Leçon N° 11 – États d’ivresse

4 mai 2008

Personne ne prétend plus désormais qu’il soit tolérable de conduire une voiture en état d’ivresse sur le territoire français. Motif ? La présence d’alcool dans le sang ralentit la vitesse des réflexes, étrécit les perceptions visuelles, altère la perception des distances, affaiblit la perception des contextes, fait disparaître la conscience -déjà rare en temps ordinaire- que la voiture est douée d’une certaine énergie cinétique, -vu son poids en mouvement- etc., et constitue un facteur/cause d’accident quasiment automatique.

En bref, l’alcool a été reconnu comme un facteur de perturbation des fonctions mentales suffisamment important pour justifier une législation fortement répressive d’une part, et résolument préventive dans le sens dissuasif, d’autre part.

Prenez d’abord, au hasard, un organisme dépourvu de particularité exceptionnelle et fonctionnant de façon ‘normale’, imbibez le d’alcool et vous allez obtenir pour lui et ses entourages une situation à risques d’autant plus dangereuse que le taux d’alcool est élevé. Les humains ne sont pas les seuls concernés. Il existe sur Internet une vidéo (Animaux saouls d’amarula.mvw) montrant les effets remarquablement ‘titubants’ d’un fruit alcoolisé (lorsqu’il est très mûr) nommé « amarula » sur les animaux herbivores sauvages d’Afrique. Cette situation d’ivresse garantit aux prédateurs, qui l’apprécient, la dégustation d’un repas finement alcoolisé et particulièrement facile à se procurer… !

Pour déterminer et observer les effets de la toxicité de l’alcool, il a fallu un jour trouver un point de comparaison, qu’il est aisé de définir par l’état d’un organisme sans alcool dans le sang. Cet état dépourvu d’alcool ne garantit pas pour autant une santé mentale en bon état de marche. Il garantit seulement l’absence de perturbations mentales dues à l’alcool, et rien d’autre. Loin d’enfoncer seulement une porte ouverte, cette lapalissade cache une réalité fonctionnelle précise.

Prenez maintenant, au hasard, un organisme dépourvu de particularité exceptionnelle et fonctionnant de façon ‘normale’, comme le vôtre, imbibez le d’idées fausses et d’interprétations non pertinentes sur l’existence, de conditionnements infantiles et d’addictions pathologiques, de sentiments inadaptés à ce qui se passe et d’émotions perturbatrices, et vous allez obtenir pour lui/elle et ses entourages une situation à risques d’autant plus dangereuse que le taux d’inconscience et d’aveuglement spécifique à propos de cette situation est élevé.

Dans notre civilisation occidentale, le terme inconscience est synonyme de « ténèbres », ce terme étant dépourvu de singulier, probablement pour rappeler que ce phénomène renvoie à l’étude de nombreux niveaux intérieurs et extérieurs. En étymologie, ce mot signifie « Celui/celle qui se tient (ten-tenir) dans l’èbre (ebre-ébriétas ; ébriété, ivresse). En opposés, les termes « conscience » et « lumière » ont été employés pour synonymes, de la même façon.

Par analogie, sur quel critère pouvons faire confiance à la qualité de nos perceptions, à la pertinence de nos pensées, à la justesse de nos évaluations et de nos jugements , à la vérité de nos sentiments? Autrement dit, dans quel ‘état’ nous est-il possible de « voir les choses telles qu’elles sont » ? Eh bien, il nous faut trouver un point de repère, qu’il est aisé de définir comme l’état d’une organisation mentale non altérée par les pensées et les émotions perturbatrices. Cet état sans perturbation émotionnelle ne garantit pas pour autant une santé mentale en bon état de marche. Elle garantit seulement l’absence de perturbations mentales dues aux pensées et émotions qui ne contribuent pas à enrichir la conscience, mais plutôt à la plomber et à l’obscurcir.

C’est pourquoi la définition traditionnelle du calme mental a toujours -depuis Bouddha- pris une formulation négative : « Le calme mental peut se définir comme le fonctionnement naturel et tranquille de l’esprit dépourvu de toutes les formes d’agitation et de perturbation.»

Ces formes d’agitation et de perturbation sont : le « bavardage mental» , la production automatique et inconsciente des pensées, des images, des émotions, des sentiments et des intuitions, des perceptions internes, les interprétations, les théories, les doutes, les passions, les craintes, les peurs, les angoisses, etc.,

D’une façon générale, il s’agit de tous les phénomènes mentaux et perceptions qui arrivent dans le champ de conscience de quelqu’un sans avoir été consciemment invités, et auxquels nous croyons de façon aveugle en oubliant qu’il s’agit du Grand Spectacle de Magie que l’esprit ordinaire (que les Soufis appellent le Grand Magicien) projette sur notre écran de conscience.

Aux niveaux sociaux, nous ne validons plus l’abus d’alcool. Mais aux niveaux personnels, les émotions et sentiments perturbateurs nous font mauvaise conduite, et nous font aussi voir double et trouble. Apprendre à reconnaître ces fonctionnements inconscients dans notre activité mentale nous sert à ne plus en rester les marionnettes victimes et aveugles, de façon à pouvoir accepter leur existence et leur vérité, sans en valider ni subir leurs résultats. Sauf à payer le prix de la stupidité, de l’ignorance et de l’aveuglement, nous n’avons pas à chérir et à entretenir des comportements toxiques et destructeurs.

Leçon n°10 – Le Syndrome de la Crotte de Chien

4 mai 2008

Au quotidien, comment et Que faire pour sortir du Piège des Emotions Perturbatrices ? La plupart du temps, je commence à me poser cette question seulement quand je suis déjà complètement perturbé(e), angoissé(e), insomniaque, palpitant(e), stressé(e), déprimé(e), etc.. Bref, déjà en bien mauvais état.

Et encore, je peux continuer à laisser le processus détruire mon existence avec une belle efficacité pendant longtemps si je n’ai pas une personne en face moi pour m’obliger à m’en apercevoir. Et elle est plutôt amicale, celle-là, vu qu’elle risque de se faire ignorer, injurier, traiter d’impertinente, jeter sans ménagement, etc.. Du genre : « Pour qui elle se prend celle-là, à donner des leçons… non mais, sans blague ! »

Cette misère d’existence durera jusqu’à ce que je n’en puisse plus, que je sois obligé(e) de lâcher prise, ou même, que je tombe vraiment malade. En réalité, je ne vois même pas que mon activité mentale inconsciente se cramponne le plus fort possible à ce processus mental qui me rend malade !

S’il y a bien un comportement sur lequel nous fonctionnons à peu près « tous et toutes» de la même façon, c’est celui qui advient lorsque nous marchons dans la crotte de chien. D’abord, nous ne le faisons (en principe) pas exprès. Il s’agit donc bien d’un comportement involontaire qui résulte d’une inattention parfaitement inconsciente et qui le reste jusqu’à ce que nous nous retrouvions dans un environnement confiné.

À ce moment là, il faut ôter les chaussures toutes affaires cessantes pour en changer parce que cela pue ! Et il va falloir aussi les nettoyer au plus vite, autrement dit, réparer la situation, pour revenir le plus rapidement possible à une existence normale, c’est à dire, non puante.

Il ne viendrait à l’idée de personne se trouvant toute propre et désireuse de le rester de marcher dans la crotte de chien seulement pour rire, ou pour voir l’effet que ça fait. Le comportement d’apprentissage logique et normal est celui que nous avons avec les enfants : « Ne marche pas là-dedans. C’est de la crotte de chien. » Il n’y a rien à discuter ni à bavarder. L’expérience collective que nous transmettons à ce moment là consiste à enseigner le plus directement possible : « Ça pue, s’abstenir ».

Dans le même registre, il ne viendrait à l’idée de personne se trouvant en bonne santé et désireuse de le rester de prendre du poison simplement pour rire, ou pour voir l’effet que ça fait. Le comportement de sauvegarde logique et normal est celui que nous avons avec les enfants : « Ne touche pas à ça. C’est du poison. » Il n’y a rien à discuter ni à bavarder. L’expérience collective que nous transmettons à ce moment là consiste à enseigner le plus directement possible : « Danger, s’abstenir ».

Ce préambule dûment exposé, il importe d’apprendre ce que notre système d’enseignement occidental n’enseigne pas, à savoir que la psychologie bouddhiste, qui a 2500 ans d’expérience de plus que la nôtre, classe les Émotions Perturbatrices en 2 catégories : Les Poisons et les Passions.

1°) les Trois Poisons :

La Stupidité,

le Désir,

la Colère

2°) Les Six Passions ‘racines’ :

L’Ignorance,

Le Désir-Attachement,

L’Aversion,

L’Orgueil-Arrogance,

Le Doute,

L’Opinion erronée

3°) Les Vingt Passions ‘secondaires’ :

Fureur, rancune, dissimulation, jalousie, avarice, paresse, tromperie, malhonnêteté, suffisance, violence, sans-gêne, irrespect, inertie, excitation, défiance, oubli, négligence, distraction,

et surtout,… absence d’introspection.

NB : Ces 20 passions secondaires en cachent environ 20 autres voisines.

Autrement dit, en profondeur (invisibles), les Poisons empoisonnent et intoxiquent les fondements même de mon existence et mon activité mentale. En surface (visible), les Passions se présentent comme des résultats-symptômes des émotions qui agissent sur notre organisme, notre santé et l’ensemble de notre activité mentale.

Cette distinction entre passions et poisons est d’une grande importance, dans la mesure où les poisons fonctionnent comme des phénomènes-mentaux-source, des conditionnements de base presque toujours inconscients, souvent reçus par héritage génétique. Les passions fonctionnent plutôt comme des résultats des interactions entre les poisons (internes) et les situations (externes) qui sont l’occasion de leur manifestation.

1°) Dépistage et Définitions fondamentales :

Nous partons du principe que l’état dans lequel l’esprit (l’activité mentale) fonctionne normalement est le Calme Mental qui peut se définir comme « le fonctionnement naturel et tranquille de l’esprit dépourvu de toutes les formes d’agitation et de perturbation.»

Ces formes d’agitation sont le « bavardage mental» , ainsi que la production automatique et inconsciente de tous les phénomènes mentaux verbaux et non verbaux qui arrivent dans le champ de conscience de quelqu’un sans avoir été invités. Tous ces intrus fonctionnent comme des squatters non autorisés.

Par ailleurs, le terme Emotion vient du latin ex-movere, qui signifie « bouger vers l’extérieur ». Cela signifie qu’une « émotion » (configuration énergétique et mentale) fonctionne comme un poison capable par intoxication de me mettre hors de « moi », soit hors conscience claire du présent, hors calme mental.

Quel que soit mon état de perturbation existant, ma première action de sauvegarde va donc consister à obliger mon esprit ordinaire à observer puis à admettre qu’il ne fonctionne plus en état de Calme Mental. L’Entraînement et le Massage du Calme Mental servent à faire l’expérience technique de mon esprit fonctionnant tranquillement de façon à me permettre, même en pleine situation de crise, de réaliser que j’ai quitté cet état bienheureux et que je ne dispose donc plus d’une organisation mentale en bon état normal.

2°) Stop ! + laisser décanter.

Si je ne dispose plus d’une organisation mentale en bon état, donc fiable, il y a urgence à arrêter au plus vite ce que je suis en train de faire, vu que je ne serai capable de produire que du désordre et de la confusion. L’exercice du « stop » de Gurdjieff constitue un entraînement à cette étape de re-conscience. Arrêter toute action-réaction-agitation donne le temps de laisser la pression et le stress retomber.

Inutile de vouloir redémarrer au quart de tour après cela, ni chercher à trouver des comportements-réactions de compensation. Au contraire, il faut laisser du temps passer en ne remplaçant ce comportements toxique par rien jusqu’au moment où je vais pouvoir me dire : « Ouf ! Me voilà reposé. Que s’est-il donc passé ? »

3°) Questions et Observations:

La question complète s’énonce : « Qu’est-ce qui s’est passé pour que j’en sois arrivé(e) là ? Qu’est-ce que j’ai raté ? Quel fonctionnement mental m’est passé inaperçu ? Que dois-je observer à présent ? » Il s’agit en effet de se repasser le film depuis le début. Et sans entraînement (c’est aussi à cela qu’il sert) il est très difficile d’y parvenir seul.

Ce qu’il y a à observer est qu’avant la perturbation, il n’y en avait pas et que mon esprit fonctionnait très bien en régime ordinaire, sans elle. Quel est l’effet de la perturbation ? Avant, je me sentais normalement tranquille. Alors que juste après … je me suis senti hors de moi, comme si j’avais bu, comme si j’avais avalé du poison. (sic!)

Mais ce poison, je l’ai avalé parce que personne ne m’a appris que c’était du poison, justement. Au contraire, j’ai appris que mes émotions et mes sentiments c’est moi, ça me constitue, c’est ma personnalité, et qu’on ne se refait pas. Foutaises !

4°) Reconnaître la part d’inconscient :

Alors, comment est-ce arrivé ? À mon insu, bien sûr. En l’absence de toute information et de tout apprentissage digne de ce nom, aucun mécanisme de défense et de sauvegarde n’a pu fonctionner. Je ne suis quand même pas assez dingue pour me mettre consciemment dans des états de misère-malaise pareils !

Ces émotions, ces poisons, je ne les ai pas vu passer. Je me suis trouvé(e) saisi(e), bouleversé(e), démoli(e), atteint(e), abîmé(e) et maintenant, je me sens désemparé(e). Conclusion, je suis bien conscient(e) ici-maintenant que ce processus mental qui m’a piégé(e) était inconscient ! Au passage, il porte le nom de « Aveuglement Spécifique » Spécifique veut dire que ses modalités me sont particulières et ne concernent que moi.

C’est pourquoi il va falloir que je mette en lumière (de conscience) le plus tôt possible comment il fonctionne pour d’abord réussir à quitter ce lamentable état actuel, et ensuite, faire en sorte de ne plus me faire avoir comme ça les prochaines fois.

5°) Observer le jeu collectif pour mieux le quitter :

Il faut comprendre que depuis la période romantique en Occident, les passions, les émotions et les sentiments sont magnifiés, industrialisés, respectés, filmés, publicités, etc. Ils sont aussi extériorisés (= dépersonnalisés, désintériorisé) et objectivés (= transformés en objets de consommation) de façon à pouvoir être vendus. En cela, ils font marcher le commerce, à commencer par celui des psychotropes dont la France détient le record par habitant.

Une personne inconsciente des perturbations de son activité mentale est naturellement poussée à rechercher et aller acheter « dehors » ce qu’elle croit lui manquer et qui cause peut-être « dedans » sa misère et ses malaises. Même si c’est invérifiable, même si cela pue (pour les autres) l’escroquerie à plein nez, même si cela mine et détruit sa vie entière, pour l’instant, ça marche !

6°) Cesser de croire et cesser de valider :

Alors je vais d’abord laisser tomber cette idée-malédiction d’aller mal (à laquelle j’avais fini par croire) en actionnant une sauvegarde personnelle d’urgence immédiate : « J’ai été intoxiqué(e) et je refuse de respecter, valider et « avaler » plus longtemps ces poisons qui me rendent malade ». Ensuite, je fais ici-maintenant le choix de conscience adulte de ne plus jamais croire que ces sentiments et émotions que tout le monde m’a appris à considérer comme mes ‘traits de personnalité’ fonctionnent en réalité comme des poisons violents qui détruisent mes amours, mes relations, ma tranquillité, ma santé et ma vie entière.

Pour ce faire, je vais prendre la décision consciente de ne plus créditer les émotions et les sentiments d’un aspect objectif positif quelconque. Et enfin, je vais férocement suspecter, reconnaître et rejeter sans relâche tous ces processus mentaux empoisonnés que je croyais être les miens de façon à ne plus me laisser piéger par leurs automatismes toxiques. « Maintenant que j’ai appris comment je souffrais par simple ignorance, je ne marcherai plus jamais dans cette illusion. Elle pue vraiment trop ! »

Leçon n°9 – Parler ‘en général’

27 février 2008

La locution « en général » fait partie des « cartes sans territoires » les plus fréquentes du langage courant. Le terme « carte sans territoire » désigne une représentation verbale qui ne renvoie à aucune sorte de réalité susceptible d’être vérifiée ; ça ne fait pas du sens, ça fait seulement du bruit. L’ennui est nous croyons aux contenus (même virtuels, fictifs, absents, ou même carrément faux) de nos bavardages simplement parce que nous les avons énoncés. Nous n’allons quand même pas désavouer nos affirmations, sans blague ! Observez ce qui se passe alors ; celui qui déclare parler ‘en général’ va faire tout son possible, y compris utiliser la mauvaise foi, pour justifier sa généralisation abusive ! Et il va vraiment détester de se voir rappeler qu’il n’est pas fondé à parler en lieu et place des autres…

Dans la série des Gardiens du langage courant, le préposé au dépistage et à la prévention de cette façon de parler s’appelle « Loicosmic », pour rappeler une formulation d’Alfred Korzybski qui a nommé cette articulation mentale « Législation Cosmique ». L’art de pondre des lois générales à tout propos. Henri Landier, mon second Maître en SG, a passé douze ans de son existence à observer mes façons d’exister avec une attention sans faille de façon à me faire prendre -sur le fait- conscience de toutes les occasions où mon attention seconde aux contextes n’était pas correctement placée au présent, càd, capable de dépister les sources d’erreur, de confusion, et des catastrophes éventuelles à s’ensuivre. C’est ainsi que, dès le premier séminaire auquel j’ai participé comme apprenti, je me suis attiré la remarque suivante :

- Il arrive souvent que ceux qui s’assoient sur une chaise en général se cassent la figure ou autre chose de plus grave. Quand tu t’assois, fais-le toujours sur une chaise en particulier. Tu éviteras ainsi des accidents désagréables.

- Et comment faire ? ai-je demandé.

- Fais attention. Ici-maintenant, fais attention. Chaque fois que tu t’assois sur une chaise, fais attention. Tu peux être certain de l’état dans lequel tu as trouvé la dernière chaise sur laquelle tu t’es assis, mais tu ne connais pas celle sur laquelle tu es en train de t’asseoir. Or, ce n’est pas une chaise en général, mais une chaise en particulier qui te réserve peut-être bien des surprises et il est prudent de vérifier son état au moment où tu t’en sers, déjà au moins pour éviter une chute.

- Et à part ça, quel est l’intérêt ?

- Economie d’énergie. Vérifier ici-maintenant ne te prendra qu’une seconde et ne te coûtera rien. Réparer les conséquences éventuelle d’une chute de la chaise et de toi peut prendre beaucoup d’attention-énergie-mouvement-matière-espace-temps et te coûter fort cher. Les conséquences prévisibles doivent être prévues pour minimiser le nombre d’erreurs et d’ennuis à suivre. Tous tes actes ont des conséquences plus ou moins prévisibles, toujours existantes. Tu n’as pas remarqué ? Ta question montre que tu ne sais pas prévoir les conséquences. Tu n’y fais pas attention.

Faire attention constitue un paramètre essentiel de prévention des erreurs, bévues, confusions et autres éventuelles catastrophes qui surviennent au quotidien lorsque nous fonctionnons aveuglément sur les législations cosmiques auxquelles nous croyons parce que nous les avons énoncées. Deux autres paramètres tout aussi importants méritent d’être mentionnés. L’exactitude et la précision :

L’exactitude s’oppose à l’inexactitude : ces termes sont de sens voisins des mots « vrai » et « faux » et il est possible de vérifier l’exactitude d’un fait, d’un chiffre, d’une donnée, d’une affirmation, etc.. Il s’agit d’un des cas dans lequel ou-bien-exact ou-bien-inexact peut avoir un sens, en admettant que nous n’envisagions qu’un seul niveau observation à la fois. Quant à la vérification, elle se fait ici-maintenant. Jamais dans le « passé », désormais inaccessible, ni dans le « futur », pas encore advenu.

Exemple : Joséphine dit : « Il y a un train à 13H12. » Je peux vérifier (dans l’annuaire des trains et/ou sur les panneaux de la gare) si je trouve cette affirmation exacte ou inexacte. Je valide l’exactitude en allant vérifier personnellement la similitude de structure entre ce qui est dit et ce qui se passe, c-à-d, entre la carte et le territoire qu’elle représente. Le concept d’imprécision n’a ici pas de sens particulier. Il est dit non-pertinent parce qu’il ne s’applique pas la situation. Il ne sert à rien.

L’imprécision s’oppose à la précision. Ici, pas question de ‘ou-bien-ou-bien’. Ici, nous sommes fondés à penser/parler en terme de plus-ou-moins, de pourcentage, d’approximation. Est-ce que le train démarre exactement à 13H12 ? Non-sens ! L’appareil capable de mesurer l’exactitude du départ du train de façon absolue n’existe pas. Au quotidien, j’ai besoin de savoir si la précision 13H12 me suffit pour ce que j’ai à en faire, à savoir, pouvoir monter dans le train avant qu’il ne démarre. Et une fois que je n’ai pas raté mon train et que je suis bien installé dedans, les concepts d’exactitude et de précision ne sont plus pertinents. Je n’ai rien à en faire. Ce qui se passe me suffit. Ici-maintenant, ça roule !

Leçon n°8 – Dire n’est pas faire

16 février 2008

Entre dire et faire, il y a un monde que le langage courant exprime par « C’est comme si c’était fait ». En ‘réalité’, tant que ce qui a été dit n’a pas été fait, il ne se passe rien qui puisse être considéré comme un « fait », justement. Aux niveaux silencieux des faits, cela reste un « dire », autrement dit, du bruit qui n’a pas été suivi d’effet, une verbalisation in-effi-cace.

« Dire » dépend presque toujours de la fonction intellect, laquelle fonctionne souvent très vite. L’intellection[1] ne dépendant d’aucune contingence matérielle, nous avons souvent tendance à croire, en parfaite inconscience, que parce que nous avons pensé une succession possible d’événements ou dit une succession de mots, ce à quoi correspondent ces idées et ces mots dans l’ordre matériel des gens, des faits et des choses a presque été réalisé, et que si ce n’est pas encore fait, c’est sur le point de l’être, ce n’est qu’une question de ‘temps’. Grave erreur. D’abord parce que cette question doit s’envisager en terme de processus-énergie-mouvement-matière-espace-temps.

« Faire » correspond à concrétiser le sens/signification de mots qui jusque là pouvaient être considérés comme du bruit non suivi d’effet. Du point de vue étym., « concrétiser » signifie transformer en pierre. Comme les concrétions calcaires stalagmites et stalactites des cavernes. Le verbe « créer » a la même racine, de même que le verbe « croire ». L’idée fondamentale est celle de donner de la ‘matière’, de la substance, à une ‘idée’, c’est à adire une réalité non matérielle.

Or, l’organisme-comme-un-tout fonctionne à la façon d’un bateau-tanker de 400 mètres de long, qui a besoin d’une bonne demi-heure pour effectuer un simple virage à angle droit et qu’il est impossible d’arrêter en moins de trente minutes également. L’esprit intellect conscient, lui fonctionne comme le capitaine, en haut de la tour, relié par informatique en temps réel au monde entier, et qui peut prendre instantanément toutes les décisions qu’il veut, y compris s’endormir en état d’ivresse sur son clavier d’ordinateur. Quelles que soient ses idées, ses décisions, ses fantasmes et ses bavardages, les contraintes techniques (lenteur, poids, etc.,) liées au bâtiment, produiront leurs effets.

Pour prendre une autre image-exemple (analogie), les accidents de voiture pour excès de vitesse et non-maîtrise du véhicule se produisent lorsque le conducteur n’intègre pas à sa conscience du processus de conduite les paramètres ‘énergie’ (l’efficacité réelle du freinage), ‘mouvement’ (la vitesse de déplacement), ‘matière’ (l’inertie du poids du véhicule), ‘espace’ (la distance de freinage), ‘temps’ (la durée du freinage).

Appliquons enfin ce qui vient d’être exposé à nos conditions ordinaires d’existence qui se traduisent par des verbalisations du genre : « je sais que je ne dois pas rester à vivre comme ça avec cet homme (ou cette femme) » ou encore, « je sais que je ne dois pas boire trop d’alcool » ou encore, « je sais que je ne dois pas dormir trop tard », ou encore, « je sais que cela ne sert à rien de m’inquiéter » ou encore, « Je sais que je ne risque rien à le/la rencontrer » ou encore, « je sais bien que c’est une secte », ou encore, « je sais bien que je ne dois pas me sentir coupable », ou encore, « je sais que je n’arrive pas à vivre seul(e) », ou encore, « je sais bien qu’il ne me battra pas… enfin, j’espère. » ou encore, « je sais bien ce qu’elle va penser », etc.

Certes. Tout cela, je le sais, je m’en déclare conscient(e), mais je ne sais pas le faire. Cette déclaration n’est pas suivie d’effet, car « Eh oui, j’ai beau le savoir, et même savoir que je le sais, mais c’est trop fort pour moi. J’aimerais bien, mais je n’arrive pas à faire autrement. » Alors, que se passe-t-il ? Et comment pouvons-nous observer-comprendre comment fonctionne la structure du piège ? En examinant un par un les différents aspects stratégiques de la situation.

1er aspect : Nous savons bien que si je me force à adopter un comportement idéal sans adhésion profonde, authentique et naturelle, cela ne sert qu’à refouler de façon dangereuse l’énergie vitale (libido) qui s’exprime à travers le comportement (un seul à chaque fois) que j’ai reconnu intellectuellement comme toxique et que j’ai décidé en conscience de ne plus valider. Inutile de prendre cette voie. Il y en a une meilleure.

Elle consiste à trouver/mettre au point une représentation du changement de comportement (je répète : un seul à chaque fois) en conscience qui tienne vraiment compte des paramètres ‘énergie’ (vitale ≈ la libido ≈ le fait de pouvoir-faire), ‘mouvement’ (le fait que les événements mentaux peuvent changer en permanence), ‘matière’ (l’inertie fonctionnelle des capacités psycho-physiologiques), ‘espace’ (les différents contextes d’existence visibles factuels et relationnels), ‘temps’ (la durée d’intégration cellulaire de la compréhension intellectuelle).

2ème aspect : Il y a un non-sens à parler de faire autrement (ce qui constitue une représentation en terme d’agir), alors que la solution se trouve dans cesser de faire comme ça, soit, cesser de se comporter de cette façon (qui constitue une représentation en terme de non-agir). Cesser de faire, arrêter de, ne plus croire à, ne plus accepter de, constitue la réponse factuelle correcte et intelligente de « lâcher prise ». « Lâcher prise » (en concept, en esprit) signifie « ouvrir les mains » (en fait, en concret). Qui ne lâche pas prise n’a donc factuellement pas encore suffisamment souffert de la situation de crispation qu’il/elle est en train de vivre. L’urgence de survivre n’est pas encore suffisamment reconnue pour provoquer un sursaut de conscience décisif. Le ras-le-bol n’est pas atteint. La simple compréhension intellectuelle du problème n’est probablement pas parfaite et il reste sans doute du travail de construction d’une représentation parlée et écrite (phase d’expression et de description) plus correcte (précision et exactitude) et complète qui reste à réaliser à ce niveau.

3ème aspect : Rechercher précisément comment fonctionne l’angoisse qui se trouve à l’œuvre dans chaque histoire particulière. Rappelons ici qu’une angoisse se définit comme une peur sans objet (en psychologie) et comme la peur d’avoir peur (sentiment d’ordre second en Sémantique Générale). Il est question de prendre d’abord conscience qu’il s’agit d’une pure articulation mentale inconsciente aux niveaux silencieux et organiques qui n’est liée directement à aucun phénomène réel objectif observable.

- Peur du sentiment d’abandon (et de ses effets) dans les dépendances affectives.

- Peur du sentiment de vide d’existence (et de ses effets) dans les dépendances au travail

- Peur du sentiment de perte du sens (et de ses effets) dans les ‘crises de foi’ et addictions sectaires

- Peur du sentiment de culpabilité dans les crises familiales, amicales et amoureuses,

- Peur du sentiment du manque (et de ses effets) dans les addictions aux drogues, sexe, jeu, etc.

qui sont directement dépendantes du processus d’activation des hormones de plaisir, ETC.

4ème aspect : Nos conditionnements Aristotéliciens façonnent depuis 2500 ans nos connaissances et nos représentations en terme « d’état » quasi photographique des situations que nous affrontons. Par ailleurs, les émotions perturbatrices ont des effets dévastateurs sur la qualité de nos représentations dans la mesure où notre conscience-attention se retrouve hypnotisée (A1)[2] par les résultats apparents de la situation ici-maintenant au détriment de la conscience des contextes (A2)1, de l’histoire (A3)1 et des réalités corporelles (A4)1. La perception correcte de la situation passe par la remise en place de ces différents niveaux de conscience-attention pour rétablir de meilleures distance et perspective dans l’observation interne/externe des situations et surtout, pour replacer les événements visibles ici-maintenant dans une logique de processus et non pas d’état.

5ème aspect : Une fois que les différents paramètres jusqu’alors inconscients ont été amenés méthodiquement à la conscience de la façon décrite ci-dessus, et que le juste moment a été judicieusement choisi pour commencer à non-agir, tout est en place pour trouver le comportement ou la façon de faire qu’il convient d’arrêter pour que « Lâcher prise » devienne une réalité physique objective. Je peux dès lors cesser de continuer à faire ce qui me causait préjudice. Le fruit est mûr ; il peut tomber ou être cueilli.

Ensuite, il s’agit de tenir bon, car un certain temps va passer. Le processus vivant ne consiste pas à passer d’un « état » à un autre (niveau verbal de représentation), mais à changer les fonctionnements organiques aux niveaux et silencieux, en veillant à ne pas remplacer ce comportement auquel je cesse de souscrire (ou que je cesse de subir), par quoi que ce soit d’autre. Il est nécessaire d’entrer en patience de façon à laisser l’organisation mentale l’énergie-mouvement-matière-espace-temps de se reconfigurer à son rythme ici-maintenant sans être polluée par les paramétrages du comportement toxique précédent. Cette phase de non-agir est essentielle dans le processus d’individuation décrit par Jung et en concordance avec le concept bouddhiste que Jung a nommé « Le pouvoir d’auto-guérison de l’esprit ».



 

[1] L’étymologie du terme (in-tel-lectus) renvoie au sens de « lire » et désigne la faculté de l’esprit à travailler avec les mots, les phrases, les théories etc., en bref tout ce qui se dit, s’écrit et se lit. Rien à voir avec le mot intelligence dont l’étymologie (in-tel-ligere) renvoie au sens de lier, relier (les mots, les gens, les événements, bref, les ‘réalités’ et les symboles entre eux).

 

[2] Attention première, seconde, troisième et quatrième ; voir la page blog Vocabulaire du Travail Intérieur pour connaître la définition verbale de ces termes. La connaissance factuelle résultant de la conscience corporelle y relative demande une transmission/initiation vivante qui ne passe pas par le seul moyen informatique qui sert à informer, et non pas à communiquer.

Leçon n°7 – Les 5 emplois du verbe « être» 

27 janvier 2008

Les mots font partie de notre univers quotidien ; leur mauvais usage peut gravement perturber notre compréhension des événements, nos réactions émotionnelles et sentimentales, nos comportements et nos décisions conscientes et inconscientes.

Dans la rubrique « grammaire française », nos professeurs de français nous ont appris l’usage du verbe être. Un seul verbe être. En revanche, ils ne nous ont pas appris que notre langage courant compte cinq emplois du verbe être fort différents.

Ni que la façon dont nous les employons a des conséquences importantes et désastreuses sur notre organisation mentale. Cette dernière est habituée par définition à interpréter tout ce qu’elle perçoit, à lui à donner du sens le plus vite possible et en cas d’ignorance, à privilégier les amalgames au lieu des différences que voici :

1) « Est»  d’existence. « Avant qu’Abraham fut, Je suis. »

2) « Est»  auxiliaire d’état Il est en train de travailler. Elle est sortie.

3) « Est»  d’identité formelle Il est coupable. C’est la liste. C’est la règle.

4) « Est»  d’identité inconsciente (sujet 1 , verbe, sujet 2) La rose est une fleur. Gorges est plombier.

5) « Est»  de prédication (sujet, verbe, adjectif) Joséphine est jolie. La rose est rouge.

1) « Est»  d’existence.

Emploi très rare, réservé aux domaines métaphysiques, religieux, , philosophiques, etc., Ce verbe être n’est suivi par rien, si ce n’est un point, qui signifie « c’est tout ». C’est tout… ce qu’il est possible de dire avec des mots. Sans les mots, la vie vit sa vie. Les mots fonctionnent comme des évocations-symboles de ce qui advient aux niveaux silencieux. Cette formulation elliptique (« je suis ») renvoie à une perception de la « réalité » dite « directe » qui ne passe pas par les langages verbaux, et qui ne se trouve pas conditionnée par eux. Pour les mystiques, il s’agit à la fois d’un moyen habile et d’un aboutissement de l’expérience de la « réalité ».

2) « Est»  auxiliaire d’état

Lorsque je dis : « Il est en train de travailler », le verbe être exprime au présent ce qui se passe, ce qui peut être constaté ici-maintenant. L’action décrite ensuite porte sur le fait de travailler. Si j’ai envie de décrire encore plus fidèlement la situation, je peux compléter les informations en disant : « il me semble que », « je crois que », « je pense que ». Pour décrire une action passée, il suffit de dire : « Il était en train de travailler. » Cette façon de parler n’induit pas de confusion directe au niveau de ce qui se passe. Il est presque toujours possible de le remplacer par « se trouver ».

3) « Est»  d’identité formelle

Le mot « formel » renvoie à une question de ‘forme’, pas de ‘fond’. Cette distinction vient du domaine juridique dans une acception particulière où le fait de « dire » correspond à « faire ». Par exemple, lorsqu’un jugement déclare que quelqu’un est coupable, ou innocent. Mais ce cas de figure s’applique aussi à l’énoncé d’une liste. Dans ce cas précis, la liste est l’énoncé, et réciproquement. Idem lorsqu’il s’agit d’une règle de droit ou de jeu. C’est la règle, c’est la loi.

4) « Est»  d’identité inconsciente

Le « est»  d’identité s’exprime ainsi : « Une rose est une fleur» . Comment une rose en particulier peut-elle être une fleur en général ? Toutes les fleurs ne sont pas des roses et toutes les roses ne sont pas des fleurs. Les catégories et les caractéristiques qui s’appliquent au mot [rose] ne sont pas les mêmes que celles qui s’appliquent au mot [fleur]. Cette déclaration fausse par rapport aux faits confond la partie et le tout, les niveaux individuels et les niveaux collectifs et produit cette confusion autant pour qui énonce cette phrase que pour qui l’entend.

5) « Est»  de prédication

Le mot « prédicat » vient du latin pre-dicare, qui signifie dire au-devant d’où les sens de proclamer, annoncer, publier, et enfin prêcher. En langage courant, le « prêcheur » désigne celui qui vante les mérites de sa religion, de sa méthode, et qui essaye de convertir les autres à ses idées. La locution française dit : prêcher pour sa paroisse. En grammaire française, les mots prédicat et attribut sont synonymes. At-tribuere veut dire donner à quelqu’un quelque chose au cours d’un partage, d’où l’idée de donner une qualité à. L’attribut fonctionne en réalité comme un adjectif, à savoir un ajout. Ces deux idées, la proclamation et le fait d’accoler une qualité, une évaluation, un jugement, le fait d’adjoindre un adjectif à un nom ont leur importance qu’il faut garder à l’esprit pour comprendre l’explication qui suit.

Quand nous disons « Joséphine est jolie» , notre façon de parler ne décrit pas ce qui se passe correctement. Elle n’est pas similaire aux faits, et il peut même arriver qu’elle les falsifie. Le caractère « jolie»  vient de nos façons de parler-penser, de notre savoir, de nos critères d’évaluation collectifs et personnels, etc.. Or, cette façon de parler proclame au contraire que le caractère « jolie » est dans Joséphine, inséparable d’elle ; celui/celle qui est en train de parler formule de façon absolue et impersonnelle une simple évaluation relative et personnelle. Il s’agit bien d’une déclaration fausse par rapport aux faits. Cette façon de parler fabrique de la confusion autant pour qui énonce cette phrase que pour qui l’entend.

De façon semblable, si je dis « La rose est rouge» , cette façon de parler ne décrit pas correctement les faits. Dans la rose, nous pouvons trouver seulement ce que nous appelons des vibrations électromagnétiques, mais pas de la « rougeur» . Ceci s’applique à toutes les perceptions des « sens» . Vous ne pouvez pas dire que « le sucre « est»  sucré ». Ces jugements et ces adjectifs sont issus de notre savoir, ils ne se trouvent ni dans la rose ni dans le sucre. Alors quand nous parlons comme si [la douceur] était dans le sucre, [la couleur] dans la rose et [la beauté] dans Joséphine, notre discours est faux par rapport aux faits. Avec cette formulation incorrecte, celui/celle qui parle oublie et fait oublier que c’est lui/elle qui s’exprime et qui trouve/perçoit/ressent etc., Joséphine jolie, le sucre doux, la rose rouge, etc..

Etymologie : Ignorer l’emploi juste de ces 5 « est»  entièrement différents conduit souvent à des catastrophes. En être conscient évite bien des ennuis ! Il s’agit de bien comprendre le mécanisme mental fondateur de cette confusion et que nous appelons le mécanisme d’identification :

Identité, Identique, Identifier

Le mot « Id » est issu d’une famille monosyllabique ei, i que l’on retrouve dans l’allemand ‘Ich’ ( je) et en anglais ‘I’ (je). Les autres termes qui en découlent sont :

Is, ea, id : celui (masculin), celle (féminin), cela (neutre)

I-pse : lui-même, elle-même, cela-même

I-dem, ea-dem, i-dem : le même, la même, le même (en neutre)

Hic, haec, hoc : celui-ci, celle-ci, ce-ci

Ibi : ici, > à ce même endroit, qui a par conséquent donné le mot > Al-ibi : ailleurs qu’ici.

Iam, ou Jam : au moment-même où je parle > Dé-jà (vers le passé), Ja-mais (vers l’avenir)

Même

Origine monosyllabique : me : moi . Me- me : renforcement / doublement de me : moi. Le mot « même » qui sert au départ à renforcer l’attention sur le sujet a donné toutes les façons de parler en « je me ». Et lorsque ça bne suffit pas, nous disons « moi-même en ce qui me concerne personnellement. Voilà pourquoi quand « je me demande »… j’ai souvent du mal à me répondre ! En traduction littérale et mot à mot, cela donne :

Id (cela-même)enti (être)ficare (faire) qui signifie/implique faire être – cela – le même

Au niveau des faits, Identifier signifie donc se comporter, faire comme si deux choses différentes étaient les mêmes, autrement dit une seule-même chose unique.

Commentaires

Il s’agit d’observer et de prendre conscience que nous avons 5 « est»  de sens différents et pourtant nous n’avons qu’un seul mot pour les désigner. C’est pourquoi l’emploi du verbe être dans notre langage courant nous conduit à autant d’erreurs, de confusions, de mélanges, avec ce qui en résulte, à savoir les incompréhension et incommunication qui génèrent les échecs, les conflits et une bonne quantité de désordres ordinaires.

À quelques exceptions près, le « est»  de prédication et le « est»  d’identité sont presque toujours faux par rapport aux faits. À celui qui est capable de les observer dans le discours (de soi et des autres), ces deux usages révèlent que celui qui s’en sert est en train de confondre (consciemment ou pas, cela reste à vérifier) plusieurs niveaux de réalité différents. Le mot « est » ne prévient pas, et nous sommes conditionnés à l’employer (comme le verbe avoir) sans jamais y faire attention. C’est vraiment notre problème d’appliquer notre attention et un discernement constants pour éviter de nous faire piéger.

Dès que je parle/pense, (à voix haute ou en pensées) c’est mon organisme tout entier, (ce que nous appelons mon « organisation mentale ») qui entend le premier le son de ma voix. Et il a une tendance naturelle à croire que tout ce qu’il perçoit est vrai de façon indifférenciée. Mon travail de conscience consiste donc à vérifier le plus précisément possible comment ce qui se dit ‘colle’ avec ce qui se passe.

Comment utiliser cette connaissance dans votre existence ?

1°) Commencez par faire intérieurement en disant à voix basse ou haute STOP ! « N’EST PAS ! chaque fois que vous entendez un verbe être se produire dans le discours de quelqu’un, et/ou aussi dans le vôtre. Exemple : vous entendez Jules dire ceci :

« Albert est stupide. Sa société n’est pas viable. »

2°) vous prenez le temps d’étudier/vérifier ce en quoi l’emploi du verbe « être » peut n’être pas valide :

Observez s’il s’agit de l’un des deux verbes être à risques. Si c’est le cas, cela signifie qu’il y a des confusions dans l’air, et qu’il vaut mieux étudier de près la question avant que les ennuis n’arrivent. Etudier de près signifie discerner les éléments qui ont été mélangés de façon à les séparer et à établir en dehors du verbe être, leur véritable relation.

Albert (personne physique) vit sa vie. Sa société (personne morale) « vit » la sienne. Et ceci mis à part, sous couvert d’une formulation/jugement absolu, à l’emporte pièce, c’est Jules qui juge, parle et exprime son avis. Sa formulation ne dit pas qu’il ne s’agit que de son avis personnel, relatif, dépendant de ses capacités et de ses limitations. Elle ne parle que d’Albert pendant que Jules reste bien caché. Dès lors que c’est Jules qui parle, la formulation doit en tenir compte.

3°) vous cherchez comment reformulez à haute voix la proposition cette fois-ci corrigée.

Jules a dit qu’Albert se conduit de façon stupide et qu’il trouve que sa société n’est pas viable.

Plus généralement et par extension :

Je ne suis pas « Jacques Dupont ». Je ne suis pas mon nom. Il m’a été donné à ma naissance.

Je ne m’appelle pas non plus Jacques Dupont. Ce sont les autres qui s’en chargent à ma place.

Je ne suis pas plombier, ni administrateur de société. Je fais ce métier. Et pas que celui-là.

Je ne suis pas musicien. Je joue du violon, du piano, parfois bien, parfois mal, etc.,

Albert n’est pas stupide. Mais il se comporte parfois de cette façon, à l’occasion.

Mon travail n’est pas pénible. Je le trouve pénible certains jours. D’autres, non.

La lampe n’est pas jaune. Je la vois jaune notamment parce qu’il y a de la lumière, et par que ne je nuis pas daltonien. Quand il n’y aura plus de lumière, je ne la verrai plus. Où sera le ‘jaune’?

4° ) Et remerciez le Gardien KÈSKEÇÈ (en Attention seconde) d’être fidèle au poste et d’avoir bien fonctionné !

Qui est le Gardien KÈSKEÇÈ ? Vous verrez cela dans la liste des gardiens. Dans la leçon 6.