire en employant « ne pas » ?

8. L’aveuglement spécifique (ignorance de l’ignorance)

Ce terme désigne le fait que je ne suis d’habitude même pas conscient de tout ce qui précède.

9. L’invariant de structure

Et dans ce cas précis, ici-maintenant également. Est-ce que ces comportements que je suis en train d’observer existent seulement maintenant, ou est-ce que je suis capable de voir qu’il s’agit de comportements que je répète régulièrement ?

Etc. ! Répondre à toutes ces questions permet certes de mettre un terme aux pièges mentaux et aux troubles sémantiques qui en résultent. Mais cela ne suffit pas. Ces outils de la Sémantique Générale doivent être complétés par un concept opératoire que C.G. Jung a appelé le Processus d’Individuation, ainsi que la méthode qui l’accompagne… Qui fait l’objet de la leçon 14.

Leçon n°12 – Je, moi, ego etc.

2 juin 2008

La psychologie bouddhiste définit les émotions perturbatrices comme des configurations mentales composantes/résultantes d’un « ego » capables d’affecter l’organisme tout entier. Ce terme « ego » désigne de façon précise une pure production de l’esprit.

Avant de poursuivre, rappelez vous du vocabulaire : le terme « esprit » est employé ici pour désigner l’activité mentale, activité de l’organisme-comme-un-tout-dans–ses-environnements. Et comme nous n’avons pas ce concept, en psychologie ordinaire occidentale, nous avons tendance à fonctionner comme s’il n’existait rien de tel à observer.

Dans toutes les traditions orientales dérivant de l’Inde classique, la Maya de l’esprit désigne la capacité fonctionnelle de l’esprit ordinaire à s’auto-illusionner et à être complètement aveugle à ce processus !

Compte tenu du fonctionnement organique des différents niveaux d’attention-conscience, sans apprentissage ni entraînement, tous les événements mentaux et articulations mentales sont automatiquement et inconsciemment projetées sur les objets du monde extérieur, accompagnés du verbe être qui signe le processus d’identification par non-discernement. C’est dans ce sens précis que les bouddhistes parlent d’un « monde illusoire » ;

Sur la base de ces perceptions, le phénomène mental naturel « ego » se construit une illusion de permanence, qu’il identifie (même sens qu’en S.G.) à tort à l’idée de « ma personnalité », « mon identité », « ma nature », etc., L’archétype du genre serait Tarzan se frappant la poitrine en hurlant : « Ça, c’est moi ! » L’ego va même jusqu’à se mettre en scène lorsqu’il raconte l’Histoire de sa Vie, autrement dit, son autobiographie.

Cette définition correspond aux expressions du langage courant employant le verbe « être » du genre : je suis en colère, je suis jaloux, mais aussi je doute, je pense que… etc.. mais aussi le verbe avoir ! avec des formulations du genre j’ai des émotions, j’ai des sensations, j’ai telle maladie, etc.,

Lorsque nous cherchons (en méditation par exemple) à trouver de façon méthodique, scientifique et logique à quel genre de territoire correspond la carte «esprit » ou « ego » ou « mental », il est impossible d’accrocher à ces cartes la perception même subtile d’un territoire quelconque, même immatériel.

Notre recherche consiste alors à observer de façon féroce et méthodique, la façon dont l’esprit ordinaire produit ex nihilo une sorte d’illusion, d’hallucination, de fantasme que nous pourrions désigner par Moi-je-qui-se-prend-pour-Quelqu’un, un fantôme hors conscience qui se croit vivant en éprouvant dans les dimensions de conscience et d’inconscience corporelle les sensations, les émotions, les sentiments, les intuitions et les pensées.

En état méditatif, nous pouvons facilement observer une sorte d’éternité implicite dans l’emploi du verbe être (cf le concept d’âme immortelle dans le christianisme) directement lié à la fabrication de ce sentiment de permanence qui fonctionne comme une véritable auto-hallucination, une auto-hypnose de grande qualité, très difficile à observer en conditions d’esprit ordinaire, c’est à dire entre la poire et le fromage, ou sur le mode métro-boulot-dodo.

L’usage correct de la Sémantique Générale donne une clé de compréhension importante dans la mesure où nous distinguons d’une part, l’existence objective et matériellement visible de « moi » (l’organisme-comme-un-tout-dans–ses-environnements) aux niveaux silencieux, et d’autre part, l’existence de la verbalisation immatérielle « je » qui ne fait que désigner aux niveaux verbaux ce qui se passe aux niveaux silencieux.

Dans cette mesure, la réflexivité linguistique « je me » constitue le symptôme verbal caractéristique et révélateur de cette auto-hallucination d’un « je » qui pourrait demander quoique ce soit à un « me », et obtenir une réponse… Sommet d’absurdité obtenu avec la formulation « Je me comprends » !

Chaque fois que « je » n’est ni daté, ni indexé, ce piège de l’identification à un « moi » (esprit, âme, etc., ) permanent et éternel qui vit sa vie dans un « corps » périssable est techniquement en place. Par exemple, la formulation : « Lorsque j’avais dix ans… » doit être indexée en « Lorsque je (moi octobre 1963) avais 10 ans… » En effet, le « moi » qui s’exprime(ici-maintenant) en disant« je » (ici-maintenant) et ne doit en aucun cas être inconsciemment confondu avec je (moi octobre 1963).

Quant à l’illusion de permanence, elle repose sur le constat classique que tous les événements du monde sensible sont en changement constant, ce pour quoi les bouddhistes ont inventé le concept d’impermanence, si inconnu du système de pensée occidental qu’il ne figure dans aucun dictionnaire. Quant aux soufis, ils enseignent qu’elle correspond à un aveuglement pathologique qui témoigne de l’inlassable et permanente activité du Grand Magicien, à savoir l’activité de l’esprit ordinaire capable de générer de façon organique toutes les auto-hallucinations précitées.

Une seconde distinction essentielle doit être faite entre « la douleur » et « la souffrance ». Le concept « douleur » désigne un ensemble organique et silencieux de phénomènes d’ordre premier. La « souffrance » peut-être définie comme la douleur de la douleur, autrement dit, une construction mentale de second ordre qui constitue une interprétation de la douleur.

À ce titre, l’enseignement bouddhiste considère la douleur au même titre que la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort, à savoir des processus organiques qui caractérisent et conditionnent l’existence humaine et animale.

C’est pourquoi il ne travaille que sur les méthodes de libération de la souffrance et pas sur la libération de la douleur, ce qui ne signifierait rien en système bouddhiste. En revanche, la chimie pharmaceutique occidentale peut agir pour atténuer la douleur, mais se trouve impuissante (faute de praxis opératoire) à travailler correctement à propos de la souffrance.

Le fait de parvenir à quitter la fascination de cette auto-illusion-hallucination est vécu par les pratiquants bouddhistes et soufis comme une authentique « libération » (qui signifie devenir libre, sans entrave, sans attache, qui a donné le nom de « Voie du non-attachement »).

Cette libération constitue pour eux une étape essentielle de la « réalisation » (qui signifie devenir réel, càd sans illusion, sans ignorance). Cette non-ignorance s’appelle aussi la « connaissance », d’où le nom de « Hommes et Femmes de Connaissance » que se sont donnés depuis quelques trois milliers d’années, à la suite des sorciers et des shamans des temps anciens, les praticiens du Travail Intérieur.